Carburants : pourquoi les prix grimpent autant ?

ECONOMIE
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INTERVIEW - La hausse du prix du carburant se fait sentir dans les budgets des français. Les fluctuations du coût de l'essence à la pompe sont fréquentes et dépendent de nombreux facteurs. Une spécialiste du marché du pétrole nous explique ces augmentations.

Le retour de vacances peut être rude pour le porte-monnaie des français. Cet été a été marqué notamment par des prix des carburants à la hausse, supérieurs de 20 à 25 centimes par rapport à ceux de l'été 2017. Ce qui équivaut à rajouter 10 à 12 euros en plus pour un plein de 50 litres. 


Contexte international, taxes gouvernementales... plusieurs facteurs entrent en compte dans le coût du carburant à la pompe. LCI a interrogé Céline Antonin, économiste spécialisée dans le marché du pétrole à l'OFCE (observatoire Français des conjonctures économiques) pour comprendre pourquoi le prix de l'essence augmente. Et si cela va continuer... 

A quoi est liée l'augmentation du prix du carburant ?

Céline Antonin : Il existe trois facteurs liés à l'évolution du prix de l'essence à la pompe. D'abord, le taux de change euro/dollar. Plus l'euro est faible vis-à-vis de la devise américaine comme on l'observe ces derniers mois, plus la facture pour les consommateurs est lourde. Ensuite, le prix du baril de pétrole est passé de 70 à 80 dollars entre mars et mai 2018. Et enfin, les taxes gouvernementales sur l'essence étant alourdies depuis le début de l'année (7,6 centimes/litre sur le diesel et 3,9 centimes pour l’essence) traduisant la volonté du gouvernement d'aligner le prix du gasoil sur celui du sans plomb, le prix à la pompe en est forcément impacté.  Ces trois éléments mis bout à bout expliquent un telle augmentation des prix. 

Les menaces de sanctions de Donald Trump sur l'Iran risquent-elles de faire flamber encore un peu plus les prix ?

Céline Antonin  : Si un accord n'est pas trouvé et que les Etats-Unis exécutent leurs sanctions, qui s'appliqueront dès novembre, l'Iran pourrait baisser sa production jusqu'à un million de barils par jour. L'offre sera réduite pour une demande plus élevée, augmentant automatiquement le prix du baril. On a vécu ce scénario en 2008, quand le prix du baril a flambé jusqu'à 140 dollars. Mais pour l'instant, je ne vois pas de risque de flambée des cours de l'or noir, car l'Arabie Saoudite tient un discours rassurant au sein de l'OPEP : elle a une capacité excédentaire et peut compenser une baisse de production iranienne. Elle assure par ailleurs qu'elle pratiquera un prix compris entre 70 et 80 dollars le baril. De leur côté, les Etats-Unis ont une capacité de production non négligeable avec le pétrole de schiste. Le marché devrait donc rester bien alimenté, malgré une demande qui reste dynamique, notamment grâce aux pays émergents comme la Chine qui consomme beaucoup. 

Cette montée des prix s'apparente donc à un phénomène fréquent ?

Céline Antonin : Ce genre de phénomène s'observe très régulièrement. En 2008 le prix du baril a atteint à 140 dollars, quelques années plus tard il descendait à 30 dollars... Il faut bien comprendre que le cours du pétrole est très erratique, je ne vois donc rien d'étonnant à cette augmentation. Sur le marché du pétrole, il suffit d'une annonce de sanction à l'image de celle prononcée par Trump à l'égar de l'Iran, d'un conflit comme en Libye ou en Irak, pour qu'il y ait un effet sur le prix. 

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