Hollande et le chômage : "L’inversion de la courbe au sens de Pôle emploi s’annonce compliquée"

Hollande et le chômage : "L’inversion de la courbe au sens de Pôle emploi s’annonce compliquée"
ÉCONOMIE

Toute L'info sur

La baisse du chômage, promesse risquée de Hollande

INTERVIEW - La France n’avait pas connu une aussi forte hausse du chômage depuis septembre 2013. Bruno Ducoudré, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), décrypte pour LCI les très mauvais résultats annoncés lundi sur le front de l’emploi.

Le gouvernement a en partie expliqué la très forte hausse du chômage au mois d'août par l’effet des attentats et du niveau inhabituel des actualisations. Cette justification est-elle exacte ?

En ce qui concerne les actualisations, oui. En août, Pôle emploi a enregistré 60.000 cessations d’inscriptions pour défaut d’actualisation en moins par rapport à la moyenne des sept premiers mois de l’année. C’est très conséquent. On constate que le jour ouvré supplémentaire dont ont bénéficié les demandeurs d’emploi a eu un effet très net sur le nombre d’actualisations. En ce qui concerne l’effet des attentats sur les embauches, on pouvait le pressentir au regard des enquêtes réalisées auprès des chefs d’entreprises du secteur du tourisme au cours de l’été. Dans ces conditions, il est possible que Pôle emploi constate un effet retour dans les deux prochains mois, qui se traduirait par une baisse marquée du nombre de demandeurs d’emploi.   

Les données de Pôle emploi ne reflètent pas au mieux l’évolution du chômage- Bruno Ducoudré

L’inversion de la courbe du chômage sur laquelle François Hollande demande à être jugé est-elle encore possible avant la fin du quinquennat ? 

Malgré les chiffres d’août, la tendance est à la poursuite de la baisse, mais les chiffres de Pôle emploi, issue de sources administratives, subissent des aléas qui rendent très difficile les prévisions de mois en mois. C’est en partie ce qu’on pu observer le mois dernier avec le bond des actualisations, ou lors du "bug SFR" il y a trois ans. Dans ces conditions, une baisse du nombre de demandeurs d’emploi sur trois mois continus, au sens des chiffres de Pôle emploi, s’annonce compliquée. Mais ces données ne reflètent pas au mieux l’évolution du chômage, à la différence des statistiques fournies par l’Insee qui permettent de faire des comparaisons entre les différents pays. Selon cette source, l’inversion de la courbe est effective depuis un an. Cela s’explique par la reprise des créations d’emplois salariés ces derniers mois. 

Lire aussi

    Le retour au plein emploi tend à s’imposer comme l’un des thèmes de campagne de la primaire des Républicains. Cet objectif est-il atteignable ? 

    A court terme, oui, mais cela a un coût. Entre le début de la crise et aujourd’hui, on s’aperçoit que le taux de chômage est passé de 6,8% à 9,6% de la population active. Une partie de cette hausse est imputable à la chute de la demande adressée aux entreprises, à la fois en France mais aussi chez nos partenaires européens. Relancer la demande en libérant le pouvoir d’achat devrait permettre d’accroître les embauches, mais cela implique de nouveaux dérapages budgétaires, qui pèseraient lourd sur la dette notamment. Il faut également se demander quel type de plein emploi nous voulons, alors que se multiplient les contrats courts, précaires et que l’on soutient les embauches à bas salaires par des baisses de charges. Autant de contrats qui apparaissent inadaptés au système actuel de notre assurance-chômage. 

    VIDÉO - En août 2016, le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A a augmenté de 50.200 personnes :

    En vidéo

    Rebond surprise du chômage en août

    Sur le même sujet

    Et aussi

    Lire et commenter

    Alertes

    Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent