Négociations entre l'Etat et Vinci : combien coûtera l'abandon de Notre-Dame-des-Landes ?

INDEMNISATIONS - Après l'abandon du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, l'Etat veut renégocier "sans délai" le contrat qui le lie à son concessionnaire, le groupe Vinci. Un montant allant jusqu'à 350 millions avait été avancé en décembre, mais non confirmé. "Les intérêts de l'Etat seront préservés", a promis Edouard Philippe au JT de TF1.

Certains redoutent un nouveau scandale comme celui de l'écotaxe, qui a coûté plusieurs centaines de millions d'euros à l'Etat. L'abandon du projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, entériné mercredi par Edouard Philippe, va-t-il se traduire par une gabegie pour les deniers publics ?


Le groupe Vinci a remporté en 2010 l'appel d'offre relatif à la construction et à la concession du nouvel aéroport. Comme l'a signalé Le Monde, le contrat signé pour 55 ans prévoyait, dans son article 81, le principe d'une compensation en cas de résiliation pour motif d'intérêt général. Mais le montant de cette compensation n'était pas précisé. Ce que l'on sait, c'est que la dernière évaluation du coût de construction de l'aéroport se chiffrait à 561 millions d'euros, et que, depuis 2010, Vinci a engagé des études, recruté des personnels et acquis des parcelles agricoles sur le site du projet. 


En décembre, l'un des médiateurs mandatés pour évaluer la situation de Notre-Dame-des-Landes avait livré une estimation du coût de l'abandon du projet allant jusqu'à 350 millions d'euros. Un montant contesté mercredi par le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux.

La réaction sobre de Vinci

Après l'annonce d'Edouard Philippe, Vinci s'est bien gardé de mettre de l'huile sur le feu. Le géant du BTP a simplement indiqué, par l'intermédiaire d'un porte-parole, qu'il se tenait "à la disposition de l'Etat". Mardi, son patron, Xavier Huillard, avait jugé que le contrat liant son groupe à l'Etat était "béton", après des rumeurs démenties selon lesquelles l'Etat aurait cherché à revoir certaines clauses liant les deux parties pour éviter le scénario d'une indemnisation à trois chiffres. "Dans l'hypothèse où une discussion s'engage [entre l'Etat et Vinci], la question de l'indemnisation peut venir sur la table", a reconnu mercredi Benjamin Griveaux.


La question financière ne se limite toutefois pas à celle de l'indemnisation. D'autres données sont en effet à prendre un compte dans l'évaluation du coût global de l'abandon, comme par exemple les économies qui seraient réalisées sur l'investissement en infrastructures, voies routières et ferroviaires prévues pour Notre-Dame-des-Landes. Cet investissement était évalué à plus de 400 millions d'euros à la charge de l'Etat et des collectivités. 

Négociation complexe

Quoi qu'il en soit, a discussion entre l'Etat et le groupe de BTP pourrait s'avérer plus complexe. Mercredi soir, sur TF1, le Premier ministre a fait valoir que le contrat en question régissait non seulement la construction et l'exploitation future de Notre-Dame-des-Landes, mais aussi celle des aéroports existants de Nantes-Atlantique, que le gouvernement veut désormais réaménager, et de Saint-Nazaire-Montoir.


"Il est bien clair", a estimé Edouard Philippe, "que dès lors que nous abandonnons le projet de construction de Notre-Dame-des-Landes, il va y avoir une discussion. Elle portera sur les conditions dans lesquelles il peut y avoir ou non indemnisation, et sur les conditions dans lesquelles on va exploiter à l'avenir Nantes-Atlantique. Y compris en finalisant un certain nombre de travaux qui permettront plus de fluidité et un meilleur accueil des passagers". Autrement dit : négocier avec Vinci un projet alternatif, évalué par les médiateurs entre 365 et 460 millions d'euros, et jusqu'à "plus d'un milliard d'euros" par les défenseurs du projet de Notre-Dame-des-Landes. Edouard Philippe, qui souhaite commencer cette discussion "sans délai", promet en tout cas de "préserver les intérêts de l'Etat". Et de rendre public le résultat de la négociation...


Les partisans de l'extension de Nantes-Atlantique ont fait valoir un ultime argument qui donnerait à l'Etat davantage de poids dans cette périlleuse négociation : l'intérêt manifesté publiquement par le groupe Vinci pour les aéroports d'Ile-de-France, Orly et Roissy, dont la possibilité d'une privatisation est à l'étude. 

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