Le projet d'extension de l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle abandonné par le gouvernement

Le terminal 2E de l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, désert.

CRASH - Le projet, qui piquait déjà du nez, est désormais réduit à néant. Dans Le Monde ce jeudi, Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, annonce que l'extension de l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle n'est plus d'actualité en raison des objectifs environnementaux du gouvernement, mais aussi de la crise sanitaire.

L'heure n'est plus aux rêves de grande envergure. Dans un article du Monde publié ce jeudi matin, la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, annonce que le projet de construction d’un quatrième terminal à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, le T4. "Le gouvernement a demandé [à Groupe] ADP d’abandonner son projet et de lui en présenter un nouveau, plus cohérent avec ses objectifs de lutte contre le changement climatique et de protection de l’environnement", déclare-t-elle, jugeant ces ambitions "obsolètes".

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Un projet démesuré étant donné la crise du secteur aérien

Ce projet, estimé à près de 10 milliards d’euros, devait permettre d’accueillir jusqu'à 40 millions de passagers supplémentaires par an d'ici 2037 et environ 450 vols de plus chaque jour. Au-delà des problématiques environnementales, le projet, basé sur des perspectives de forte croissance du trafic, a également pris du plomb dans l'aile en raison de la crise sanitaire. En décembre 2020, le trafic n’atteignait que 25% du niveau pré-crise. Dans une note d'analyse datant du mois de juin, IATA, l'association internationale des agents de voyage, estimait un manque à gagner en 2020 de 84 milliards de dollars, soit un peu plus de 70 milliards d'euros, ce qui fait de cette année "la pire année dans l'histoire de l'aviation". Ces mêmes analystes attendent un éventuel retour à la normale à horizon 2023-2024, au mieux.

 "Nous aurons toujours besoin des avions, mais il s’agit d’être dans une utilisation plus raisonnée de l’aérien, et d’atteindre une baisse des émissions de gaz à effet de serre du secteur", indique Barbara Pompili. 

"Ce projet n’a pas suffisamment fait la preuve de sa compatibilité avec les exigences croissantes en matière de réduction des impacts environnementaux du secteur aérien, et n’intègre pas suffisamment le développement à venir de 'l’avion vert', a également fait savoir Jean Castex dans un communiqué. "Par ailleurs, la crise du Covid-19 remet en cause les prévisions de trafic, et les besoins de développement de la plateforme à l’horizon de temps qui avait été anticipé. Le gouvernement demande donc à ADP d’abandonner ce projet de terminal 4 (T4), qui n’est plus adapté aux enjeux actuels."

Un nouveau cahier des charges résolument tourné vers l'environnement

Selon les vœux du gouvernement, le nouveau projet devra tourner autour de l’amélioration des infrastructures pour augmenter l’intermodalité avec le train, de l’essor de la géothermie pour chauffer l’ensemble de l’aéroport et de l'adaptation à des avions à hydrogène ou électriques, alors que le gouvernement français a annoncé en juin vouloir mettre au point un avion neutre en carbone d’ici à 2035. Ce jeudi, plusieurs acteurs ont annoncé le lancement d'un appel à manifestation d'intérêt international pour une filière hydrogène aéroportuaire en Ile-de-France. Il s'agit d'"anticiper et accompagner les évolutions qui devraient permettre de transformer les aéroports parisiens en véritables 'hubs hydrogène'", affirment dans un communiqué commun la région Ile-de-France, Choose Paris Region, le Groupe ADP, Air France-KLM et Airbus.

Si l'extension de l'aéroport aurait pu, selon Groupe ADP, générer "jusqu’à 50 000 nouveaux emplois directs et 225 000 nouveaux emplois soutenus", le gouvernement assure que le nouveau projet créera également des emplois. Il n'est de plus pas opposé à une augmentation à moyen terme de la capacité de Roissy si le projet ne dépasse pas les délimitations actuelles de l’aéroport, et donc n’implique pas d’artificialisation des sols, et s’il n’entraîne pas de hausse des émissions de gaz à effet de serre, précise Le Monde.

Un chantier qui accuse déjà 3 ans de retard

Le projet de Terminal 4, dont les travaux devaient à l’origine débuter cette année, avait pris trois ans de retard. Il avait notamment été retardé par un avis de l’autorité environnementale (AE), rendu en juillet 2019, qui décrivait une "équation impossible à résoudre" entre, d’un côté, l'augmentation massive du nombre de passagers et de vols mais aussi de la circulation automobile induite et de toutes les émissions de gaz à effet de serre associées au projet et, de l’autre, le respect des objectifs nationaux et internationaux de la France pour réduire ses émissions. À l’issue du rapport, le gouvernement avait demandé une "révision" du projet.

Le conseil d’administration d'ADP, gestionnaire des aéroports parisiens de Roissy et d’Orly, devrait entériner la nouvelle décision de l'exécutif la semaine prochaine, fait savoir Le Monde.

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Dans un communiqué, plusieurs ONG, dont Greenpeace et Réseau Action Climat, ont "pris acte" de ces annonces tout en "s'interrogeant sur la teneur du nouveau projet" qui remplacerait l'abandon de l'extension du terminal 4. Selon Matignon, ce projet "fera l’objet d’échanges dans les prochains mois" et "sera validé dans le cadre du renouvellement du contrat de régulation économique qui lie l’État et le groupe ADP".

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