Quand investir dans une vache rapporte cinq fois plus qu'un livret A

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ÉCLAIRAGE – Accessible à tout un chacun, quel que soit son budget, le bail à cheptel n’est pourtant pas une piste d’investissement qui vient spontanément à l’esprit. Aussi inédite que sérieuse, elle peut se révéler tout à fait rémunératrice et présente d'autres intérêts dont des possibilités d'avantages fiscaux.

Acheter du bétail pour le louer à un exploitant, l’idée n’est pas nouvelle puisqu’elle était déjà d’actualité au Moyen Âge. Pour l’anecdote, le mot capital vient d’ailleurs de l’ancien français "chetel", à savoir "biens mobiliers en bétail", qui se retrouve dans "cheptel". Malgré ce lien étymologique, l’investissement en vaches laitières reste une option peu, voire, pas connue des Français. Et ce bien qu’elle soit accessible à tous les particuliers, quel que soit leur budget. "Objectivement, c’est une niche mais il faut savoir que ça existe", concède Laurent Brachet, conseiller en gestion de patrimoine. Et d’ajouter : "Il peut arriver, en fonction du profil risque du client et au gré de notre échange, que je propose ce type de solution."


Depuis plus de 45 ans, c’est l’AFIC (Association Française Investissement Cheptel), qui assure le rôle d’intermédiaire entre l’investisseur et l’éleveur le cas échéant. "Le prix d’une bête s’élève à ce jour à 1.435 euros avec les frais de mise en place c’est-à-dire que la vache est placée en ferme et couverte par un contrat d’assurance en cas d’épidémie, de maladie ou d’accident", explique Pierre Marguerit, secrétaire général de l'AFIC qui précise qu’environ un millier d’investisseurs se sont laissés convaincre, pour environ 20.000 têtes de bétail en location, réparties dans 800 fermes à travers la France. Si l’évolution est lente, elle est régulière avec "une croissance de l’ordre de 3% par an". 

Un placement peu risqué

Le principe ? Selon le montant investi, le particulier fait l’acquisition d’une ou plusieurs vaches, l'AFIC confie alors le dossier à une société en charge de la régie financière, laquelle loue les cheptels à des éleveurs responsables des soins et de l'entretien du troupeau. En contrepartie, ces derniers bénéficient pendant toute la durée de la location de la production laitière et héritent de l'ensemble de la descendance mâle. Ils partagent en revanche la descendance femelle avec les investisseurs auxquels s’offrent deux options chaque année : encaisser le produit de la vente de ces nouvelles bêtes ou les intégrer à votre troupeau. A titre d’illustration, "au bout d’une période d’élevage de trois ans, avec un troupeau d’une vingtaine de vaches, on peut prétendre à la vente d’une génisse pratiquement chaque année et ça tant qu’il y a un troupeau de vaches mères", souligne Pierre Marguerit. 


Pour un investisseur au patrimoine déjà étoffé, "l'intérêt est surtout de diversifier, de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier", poursuit le secrétaire général de l'AFIC. Présenté comme un placement de père de famille, c’est-à-dire peu risqué et adapté à des personnes au profil plutôt prudent, cette option à envisager à moyen ou long terme (plus de 5 ans),  séduit pourtant plusieurs générations. "Des trentenaires soucieux de se constituer un revenu complémentaire à l'âge de la retraite, aux retraités de plus 60 ans qui peuvent acheter d’un coup un troupeau de 45 vaches dans le but d'en vendre une chaque année", explique Pierre Marguerit.

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Comment épargner selon votre situation ?

Un placement qui a du sens

Ce type d'investissement, considéré comme un "placement atypique" par l'Autorité des Marchés Financiers (AMF), ne permet pas à l'investisseur de profiter de la protection liée à la régulation des marchés. "Parlons plutôt d’investissement alternatif qui vient remplacer le coté péjoratif d’atypique", relève Laurent Brachet. Si ce dernier précise que "tous les placements atypiques ne se valent pas", l’investissement en vaches laitières se veut assurément "intéressant." Et d'argumenter : "le rendement moyen, autour de 4% à 5%, n'est pas débordant mais nettement plus avantageux que celui du livret A par exemple, au taux de 0,75 %."

 

Si le bail à cheptel permet donc à chacune des parties d’y trouver son compte, il se présente également comme un placement qui a du sens dans un contexte où de plus en plus de Français cherchent à épargner utile. "L’investisseur fait en quelque sorte œuvre sociale en permettant à un agriculteur de pouvoir se maintenir ou de s’installer avec des capitaux qu’il n’a pas au départ s’il s'agit d'un jeune", explique Laurent Brachet, conforté par les tendances observées par l’AFIC. "Un certain nombre d’investisseurs se tournent en effet vers nous pour des raisons sentimentales, parce qu’ils sont attachés à la terre, en nous expliquant : 'je le fais parce que j’ai envie de donner du sens à mes économies et cet investissement me permet de contribuer au maintien d’une population rurale essentielle pour notre pays'," témoigne Pierre Marguerit. A tel point, ajoute-t-il, "que certains souhaiteraient même cibler des élevages bio." Or, investir dans un troupeau doit être perçu comme un placement virtuel sans possibilité ni de choisir ni de rencontrer son plan d’épargne sur patte à la ferme. Enfin, soutenir le secteur agricole offre des possibilités d'avantages fiscaux. En déclarant les revenus comme "bénéfices agricoles imposés au régime réel normal", il est en effet possible de déduire de ses revenus imposables, 10 % du prix de la bête chaque année. 


Voir la vidéo ci-dessus de l'arrivée de Haute, la mascotte du salon de l'agriculture 2018. 

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