Benjamin Smith à la tête d'Air France-KLM : turbulences autour de son salaire jugé "mirobolant"

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NOUVEAU PATRON - Le Conseil d'administration d’Air France-KLM a élu jeudi soir Benjamin Smith à la tête de l'entreprise. Si le professionnalisme du numéro deux d'Air Canada est reconnu dans le secteur aérien, les syndicats voient d'un très mauvais œil sa nomination. Ce vendredi, c'est surtout son salaire, qui pourrait atteindre trois fois celui de son prédécesseur, qui fait des vagues au sein de la classe politique.

Un nouveau pilote dans l’avion. Benjamin Smith, un nom qui était encore inconnu en France il y a quelques jours, a été élu directeur général d’Air France-KLM ce jeudi 16 août. Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, avait soutenu sa candidature. Mais ce n’est pas le cas de la majorité des syndicats, qui voient d’un très mauvais œil l’arrivée d’un dirigeant étranger. Il prendra ses fonctions "au plus tard le 30 septembre 2018" selon un communiqué de la direction.

Comme promis par la ministre des Transports, Elisabeth Borne, fin juin, c’est un "professionnel du transport aérien" qui a été élu à la tête de l’entreprise. Surnommé "Ben", il est un professionnel reconnu dans le secteur du transport aérien. Carrière qu’il a commencée en 1990 à Air Ontario. Et à 46 ans, il est déjà l’artisan du déploiement d'Air Canada. C'est notamment à lui que la filiale low-cost Rouge Air Canada doit son succès.  Autant de critères qui ont poussé Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, à estimer qu’il avait un "excellent profil" pour diriger le groupe, et qu’il avait "déjà fait ses preuves dans le secteur aérien".

Un profil international, et un salaire conséquent

Sauf qu’Air France-KLM est française depuis 1933. Il en deviendra donc le premier dirigeant étranger. Ce profil très international est en harmonie avec le nouveau visage de l'actionnariat de l'entreprise dont il prend la tête. Ainsi, Delta Air Lines, compagnie américaine, est entrée au capital du groupe à l’automne 2017, tout comme China Eastern. Elles détiennent chacune 8,8% du capital. A ses côtés, l'Etat français possède toujours 14,3% des parts, et les employés un peu moins de 4%. 

Ce n'est pas pour autant que ce profil international plaît aux syndicats. Au contraire. Ainsi, neuf d’entre eux s'opposent déjà à sa désignation, jugeant dans un communiqué qu’il est "inconcevable" de nommer "un dirigeant étranger" dans une compagnie qui l’est déjà trop à leurs yeux. De plus, ils demandent un dirigeant qui a, notamment, "une connaissance fine (…) du modèle social français". Un critère essentiel puisque les discussions autour des salaires n’ont jamais abouti. Celles-ci avaient poussé les employés à faire des grèves à répétition au printemps  dernier. Elles avaient coûté 335 millions d'euros à la compagnie.

Ce vendredi, c'est le salaire de Benjamin Smith lui-même qui suscite la polémique au sein de la classe politique. Le Canadien touchera un fixe de 900.000 euros, mais sa rémunération pourrait atteindre 4,25 millions d'euros en fonction des résultats atteints. C'est plus du triple que celle de son prédécesseur Jean-Marc Janaillac. "Pourquoi doit-il gagner 3x plus que son prédécesseur ? Alors qu'on refuse toute augmentation aux salariés", a notamment demandé dans un tweet le député de La France insoumise Alexis Corbière.

"Il faut revenir sur ce salaire mirobolant", c'est une décision "honteuse", s'est également offusqué le porte-parole du PCF Olivier Dartigolles, invité politique de la matinale de LCI. Le nouveau patron, Benjamin Smith, est "le même qui va expliquer aux salariés d'Air France qu'il faut aller vers la modération salariale", s'est-il insurgé.

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Olivier Dartigolles, invité politique de LCI

A l'UDI aussi, le salaire de Benjamin Smith ne passe pas. Le député Bertrand Pancher a ainsi jugé dans une interview au Parisien que "la hauteur de sa rémunération" était choquante", disant vouloir porter le débat à l'Assemblée et réclamant une "explication de texte" du gouvernement.


Le député LREM Aurélien Taché a toutefois fait entendre une autre voix en soulignant que si "le conseil d'administration d'Air France a validé ce salaire, c'est qu'il pense certainement que la compétence et l'expérience de M. Smith le justifient". Or, le nouveau patron a selon lui "un bilan remarquable" et un "parcours (qui) laisse penser qu'il est vraiment l'homme de la situation".

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