Péages : un gel des tarifs juteux pour les sociétés d’autoroutes, pas pour les usagers

ÉCONOMIE

TRANSPORTS - Pour lutter contre la "rente" des sociétés d’autoroutes, les tarifs des péages des concessionnaires ont été gelés en 2015. Une mesure qui, contre toute attente, a fait exploser les bénéfices de ces dernières, selon un rapport de l’autorité de régulation dédiée.

Fortement critiquées pour la gestion de leurs tarifs, les sociétés autoroutières font face depuis 2015 à un renforcement du contrôle du secteur et de la politique de prix de ses acteurs. Une mesure qui n’a pas affaibli les concessionnaires, bien au contraire. 

Dans son premier rapport sur les comptes des concessions autoroutières, l’autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer) se penche sur la bonne santé financière qu'affichent les sociétés autoroutières malgré le gel des tarifs imposé en 2015 par le gouvernement. 

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    "Rendre aux automobilistes un peu de justice"

    Ce  gel avait été décidé après d’âpres négociations entre le ministère de l’Ecologie et des Transports et les concessionnaires. A l’époque, Ségolène Royal le justifiait notamment ainsi : "Les tarifs ont trop augmenté par rapport au coût de la vie, donc il faut rendre aux automobilistes un peu de justice et d'équité tarifaire". 

    Mais ce gel n’a pas été sans contrepartie pour les sept sociétés gérantes historiques : ASF, Escota, Cofiroute, APRR, Area, Sanef et SAPN. Ces dernières ont en effet obtenu un allongement moyen de deux ans et demi de la durée actuelle des contrats de concession. Une aubaine pour elles. 

    Bénéfices et dividendes explosent

    Selon le rapport de l’Arafer, l’effet conjugué d’une progression limitée des charges d’exploitation (hors amortissements) en 2015 (+1,5%) et la réduction du poids des amortissements, rendue possible par l’allongement de la durée des concessions, s’est traduit par une progression de 16,5% du résultat net du secteur, qui a atteint l’an dernier 2,2 milliards d’euros, au profit quasi exclusif des sociétés historiques. 

    "Dans un second temps, l’Autorité a analysé l’utilisation des flux de trésorerie opérationnels dégagés par l’activité en 2015 (3,9 Md€). Ces derniers ont principalement permis de financer des dépenses d’investissement (…) et de distribuer aux actionnaires des dividendes, dont le montant fait plus que doubler (de 1,45 Md€ en 2014 à 3,3 Md€ en 2015)", précise l’autorité, soit une hausse de plus de 127,5%. 

    Un rattrapage à 500 millions d’euros pour les usagers

    Mais les avantages tirés par les sociétés parties prenantes de l’accord ne s’arrêtent pas là. En effet, non contentes d’avoir obtenu un prolongement de la durée de concession de deux ans et demi, le gel des tarifs décrété en 2015 doit être rattrapé entre 2019 et 2023. Et là encore, l’opération s’annonce juteuse pour les concessionnaires. 

    "Ce rattrapage sur cinq ans se traduit par une augmentation des péages supérieure à celle normalement prévue au 1er février 2015 : + 0,23 % à + 0,82 % selon les concessionnaires. Au final, les usagers paieront 500 millions d’euros (…) pour compenser le coût de décalage de perception des recettes de péages par les concessionnaires", explique ainsi l’Arafer. Une hausse des tarifs, assumée d’ici deux ans par les automobilistes, selon une fourchette d’augmentation estimée par l’autorité de contrôle que les sociétés d’autoroute ont jugé à peine surévaluée. 

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