"Peu efficace", "trop élevé" : un groupe d'économistes nommé par le gouvernement veut geler le Smic

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ON ARRÊTE TOUT - Le rapport du "groupe d'experts sur le Smic" préconise d'arrêter sa revalorisation systématique chaque année, afin de préserver certains indicateurs de santé économique de la France.

Les membres du groupe d'experts sur le salaire minimum de croissance (Smic), 5 économistes nommés par le gouvernement par décret le 28 août, a rendu ses conclusions, mardi 5 décembre, dans un rapport qu'ont pu consulter L'Opinion et France Info. Et elles sont peu charitables envers cette rémunération plancher instaurée en 1970.

Plus de coup de pouce depuis 2012

En effet, sous la houlette de Gilbert Cette, économiste spécialiste du travail, qui avait travaillé au programme présidentiel d'Emmanuel Macron, les chercheurs jugent le dispositif "peu efficace" pour lutter contre la pauvreté et trop "élevé" par rapport aux pays voisins. 

Conséquence : non seulement recommandent-ils, comme leurs prédécesseurs chaque année, de ne pas accorder de "coup de pouce" au Smic - consigne suivie depuis juillet 2012 et la légère hausse accordée par François Hollande - mais en plus suggèrent-ils de revoir le mode de calcul de sa revalorisation. Une hausse mécanique qui intervient chaque année et qui est calculée selon deux indices : l'inflation observée chez les 20% de ménages les plus modestes et la moitié du gain de pouvoir d'achat du salaire horaire de base ouvrier et employé. Les cinq économistes préconisent ainsi soit d'indexer le Smic sur la seule inflation, soit de "supprimer toute règle d'indexation obligatoire". 


Autrement dit, de geler le salaire minimal. Un mal pour un bien, ces derniers jugeant qu'une nouvelle revalorisation du Smic nuirait à la compétitivité de notre secteur productif, à la baisse du chômage, à l'amélioration de la croissance française, "nettement inférieure à celle de la zone euro" et à la consolidation du taux de marge des entreprises, que le CICE n'a pas suffi à faire retrouver "son niveau d'avant la crise".

Le gouvernement attaché à "la progression automatique" du Smic

Pour Gilbert Cette, Andrea Garnero, Isabelle Méjean, Marie-Claire Villeval et André Zylberberg, la hausse du Smic est aussi à écarter en ce qu'elle fait indirectement peser une menace sur les finances publiques. En effet, les dernières mesures présentées comme favorables au pouvoir d'achat ont été de faire prendre en charge à l'Etat les cotisations sociales, salariales et/ou patronales, des faibles salaires. Des dispositifs qui ont viré à l'effet d'aubaine, "coûteux pour les finances publiques".


Que proposent-ils pour compenser la perte de pouvoir d'achat conséquente ? Privilégier "des mécanismes ciblés de lutte contre la pauvreté, comme la prime d'activité". Une proposition qui ne semble pas avoir reçu l'assentiment total du gouvernement qui, déjà critiqué pour son budget jugé favorable aux plus riches, a indiqué, mardi 5 décembre, être attaché à la "progression automatique" du salaire minimal. Le Smic, dont le montant s'élève actuellement à 1480,27 euros bruts mensuels, devrait donc connaître une nouvelle hausse en 2018. Voilà qui devrait rassurer les syndicats, qui avaient commencé à exprimer leur opposition. A l'image de Force ouvrière, qui a évoqué "une faute économique et sociale lourde de sens".

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