Le bœuf français à nouveau autorisé aux Etats-Unis

ÉCONOMIE

VIANDE - C'est une première depuis la crise de la vache folle qui a secoué l'Europe vers la fin des années 90. Les Etats-Unis ont annoncé jeudi qu'ils acceptaient à nouveau les importations de bœuf français sur leur sol.

L'embargo existait depuis 1998, mais il n'est désormais plus d'actualité. Les Etats-Unis ont accepté d'ouvrir à l'importation la viande bovine française, dix-huit ans après l'avoir interdite en raison de la crise de la vache folle en Europe. Jeudi, le ministère de l'Agriculture a reçu un courrier dans lequel les autorités américaines reconnaissent l'équivalence entre le système de contrôle de production français et son équivalent américain.

"C'est un premier pas dont on se félicite, mais cela ne veut pas dire que les exportations vont commencer demain", a néanmoins tempéré un porte-parole du ministère. Il reste en effet encore de nombreuses formalités administratives à mener. Un certificat sanitaire est par exemple toujours en cours d'élaboration avec les Etats-Unis avant que les exportations ne commencent. 

C'est pourtant l'aboutissement d'un "travail de comparaison réglementaire que nous avons commencé il y a à peu près deux ans", reconnaît à l'AFP Stéphanie Flauto, sous-directrice à la Direction générale de l'alimentation (DGAL). "Les autorités américaines nous confient la vérification des contrôles, selon les standards discutés entre nous et nous laissent la capacité d'agréer nous-même les établissements", explique-t-elle. 

Il ne faut pas s'attendre à un appel d'air

C'est pourquoi les autorités françaises peuvent d'ores et déjà agréer les abattoirs et ateliers de découpe et de transformation qui respectent des normes bien précises contre l'ESB (l'encéphalopathie spongiforme bovine), soit la maladie de la vache folle, mais aussi contre différentes sources d'E.Coli.

Après des décisions similaires prises avec l'Irlande, la Lituanie et les Pays-Bas, les commissaires européens Cecilia Malmström, Vytenis Andriukaitis et Phil Hogan ont salué cette annonce, "qui constitue une nouvelle étape dans la réouverture d'un marché fermé depuis la crise de l'ESB dans les années 90".

Pour sa part, le président de la Fédération nationale bovine (FNB), Jean-Pierre Fleury, veut rester prudent. Bien qu'il s'agisse d'une "bonne nouvelle pour les éleveurs français", ce dernier ne s'attend pas à un appel d'air avant au moins fin 2017. Par exemple, l'Irlande qui a reçu l'autorisation il y a deux ans, n'a exporté que 1000 tonnes de boeuf sur le sol américain, bien loin des 20.000 espérées. 

Une décision avec peut-être des arrières-pensées

Mais cette annonce intervient quasiment au même moment que la relance fin décembre de la bataille entre les Etats-Unis et l'Union Européenne sur le boeuf américain aux hormones devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Une coïncidence jugée "curieuse" par un observateur du dossier qui a souhaité rester anonyme en se confiant à l'AFP.  

"Il y a de la stratégie politique là-dedans, car une réunion doit avoir lieu à Bruxelles la semaine prochaine pour définir une position européenne commune après la dénonciation par les Américains du moratoire sur la vente de boeuf aux hormones en Europe", explique-t-il. "Que va proposer la France après cette 'pression' amicale ?" s'interroge cette source. La question est posée. Pour l'économiste Jean-Paul Simier, qui s'exprimait à l'AFP avant Noël,  "l'Union Européenne ne cédera pas sur la question du bœuf aux hormones, et les Etats-Unis le savent. Mais ils veulent les obliger à avoir des ouvertures sur le marché et des baisses de droits de douane. Si ce n'est pas sur le boeuf, ce sera sur d'autres produits".

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Un couple passionné de viande et défenseur de la filière

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