Le "mini Smic" proposé par le Medef passé au crible

Le "mini Smic" proposé par le Medef passé au crible

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DECRYPTAGE – A peine (re)lancée, l'idée a été enterrée par Manuel Valls ce mercredi. Le Smic ne baissera donc pas en France, comme l'a proposé la veille le patron du Medef Pierre Gattaz. Un "mini-Smic" pourrait-il vraiment donner un coup de pouce à l'emploi comme l'affirment mordicus ses partisans ? Metronews analyse leurs arguments.

Le gouvernement l'a écarté : il n'y aura pas de remise en cause du "modèle social" du Smic, a redit Manuel Valls ce mercredi. Le débat, ouvert la vieille par le président du Medef , Pierre Gattaz, est donc clos. Mais l'idée pourrait rester en l'air. Elle revient d'ailleurs régulièrement dans le débat politique. Et ses défenseurs ne manquent pas d'arguments. Metronews les passe en revue avec Marion Cochard, économiste à l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques).

1.  "Baisser le Smic d'un point, c'est créer 50.000 emplois"

Vrai. Il s'agit d'une déclaration de l'économiste Etienne Wasmer, qui s'appuie sur "des études". "Probablement vrai", estime sa collègue Marion Cochard. Sauf que toucher au salaire, c'est toucher au pouvoir d'achat des salariés. Et des ménages qui consomment moins, ce sont des entreprises qui tournent au ralenti. Or les carnets de commandes ont déjà du mal à se remplir. Autre écueil : une baisse du Smic pourrait à long terme tirer l'ensemble de la pyramide des salaires vers le bas. Ces 50.000 emplois d'un coup valent-ils ce risque ?

 2. "La France a l'un des salaires minimum les plus hauts d’Europe"

Vrai. Avec 1.445,38 euros bruts mensuels, elle fait en effet partie des pays les plus généreux avec le Luxembourg et les Pays-Bas. Mais pour connaître le vrai coût du Smic pour les entreprises, il faut lui soustraire les exonérations de cotisations sociales dont elles bénéficient. "Et avec le Crédit impôt compétitivité emploi (CICE) et les prochains allègements annoncés par le gouvernement, on aura une baisse supplémentaire du coût du travail de presque 10%", souligne Marion Cochard. Selon les calculs de l'économiste, le coût du Smic pour les entreprises se retrouve donc à peu près au même niveau que dans les pays qui ont le même niveau de vie

3. "En Allemagne, il n'y a pas de Smic et très peu de chômage"

Vrai et Faux. Le taux de chômage est de 6,8% environ en Allemagne, contre 9,8% en France. Mais sans salaire minimum depuis dix ans, l'Allemagne n'en a pas moins fabriqué beaucoup de travailleurs pauvres et précaires : 6 millions de personnes travaillent pour moins de 8 euros de l'heure, 2,5 millions pour moins de 5 euros. Ensuite, "il y a des minimas sociaux dans un certain nombre de branches, notamment dans le secteur industriel en Allemagne, qui sont supérieurs aux français", rappelle l'économiste de l'OFCE. "Quant aux autres, ils bénéficient très souvent d'un complément de revenus pour arrondir leur fin de mois". En clair : si on baisse le niveau du Smic en France, "on serait certainement contraint de leur verser le RSA chapeau". Enfin, ne pas avoir de salaire minimum n'est pas la panacée en Allemagne. Pour preuve, le pays vient de voter son retour.

4. "Le soutien au Smic bloque l'évolution salariale"

Faux.
Il est vrai que la proportion de salariés au Smic en France ne cesse d'augmenter : un salarié sur six est aujourd'hui au Smic, c'est deux fois plus qu'en 1994. Sont-ils pour autant condamnés à ne jamais être augmentés ? "Les exonérations de cotisations sociales sont dégressives", souligne Marion Cochard. "Elle ne disparaissent pas juste après le Smic, mais deviennent moins importante au-delà. Si effet de seuil il y a, il est donc très limité", estime-t-elle.

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