Grève du 22 mars : comment les usagers la gèrent ?

SYSTEME D - Alors que les prévisions concernant le mouvement du jour ont surpris jusque dans les organisations syndicales par leur ampleur, les usagers rencontrés ont cherché des alternatives pour éviter d’avoir à pâtir de la désorganisation du service, jeudi 22 mars.

Une journée de 22 mars en forme de répétition générale. Pour les syndicats du ferroviaire, qui se sont joints aux autres mouvements de protestation (fonctionnaires, contrôleurs aérien, etc.) dans la défense de leurs droits du service public, dans une mobilisation inattendue pour une "grève technique", avec 34,5% de grévistes. Mais aussi pour les usagers, qui ont pu se servir de cette journée comme d’un test grandeur nature avant que le calendrier ferroviaire ne soit bouleversé dès le début du mois d’avril, avec ces deux jours de grève sur cinq annoncés par les représentants syndicaux.

De très rares incidents

Une anticipation qui s’est ressentie dans les gares parisiennes où LCI s’est rendu, en début de journée et où, dès 7h, les agents de la SNCF non-grévistes étaient à pied d’oeuvre pour orienter les usagers un peu perdus devant les réaménagements. Dans le sourire et la patience, les "gilets rouges" répondent aux demandes nombreuses, parfois aux invectives. Une dame, la cinquantaine énervée, lance à une agente : "Mon train est annulé ?" "C’était annoncé il y a quelques jours, madame" ; "Et vous croyez qu’on va vous suivre ? Ah non, mais la SNCF et ses grèves, marre !". "Je ne suis pas en grève, madame, sinon je ne serais pas ici à vous répondre", répond l’agente dans une fausse révérence, alors que l’usagère a déjà filé à grands pas agacés. Un incident isolé, assurera-t-elle plus tard quand on lui demande si ça arrive souvent : "C’est la première ce matin alors qu’on est là depuis quelques heures".


Et pour cause, les usagers semblent avoir anticipé le mouvement : "Soit en venant plus tôt, soit en optant pour le télétravail", nous répond un chef de quai de la gare du Nord, pas impressionné par un flux de dizaines de voyageurs qui envahit en quelques secondes les quais de la ligne H : "Il est presque 8h, c’est une affluence normale". Pour la cohue, on repassera. "Je me suis levé plus tôt, tout bêtement", récite un passager entre deux sprints vers son métro. Du côté du RER B, réduit à un train sur trois, les rames sont bondées, oui, mais le ballet des voyageurs ne s’interrompt pas, même si la suppression de tel ou tel train, pourtant annoncée à l’avance, surprend toujours. "Ils pourraient communiquer, quand même", grommelle un homme en costume. 

Ouibus à la rescousse des voyageurs

Du côté des grandes lignes, à la gare du Nord comme à la gare de l’Est, c’est le calme complet. Pas d’annulations au dernier moment, et encore moins de détenteurs de billet qui seraient passés à côté de l’annonce du mouvement : "Les voyageurs ont préféré reporter ou prendre un mode de transport alternatif. En tout cas, on voit très peu de monde qui attend un train qui n’arrivera pas", glisse un agent, après qu’un autre a refusé de nous répondre, n’ayant pas "reçu l’autorisation de parler à la presse". Devant la gare de l’Est, la CGT-Cheminots n’a pas autant de pudeurs. Quelques membres du syndicat majoritaire ont installé une scène, d’où des baffles montées au maximum crachent un reggae qui fait trembler les murs du métro.


Si la SNCF encourage le covoiturage avec une application dont on peine à trouver trace autour des gares visitées, l’esprit d’anticipation et de l’alternatif se retrouve pareillement du côté de la gare de Bercy, d’où partent - ironiquement - les "bus Macron" : "On n’a pas vraiment eu le choix", sourit Benoît, mine fatiguée, en partance pour Clermont avec son père. "On devait partir d’Orly, et puis on s’est rendu compte hier qu’avec la grève des contrôleurs aériens, ça n’allait pas être possible. Et comme il n’y a quasiment aucun train qui part de la gare ferroviaire de Bercy, c’est tout de même bien pratique". Vaccinés par cette expérience (le bus met entre six et douze heures à relier les deux villes), les deux hommes s’en remettront d’ailleurs au télétravail : "On va s’essayer aux réunions virtuelles, la prochaine fois".  Les agents Ouibus, de leur côté, ne voyaient pas grande différence par rapport aux autres jours : "Quelque chose de changé aujourd'hui ? Ben oui, il fait deux degrés de plus à cause des mouvements de foule", ironisait le chef de quai.


Une ambiance d’anticipation qui donne à se demander si les syndicats n’arriveraient pas à concilier la grève avec le non-mécontentement des usagers, qui sauraient faire face à la future pénurie de train. "On sait que notre mouvement n’est pas très populaire", convenait Bruno Poncet de Sud Rail, reconnaissant que l’hypothèse de la grève "perlée" deux jours sur cinq présentait l’avantage de peut-être moins se mettre à dos les usagers. Des voyageurs à qui les cheminots n’allaient pas avancer les raisons de leur colère : "Franchement, c’est pas le jour. Ce qu’ils veulent, c’est avoir leur train." Chaque chose en son temps.

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