Luca De Meo : "Sur les dernières années, Renault a un peu loupé le train"

Luca De Meo : "Sur les dernières années, Renault a un peu loupé le train"

REBOOT - Après une année catastrophique, le nouveau directeur général de Renault vient de dévoiler une stratégie remise à plat : fini les petites citadines, et électricité à tous les étages, avec comme tête de gondole le revival annoncé de la R5. Comme il l'avoue dans une interview exclusive, Renault joue aujourd'hui sa survie.

"On a fixé un cap clair : on passe des volumes à la valeur." Sorti de scène, Luca De Meo, à la tête de Renault depuis juillet 2020, résume en douze mots les deux heures de présentation de ce que la marque appelle sa "Renaulution", comme un virage sur l'aile, sur tous les plans, stratégique, technique, commercial aussi. Une remise à plat radicale qui efface la stratégie d'un Carlos Ghosn qui visait cinq millions de véhicules vendus, mais aussi une stratégie pragmatique face à l'explosion des ventes de voitures électriques, et à une désaffection croissante des jeunes générations pour l'automobile.

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La voiture électrique, le véhicule de demain ?

Passer des volumes à la valeur, cela veut dire resserrer la gamme de ce que vend Renault, un tri qui va faire des victimes. Il y a les évidentes, comme les petites citadines, pas chères, mais aux marges trop fines pour soutenir un outil industriel. Il y a aussi les modèles qui se vendent le moins, le monospace Scénic, la Renault Espace, largement distancée par les SUV et crossover. Même la grande berline Talisman semble sur la sellette. D'ici à 2025, le groupe ne compte vendre "que" trois millions de véhicules environ, dans une gamme totalement remaniée, avec au total, la promesse de 24 nouveaux véhicules d'ici à 2026, beaucoup d'hybrides, et au moins une dizaine de modèles électriques. 

Ci-dessus, le calendrier, version camouflage, de toutes les nouveautés que Renault - sous toutes ses marques - prépare pour les cinq années à venir.

"Rendre les voitures électriques populaires"

Dacia lancera ainsi un grand SUV hybride à 7 places, baptisé Bigster, tandis que - autre clin d'oeil à un autre passé - Lada fera renaître la Niva. Alpine aussi lancera ses petits roadsters en mode électrique, dont un modèle conçu avec l'anglais Lotus, et pourrait également travailler sur un crossover sportif. Une électrification à marche forcée, qui concerne tant la marque-mère que toutes ses filiales, et qui commence par la renaissance de la Renault 5, 37 ans après la fin de sa fabrication. Comme VW avec la Beetle ou Fiat avec sa 500, Renault va puiser dans son histoire pour ré-imaginer un modèle iconique, celui d'une époque où la marque faisait la pluie et le beau temps, avec ses "voitures à vivre" et ses spots sur le "Johnny and Mary" de Robert Palmer... une musique et un slogan d'ailleurs revenus sur les écrans depuis décembre dernier.

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Pour autant, ne parlez pas de la mode du "néo-rétro" à Luca De Meo, lui voit surtout dans la future R5 électrique un retour aux sources. "C'est quand on se connecte à ses racines que l'on retrouve son âme", dit-il, expliquant le choix de la R5 comme celui d'un symbole de la voiture de monsieur tout le monde. "On veut faire de cette voiture le produit qui pourra rendre les voitures électriques populaires", explique-t-il, sans pour autant s'étendre sur le prix projeté de la R5, ce serait encore trop tôt, et les prix de certains composants, comme les batteries, peuvent encore baisser à temps pour permettre à Renault de tenir le pari d'un véhicule accessible.

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Renault va relancer la 4L et la R5 en version électrique

Si ses ambitions en volume de ventes sont revues à la baisse, si les gammes seront plus modestes, Renault affirme pour autant qu'il n'envisage pas de nouveaux plans sociaux, au-delà de ceux annoncés jusque-là. Pas de licenciements, mais de sérieuses réorganisations de sa production, pour mettre en place dans le nord de la France "la plus grande plateforme de production électrique d'Europe", ou pour faire des usines de Flins une grande "Ré-usine" prête à recycler et de reconditionnement de véhicules électriques, pour encourager l'économie circulaire. "Mon rôle c'est de donner le courage à l'organisation de Renault pour (...) monter sur la chaîne de la valeur, inventer des choses en France, et y créer de la valeur ajoutée et des emplois", affirme Luca De Meo. Une promesse qui, si elle était tenue, tiendrait bien d'une révolution.

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