Pharmacies, grandes surfaces, sites internet... lumière sur l'opacité du prix des médicaments en vente libre

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ÉTAT DES LIEUX - Selon le dernier rapport de Familles Rurales, les produits délivrés sans ordonnance sont globalement de plus en plus chers. En outre, les écarts de tarification selon les points de vente, toujours d’actualité, confortent l'idée selon laquelle les patients ont tout intérêt à ne pas être tributaires d’une seule enseigne. Joint par LCI, le président de l'association dénonce un "manque de transparence".

Si en matière de médicaments en vente libre, faire jouer la concurrence peut présenter un réel intérêt pour les patients, dans la pratique, cela relève du défi. C’est en tout cas ce que laisse une nouvelle fois penser l’association Familles Rurales, qui publie ce mardi, et pour la septième année consécutive, son Observatoire des prix. Premier enseignement ? Les produits délivrés sans ordonnance sont de plus en plus chers, les tarifs ont augmenté de 4,3% en moyenne entre 2016 et 2017. Plus inquiétant, les disparités de prix sont toujours très importantes d’une enseigne à l’autre, de l'ordre de un à trois, mais le coefficient peut aller bien au-delà. Parmi les exemples les plus éloquents, figurent le Dacryum (des gouttes pour les yeux) vendu de 1,95 euro à 8,5 euros, soit un facteur supérieur à quatre, ou encore le Maalox, dont le prix varie de 2,75 à 9,10 euros. L'écart est aussi important entre officines et grandes et moyennes surfaces, tandis qu'en matière de vente en ligne, les frais de port, toujours aussi dissuasifs, viennent gommer les prix attractifs des médicaments. Gare donc aux idées reçues.


Or, parallèlement à ces écarts de tarification,  qui pourraient encourager certains malades à se mettre à comparer davantage, l’association souligne que dans les pharmacies, l’affichage du prix fait défaut, 75 % des boîtes étant dépourvues d’étiquette "prix". Un paradoxe que dénonce Familles Rurales depuis plusieurs années déjà.

"Malheureusement, qu’il s’agisse de disparités de prix ou de défaut d’affichage, le constat est globalement le même d’une année sur l’autre, et il n’y a apparemment pas de progrès significatifs", regrette Dominique Marmier, président de la fédération nationale, précisant que "60% des clients n’ont même  pas de tickets de caisse quand ils ont effectué leurs achats." Et ce dernier de souligner une habitude franco-française. "Quand on va acheter un médicament, il n’est pas dans les mœurs de faire jouer la concurrence : on y va, on fait confiance à la pharmacie locale parce qu’il y a un rôle de conseil associé. Or, quand les prix varient de 1 à 4,5 suivant l’officine dans laquelle on rentre, on s’aperçoit que cette confiance est mise à mal."


L’association, qui réclame de longue date "plus de transparence" concernant le prix des médicaments en vente libre, estime "dommageable" qu’en la matière les années passent et se ressemblent. "Il serait dans l’intérêt des pharmaciens de recréer ce climat de confiance" estime Dominique Marmier, prônant une "démarche gagnant-gagnant." Pour y parvenir ? Deux priorités détaille-t-il : afficher enfin clairement les prix et délivrer systématiquement un ticket qui détaille la liste des médicaments achetés. 

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L’association, qui avait rencontré il y a quelques années l’ordre des pharmaciens à sa demande, puis écrit à Marisol Touraine en 2015 pour l’interpeller sur le non-respect de la réglementation, n’exclut pas d’engager de nouvelles discussions en faveur d’une prise de conscience. "On va certainement par la suite écrire un courrier à Madame la ministre pour qu’elle prête attention à ce qui se passe en matière de vente de médicaments en libre accès", annonce Dominique Marmier, évoquant "presque un problème de santé publique" dans certains cas. Pour exemple, l’association note jusqu’à vingt euros de différence sur une boîte de sevrage tabagique qui doit être renouvelée régulièrement telle que Nicopass. "C’est énorme pour certains clients, au point de mettre à mal le fait de prendre des médicaments pour arrêter de fumer et quand on sait les dégâts que ça cause, c’est loin d’être anodin sur le budget de la santé."


Pour rappel, le décret autorisant les pharmacies à vendre en libre accès certains médicaments date de 2008, la vente des médicaments sur Internet étant pour sa part autorisée depuis 2013 et encadrée par un arrêté depuis 2015. Or, si les pratiques s’améliorent, il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine aussi, deux tiers des sites ne respectant pas la réglementation en vigueur (logo européen obligatoire, remplissage d’un questionnaire...) note enfin l'association.

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