"Les femmes ne veulent plus seulement l'égalité, elles veulent définir leurs critères de réussite"

Pour Céline Alix, les entreprises sont encore régies par des codes créés il y a 50 ans et plus... par des hommes.

PLAFOND DE VERRE - Pourquoi les femmes, de mieux en mieux représentées dans les entreprises, butent-elles toujours sur les dernières marches de l'organigramme ? Dans "Merci, mais non merci", Céline Alix, ex-avocate d'affaires, émet une hypothèse : la réussite des hommes n'est pas forcément celle dont veulent les femmes.

Après dix ans dans plusieurs cabinets d'avocats d'affaire, Céline Alix a tout plaqué pour lancer sa propre activité. Un projet entrepreneurial né de l'usure du temps, face à un monde du travail aux critères de réussite un peu datés, et très masculins. Dans "Merci, mais non merci" (Éditions Payot), elle restitue une cinquantaine d'interviews avec des femmes qui elles aussi ont un jour claqué la porte d'entreprises qui ne leur correspondaient plus.

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LCI : Pourquoi ce titre, "Merci, mais non merci" ?

Céline Alix : Parce qu'avec le temps, le succès qu'on nous promet, on est nombreuses à s'apercevoir que l'on n'en veut pas. Dans mon cas, j'avais la chance d'être dans de grands cabinets d'avocats, dans une profession très féminine, mais avec un gros bémol : vous vous apercevez rapidement que si 83% des avocats sont des avocates, seuls 17% des associés des cabinets sont des femmes. Les hommes y tiennent le pouvoir, et surtout, ce sont eux qui en ont inventé les critères de réussite et la culture, tous ces codes créés il y a 50 ou 60 ans, les horaires à rallonge, la culture du présentéisme qui fait que partir à l'heure est mal vu... En fait, ce que j'ai découvert, c'est que les femmes peuvent aujourd'hui accéder à tous les postes anciennement réservés aux hommes, mais qu'une fois qu'elles y sont, elles découvrent que ce n'est pas le modèle de réussite qu'elles attendaient, elles arrivent dans un monde qu'elles n'ont pas contribué à créer.

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Le parcours des femmes que vous avez interviewées est le même que le vôtre ?

En tout cas il est comparable, beaucoup sortent de milieux plutôt privilégiés, elles ont été bonnes élèves, ont fait les bonnes études, sont de bons petits soldats, elles bossent dur car, elles aussi, elles veulent y arriver mais au bout d'une dizaine d'années à s'accrocher, elles sont déçues par leurs entreprises... au point à un moment de décider de partir, ou de faire toute autre chose. Sur la cinquantaine que j'ai interviewé, six ou sept ont repris des études pour changer de métier, mais pour l’essentiel, les autres ont juste créé leur propre structure pour continuer à faire la même chose, mais à leur compte. Elles n'ont pas renoncé à la réussite, loin de là, c'est juste une autre réussite.

Leurs critères de réussite sont si différents ?

Oui, pour moi elles ne veulent plus seulement l'égalité, en fait elles veulent définir le monde dans lequel elles vivent, et pour beaucoup, les critères de la réussite, c'est de réussir toute leur vie, pas juste leur vie professionnelle. Et aujourd'hui elles n'ont pas peur de dire qu'il y a autre chose que le boulot dans leur vie, elles n'ont plus envie de faire semblant de n'avoir ni vie personnelle ni enfants. À l'heure de la connexion permanente ça devient compliqué d'imposer des horaires à rallonge au bureau. Et puis il y a les choses que nombre de femmes détestent, tout ce qui est politique, les petites magouilles, les renvois d'ascenseur...

... des trucs de mecs ?

Oui, mais surtout des choses d'un autre âge, et on le voit bien, ces aspirations sont largement celles des jeunes générations, hommes et femmes confondus. En fait, s'il fallait mettre le doigt sur un phénomène, c'est que tout cela est révélateur de codes professionnels périmés. Mais la pandémie aura au moins eu le mérite de nous faire gagner dix ans sur le télétravail, sur l'autonomie, sur la porosité du personnel et du professionnel, et comment jongler avec les deux si on en a envie, là les gens ont pu vivre au quotidien ce que c'était de mélanger ses deux vies.

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Le prochain enjeu, c'est de changer les entreprises de l'intérieur ?

Oui, et là il y a deux mouvements parallèles, d'abord il y a les femmes qui continuent de monter en responsabilité dans les entreprises, pendant que les plus jeunes demandent ces changements de cultures, avec des femmes qui ouvrent la voie et des hommes qui poussent derrière. Car pour eux aussi, arriver à changer le modèle va permettre d'avancer, ce nouveau parcours de carrière, ces nouveaux critères de la réussite vont aussi leur bénéficier. Et puis, tout cela va donner des idées aux entreprises pour mieux garder les femmes.

📖 Céline Alix, "Merci, mais non merci" (Éditions Payot)

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