Le fiasco Autolib' : la faute à Bolloré, Hidalgo ou Uber ?

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ÇA NE ROULE PLUS - Sept ans après son lancement, le service de voitures électriques en autopartage du groupe Bolloré vit ses derniers jours. Et les parties prenantes se renvoient mutuellement la responsabilité du fiasco.

De l'avis de tous, Autolib' aurait dû être un succès. Sauf que le service de voitures électriques en autopartage de l'agglomération parisienne n'a jamais été rentable. À un tel point que le Syndicat Autolib' Vélib' Métropole (SAVM), qui regroupe les 103 communes desservies par Autolib', a voté ce jeudi la résiliation du contrat avec Bolloré, qui exploite le service. 


Tout est parti d'une lettre du groupe Bolloré, datée du 25 mai, qui a réclamé au SAVM le versement de 46 millions d'euros par an pour éponger la dette d'Autolib'. Une dette que le groupe chiffre à 293 millions d'euros d'ici à 2023. Or, le contrat stipule que Bolloré n'est tenu de prendre en charge les pertes que jusqu'à 60 millions d'euros. La demande est jugée "abracadabrantesque" par la maire de Paris Anne Hidalgo. Depuis, Bolloré et le SAVM (au sein duquel la ville de Paris est majoritaire à 55%) se renvoient la responsabilité de la résiliation du contrat,. Et les enjeux financiers de ce fiasco sont considérables : le coût total des pertes est évalué à  "plusieurs dizaines de millions d'euros" par la présidente du SAVM Catherine Baratti-Elbaz. Mais l'industriel breton, lui, pourrait réclamer beaucoup plus : jusqu'à 300 millions d'euros .

Une utilisation en baisse depuis 2016

Alors que l'absence de rentabilité du service n'est un secret pour personne depuis plusieurs années, qui en est responsable ? Bolloré et le SAVM (donc les élus franciliens) se renvoient la responsabilité du fiasco financier, et donc des conséquences de l'arrêt probable d'Autolib' pour ses usagers et ses salariés, qui devrait faire l'objet d'une future bataille judiciaire.


Un coup d’œil sur les chiffres s'impose d'abord. Entre son lancement en 2011 et fin 2016, le nombre d'abonnés annuels à Autolib' n'a cessé d'augmenter, mais diminue depuis, pour atteindre environ 100.000 en 2018. Le nombre de trajets quotidiens (11.000 en 2018) est également en baisse depuis plusieurs années (-16% par rapport à 2017), tout comme la fréquence d'utilisation des Autolib' par les abonnés. Des données résumées dans une note du bureau d'études 6t de janvier 2017, sobrement intitulée "Autolib’ n’est toujours pas rentable et ne le sera peut-être jamais"...

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VIDÉO - Autolib, la fin d'un modèle ?

Autolib' ubérisé ?

Comment expliquer cette baisse de l'utilisation des Autolib' puis du nombre d'abonnés ? De l'avis d'à peu près tout le monde, il faut y voir, au moins en partie, la conséquence de l'émergence de nouveaux acteurs du transport urbain, notamment les VTC comme Uber, mais aussi les vélos électriques ou en "free floating" (sans borne).


Pour certains élus franciliens, il faut aussi y voir la baisse de qualité de service d'Autolib'. Dans Le Parisien, la présidente du SAVM Catherine Baratti-Elbaz affirme que les abonnés "estiment qu’Autolib’ s’est nettement dégradé ces derniers temps : qu’il s’agisse de la propreté et de l’état des véhicules ou de leur disponibilité". Une baisse de la disponibilité qui s'explique... par le succès des Autolib' lors des première années.

Bolloré trop optimiste ? Les élus inactifs ?

Dans ce contexte, "l'horizon de rentabilité d'Autolib' a été plusieurs fois repoussé", rappelle 6t. "En novembre 2013, Vincent Bolloré déclarait que 50.000 abonnés à l'année seraient nécessaires pour rembourser les 'charges annuelles'. (...) Début 2014, le groupe Bolloré estimait que pour atteindre l'équilibre financier, le nombre d'abonnés nécessaires était de 60.000 (...). Début 2015, Vincent Bolloré annonçait que le service serait rentable avec 82 000 abonnés. Au 27 novembre 2016, le service comptait 131 328 abonnés à l'année, et à l'occasion du 5e anniversaire d'Autolib’, le 5 décembre 2016, les responsables du service annonçaient attendre l'équilibre financier pour 2017 ou 2018".


Alors que le SAVM reproche au groupe Bolloré son optimisme concernant les perspectives futures  d'Autolib', le groupe reproche, lui, au SAVM son "inaction" face aux difficultés rencontrées par le service. "On a proposé de nombreuses solutions, nous étions prêts à innover, à faire évoluer le modèle, même pour du free floating", indique Marie Bolloré, la dirigeante d'Autolib' et fille de Vincent Bolloré, dans Le Parisien. "Mais la moindre action doit être soumise à l’accord du syndicat mixte. Nous devons en plus constamment faire face à des contraintes, comme des fermetures de stations (400 bornes inactives en permanence), pour des travaux, des événements. Et à côté de cela, pour la journée sans voiture, qui sert pourtant à lutter contre la pollution, tous les VTC roulant au diesel étaient autorisés, et les Autolib’ interdites… On a le sentiment que notre délégation de service public n’est ni protégée, ni défendue."


Marie Bolloré admet que le groupe a péché par excès d'optimisme : "On pensait aussi qu’il y aurait plus de trajets banlieue-Paris, ou banlieue-banlieue, ce qui aurait fait des locations plus longues". Mais la cheffe d'entreprise reproche avant tout au SAVM de ne pas avoir tenté de mettre en place ses "propositions pour relancer le service, comme l’ouverture des voies de bus aux Autolib’, la fermeture des stations dans des endroits non rentables, dans les parkings souterrains parisiens et certaines en banlieue, la baisse de la redevance pour l’occupation des places".

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