L’énorme facture qui obscurcit l'avenir d'EDF, selon Greenpeace

DirectLCI
ÉNERGIE – Une étude commandée par Greenpeace au cabinet AlphaValue affirme qu'EDF sous-provisionne ses coûts à l’horizon 2025 d’environ 60 milliards d’euros. Une somme colossale que le groupe public déjà fortement endetté conteste.

EDF dans le rouge... foncé. A l’heure où les questions de sécurité autour du parc nucléaire français entraînent des arrêts non programmés de réacteurs, avec pour conséquences une incertitude sur les capacités de fournitures électriques hivernales et une hausse marquée des prix, un rapport de Greenpeace enfonce le clou sur la situation financière du groupe.


Selon les conclusions d’une étude confiée par l'ONG environnementale au cabinet d’analyse financière AlphaValue, l’électricien n’a pas les moyens de sa politique nucléaire et n’a d’autre issue que le démantèlement de son parc de centrales. 

Des coûts largement sous-évalués

Au vu des données fournies par l’opérateur public, la situation n’était déjà pas rose, avec notamment une dette de près de 40 milliards d’euros, mais la réalité serait bien pire à en croire l’évaluation poussée réalisée par AlphValue. Pour mener son analyse, le cabinet s’est notamment concentré sur les  actifs du groupe, les charges et les investissements à venir en les comparant aux estimations réalisées pour leurs propres comptes par d’autres producteurs tels que les allemands E.ON et RWE. 

Les conclusions sont sans appel. Selon AlphValue, le démantèlement de 17 réacteurs d’ici à 2025, soit le minimum requis pour respecter l’objectif de mix énergétique prévu par la loi de transition énergétique de 2015, coûterait au minimum 16 milliards d’euros de plus ce que prévoit actuellement EDF, soit deux fois plus que les provisions inscrites par l’opérateur. 

EDF en faillite virtuelle

Mais cet écart n’est rien en comparaison de la sous-évaluation d’EDF concernant la gestion des déchets, selon le rapport remis à Greenpeace. En 2014, la Cour des comptes jugeait elle-même qu’"au sein des dépenses futures pour obligations de fin de cycle, ce poste constitue celui sur lequel pèse le plus d’incertitudes, qui pourront générer à terme des surcoûts importants". Se basant notamment sur une comparaison avec les électriciens allemands engagés dans le démantèlement de leurs installations nucléaires, AlphaValue considère qu’EDF devrait accroître ses provisions pour la gestion des déchets de 33,5 milliards d'euros (hors prime de risque). 

"Si EDF provisionnait les coûts réels de ces dépenses liées au démantèlement et à la gestion des déchets, sa faillite serait déjà déclarée. Ce n’est pourtant pas qu’une histoire de chiffres ou de comptabilité : EDF doit, dès aujourd’hui, mettre 50 milliards de côté. L’entreprise en est tout simplement incapable !", commente ainsi Greenpeace. 

Un démantèlement payant

Et la note ne s’arrête pas là. "En faisant la somme des investissements futurs, on réalise qu’EDF devra dépenser 165 milliards d’euros sur les dix prochaines années, une somme astronomique sur laquelle EDF se garde bien de communiquer!", poursuit Florence de Bonnefos, chargée de campagnes Energie et Finances au sein de l’ONG écologiste. Une somme qui couvre aussi bien les investissements pour le développement des énergies renouvelables que la construction de l’EPR d’Hinkley Point et de Flamanville, le déploiement des compteurs "intelligent" Linky ou encore le rachat de l’entité Areva NP et les travaux cycliques de grands carénages censés garantir la sécurité des installations nucléaires.


Malgré un coût exorbitant, le démantèlement du parc nucléaire français apparaît néanmoins la solution la moins coûteuse pour EDF face à des charges d’exploitation toujours plus lourdes. AlphaValue estime ainsi que la réduction de la capacité nucléaire du groupe aurait pour effet de soutenir le prix de l’électricité à des niveaux suffisamment élevés pour avoir  "un effet positif à l'horizon 2025" sur le chiffre d'affaires, les revenus et la trésorerie d'EDF.


Solliticité par l'AFP, EDF a contesté l'étude, en particulier le fait que celle-ci effectue des comparaisons avec les calculs d'exploitants nucléaires étrangers : ces comparaisons  "doivent être analysées avec prudence car il y a des paramètres différents entre les pays qui expliquent les différences", a réagi l'électricien. Il a également souligné que les fourchettes qu'il a provisionnées "ont été confirmées par l'audit de la DGEC (instance du ministère de l'Energie) en 2014 et 2015".

En vidéo

JT 20h – EDF dans la tourmente : y aura-t-il des conséquences pour le contribuable ?

Plus d'articles

Sur le même sujet

Lire et commenter