Gaz de schiste : alors que Londres avance, la France se prive-t-elle d'une mine d'or ?

Gaz de schiste : alors que Londres avance, la France se prive-t-elle d'une mine d'or ?

ECONOMIE
DirectLCI
ENERGIE - Londres prépare une fiscalité très favorable à l'exploitation des gaz de schiste et Total a annoncé lundi un grand projet d'exploration outre-Manche. En France, la technique d'exploitation de ces ressources est toujours interdite : une erreur économique ?

Quand François Hollande avait lancé son idée de taxe à 75%, le Premier ministre britannique avait promis de dérouler le tapis rouge aux patrons français qui viendraient faire leurs affaires outre-Manche. C'est aujourd'hui chose faite, dans un domaine au moins : le gaz de schiste. Alors que Londres prépare des mesures fiscales fortes pour favoriser leur exploitation, le groupe français Total a annoncé lundi qu'il deviendrait la première grande compagnie pétrolière à lancer un programme de forages sur le territoire britannique.

De notre côté de la Manche, la fracturation hydraulique est interdite depuis 2011. Or c'est la seule manière d'exploiter le pétrole et le gaz de schiste, enfermés dans des roches en profondeur. Pour les faire remonter, il s'agit de casser la roche en y injectant un liquide, permettant aux hydrocarbures de remonter à la surface. Un désastre environnemental, affirment les écologistes, qui ont été suivis par les gouvernements Fillon puis Ayrault. "Les techniques se sont beaucoup améliorées aujourd'hui, nous assure le président de l'Union française des industries pétrolières ( Ufip ), Jean-Louis Schilansky. La fracturation utilise beaucoup moins d'eau et les additifs sont biodégradables".

Londres promet des dizaines de milliers d'emplois

Faisant fi de ces considérations, Londres y est allé plein gaz pour doper le secteur, annonçant lundi des avantages fiscaux inédits aux communes qui accepteront d'accueillir des puits : une manne de 2 millions d'euros supplémentaires par an et par site, assure le gouvernement. Selon le premier ministre David Cameron, le développement du secteur pourvoira des dizaines de milliers d'emplois.

Reste à savoir cet optimisme économique est valable. Aux Etats-Unis, qui se sont lancés il y a déjà plusieurs années, on recense bien 600.000 emplois créés par le secteur, un chiffre destiné à être doublé. "Mais le modèle n'est pas forcément applicable en Europe", tempère pour metronews Thomas Porcher , professeur d'économie à l'ESG Management school*. "Pour arriver à un résultat comparable, il faudrait forer des dizaines de milliers de puits, calcule-t-il. Avec sa densité de population, la France est-elle prête à l'accepter ?" Quant à la baisse espérée des prix du gaz (aux Etats-Unis, ils ont été divisés par trois), "elle serait minorée ici, notamment par une réglementation environnementale beaucoup plus stricte".

"La question reste théorique tant qu'on ne sait pas à combien s'élèvent les réserves françaises, insiste Jean-Louis Schilansky. Et pour en avoir le cœur net, il n'y a qu'un moyen : autoriser l'expérimentation de la fracturation pour explorer les sous-sols". Objectif : l'Ile-de-France pour le pétrole de schiste, le Sud-Est pour le gaz. La balle reste dans le camp du gouvernement.

* auteur du livre "Le mirage du gaz de schiste" (ed. Max Milo)

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter