Marchés : porté par le capital confiance, leur renouveau se confirme depuis les années 2000

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ENTRETIEN - Convivialité contre facilité, qualité contre extrême variété... cela n'est pas nouveau, marchés et grandes surfaces ne sont pas bons amis, les premiers ayant souffert du développement tentaculaire des seconds. Sans se laisser abattre pour autant, détaille la présidente de la Fédération nationale des marchés de France.

Si la grande distribution a fait du tort aux marchés au cours des dernières décennies, ces derniers sont loin de s’effacer pour autant. Au gré des modes et des tempêtes, la forme la plus ancienne de commerce résiste, voire se réinvente. Dans quelle mesure peut on parler de renouveau ? Quels sont les facteurs qui ont impulsé cette évolution ? LCI a demandé à Monique Rubin, présidente de la Fédération nationale des marchés de France (F.N.S.C.M.F).

LCI : Dans quelle mesure peut on parler de renouveau ? Et quels sont les facteurs qui l’ont impulsé ?

Monique Rubin : A travers deux étapes. La première phase de renouvellement a lieu à partir des années 2000, au moment où il y a eu de nouvelles exigences liées aux normes d’hygiène de 1995 concernant notamment les équipements. Il a alors fallu que l’ensemble des commerçants soit équipé avec obligation de respecter la chaîne du froid. Alors que certains, à ce moment-là, avaient déjà enterré les marchés en disant qu’il ne se relèverait pas, qu’ils ne pourraient pas faire face à ces normes d’hygiène, ça n’a pas été le cas. Les commerçants ont su bien réagir et ça a finalement même joué en leur faveur. Ca a été de gros sacrifices au début certes, mais ça a généré un engouement et un capital confiance : les consommateurs se sont rendus compte qu’on exigeait des choses et qu’on était capable d’y faire face. Le deuxième point concerne les grandes crises sanitaires (vache folle, grippe aviaire, listeria). A chaque fois que survient un nouveau scandale, les marchés peuvent afficher ce capital confiance et ont la capacité de réagir. Les consommateurs viennent voir les commerçants, leur posent des questions, peut savoir d’où viennent les produits. Discuter, proposer, comparer, goûter... ce sont des atouts qui ont réellement participé à ce renouveau des marchés.

LCI : L’évolution dont vous parlez est-elle toujours en cours ?

Monique Rubin : Oui, elle s’est faite progressivement, mais de manière constante depuis les années 2000 avec néanmoins des périodes plus creuses et difficiles comme les hivers pendant lesquels les marchés souffrent réellement. Pour autant, ce constat relève exclusivement de retours de commerçants, car il est difficile voire impossible de collecter des statistiques sur le sujet. Par définition, la quantité de monde sur un marché n’est pas mesurable. Mais il ne fait aucun doute sur le fait que l’industrialisation à outrance et les différentes crises sanitaires ont suscité des réactions et des changement de comportement, et ce besoin de manger sain. En venant sur le marché rencontrer des producteurs, on favorise à fond le circuit court, et ça, aux yeux des consommateurs, ça n’a pas de prix. Et contrairement aux idées reçues, rien n’est acquis. Y compris dans certaines régions de France dotées d’une forte identité régionale et gastronomique. Dans le Périgord par exemple, je peux vous assurer que les élus mettent en avant de façon magistrale tous les atouts de leur marché pour attirer et dynamiser leur cœur de ville. Il y a toujours des efforts à fournir, notamment pour faire face aux différentes crises. C’est ce capital confiance qui me fait dire que les marchés seront vraiment le cœur de la dynamique des centres-villes demain.

LCI : A-t-on alors vu arriver ou revenir une certaines catégorie de consommateurs ?

Monique Rubin : Oui, la jeune clientèle et notamment les jeunes couples. En somme, ceux qui travaillent toute la semaine, chez qui on sent de nouveau ce besoin d’aller sur le marché les fins de semaine. Dans ce cas-là, le marché est avant tout synonyme d’achats-plaisirs, allié au côté festif et convivial. L’arrivée de cette autre clientèle a aussi été possible grâce à l’évolution entamée chez certains commerçants pour s’adapter, donner une nouvelle vision et une nouvelle dimension à leur métier. Je pense notamment à ceux qui proposent des plats cuisinés, chauds, préparés, spécifiques à une région, et qu’on ne voyait pas autant il y a quelques années. Il est évident que ça attire les consommateurs qui n’ont pas toujours le temps de cuisiner.

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