Les frais bancaires plafonnés pour les plus modestes ? "Ce ne serait qu'une rustine"

ECONOMIE
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BUDGET PERSONNEL - Le ministre de l’Economie et des Solidarités Bruno Le Maire a assuré dimanche vouloir plafonner les frais bancaires pour les revenus les plus modestes. Une proposition sera faite dans le cadre du plan pauvreté présenté en septembre. Mais pour les associations d'usagers des banques, cette mesure est une initiative a minima qui cache le vrai problème.

Les usagers des banques n’ont pas fini de voir rouge. C’est ce qu’estiment les associations de protection des consommateurs, à la suite de l’annonce de Bruno Le Maire dimanche de vouloir plafonner les frais bancaires pour les clients les plus fragiles. Une mesure qui devrait concerner 3,5 millions de personnes, selon le ministère. 


Mais "35 millions de Français sont titulaires d’un compte bancaire", relève Serge Maître , président de l’Association des Usagers des Banques (Afub), à LCI. "Bercy tourne le dos à tous ceux qui sont victimes de tarification d’incidents bancaires", regrette-t-il. Les dépassements de découvert peuvent en effet donner lieu à des frais vertigineux, "jusqu’à 1500 euros", alarme le président de l’Afub. "C’est une situation qui arrive à tout le monde et qui peut conduire à une cessation de paiement". 

60% des Français sont à découvert une fois par an

Un Français sur quatre est à découvert une fois par mois, et 6 sur 10 une fois par an, selon une étude de Panorabanque. De son côté, l'association de consommateurs UFC Que Choisir évalue que ces frais bancaires rapportent entre 4 et 10 milliards d'euros aux banques, soit environ 30% de leur chiffre d’affaires. Les premiers concernés sont les usagers les plus modestes, dont les salaires sont de moins de 1500 euros par mois. Et ils représentent environ 10% des titulaires de comptes bancaires.


Ces utilisateurs plus "vulnérables" sont prélevés en moyenne de 300 euros par an. C'est dix fois plus que pour un usager moyen. "C’est un mécanisme de solidarité inversée : les consommateurs les plus fragiles sont les plus touchés", nous explique Matthieu Robin, chargé de mission sur le secteur financier à l’UFC Que Choisir. "La proposition de protéger la population fragile n’est qu’une rustine", ajoute Serge Maître. "On n'a toujours pas de réponse globale à ce problème". 

Solutions : plafonnement universel et transparence

Au total, les Français déboursent en moyenne 180 euros par an en frais bancaires, selon l’étude d'UFC Que Choisir. "Sur 115 établissements , on relève 318 intitulés bancaires différents pour désigner ces prélèvements" déplore Matthieu Robin. "Les frais de lettre d’alerte vont de 8 à 24 euros selon les banques". Cette opacité du parcours de l’incident bancaire est l'un des chevaux de bataille des associations d’usagers. "Les consommateurs ont besoin d’une homogénéisation pour y voir plus clair.  On voudrait un plafonnement universel, avec plus de transparence" insistent aussi bien l'UFC Que Choisir que l'Afub.

Une "offre spéciale" est pourtant en place depuis 2013 pour ces personnes aux revenus les plus modestes. Mais seules 10% d'entre elles y souscrivent, soit 350 000. Cette offre, qui permet un traitement moins onéreux des frais bancaires, reste cependant très limitée et peu proposée par les banques. Les commissions d'intervention des banques ont, elles aussi, été plafonnées depuis 2013. "Des solutions segmentaires qui restent insuffisantes" regrette Serge Maître.


Contacté par LCI, Bercy n'a pas précisé les modalités de la future proposition de plafonnement. Les banques doivent en effet accorder leurs violons avec le ministère pour trouver un consensus sur les critères d'application de de cette limitation des frais. 

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