Taux d'endettement élargi, durée de crédit rallongée : Bercy veut rouvrir les vannes du crédit immobilier

Bruno Le Maire, Ministre de l'Économie

PLUS SOUPLE - Devant l'explosion du nombre de crédits refusés et la fronde des professionnels de l'immobilier, l'exécutif lâche un peu de lest, et allège ses recommandations aux banques pour simplifier l'accès au crédit, surtout pour les ménages les plus modestes.

Assouplir l'accès au crédit, pour débloquer le marché immobilier. C'est ce qu'a tenté de faire ce jeudi le Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF), présidé à Bercy par Bruno Le Maire, au prix de quelques coups de canifs dans les recommandations du Haut Conseil aux banques. Des recommandations de prudence qui tiennent en trois chiffres : jusqu'à ce jour, le HCSF demandait à ces dernières de ne pas accorder de crédits dont les mensualités dépasseraient 33% du revenu mensuel de l'emprunteur, pour un crédit qui ne devait pas dépasser 25 ans. Enfin, si elles pouvaient faire un geste ou tenir compte de situations particulières, il leur était recommandé de ne dévier des prescriptions du HCSF que pour 15% des dossiers, pas plus.

Toute l'info sur

Coronavirus : l'impact économique de la pandémie

Le problème, c'est que ces recommandations dataient d'avant la crise sanitaire, en un temps où seuls 5% des dossiers de crédit étaient refusés par les banques. Aujourd'hui, c'est jusqu'à 17% de dossiers refusés que recensent certains professionnels du secteur, qui sonnaient l'alarme depuis quelques mois devant un horizon bloqué pour nombre de ménages, malgré une baisse constante des taux qui aurait dû leur simplifier l'accès à la propriété. "Aujourd'hui les taux n'ont jamais été aussi bas, nous sommes repassés sous la barre des 1% mais malheureusement tous les emprunteurs n'en profitent pas", explique Maël Bernier, porte-parole du courtier Meilleurtaux.com, "l'accès au crédit est en effet devenu quasi-impossible à toute une catégorie de la population française et seuls les plus aisés avec de l'épargne obtiennent leur crédit."

Même son de cloche chez Nexity, premier promoteur français, chez qui l'on estime que les mesures de restriction excluaient de fait près de la moitié de ses clients achetant leur premier logement. "Socialement, politiquement, c'est une erreur de ne pas penser à permettre aux gens à revenus modestes de se loger", martelait récemment son patron Alain Dinin.

Lire aussi

35% d'endettement, 27 ans de crédit, et 20% de dossiers "négociables"

C'est en jouant sur les paramètres des recommandations du HCSF que Bruno Le Maire veut agir. À l'issue de sa réunion à Bercy ce jeudi, le ministre de l'Économie a annoncé une mise à jour des limites imposées aux banques. Premier assouplissement : il sera possible de contracter un prêt dont les mensualités atteignent 35% du revenu mensuel des emprunteurs, contre 33 jusque-là, pour des crédits immobiliers dont la durée maximale serait portée à 27 ans, contre 25. Enfin, les banques voient élargie leur marge d'appréciation : il leur sera possible de passer outre ces recommandations pour 20% des dossiers qui leur seront présentés, contre 15 jusqu'à ce jour.

Éviter une bulle immobilière, et scruter les impayés

Reste qu'au-delà des nouvelles règles édictées aujourd'hui, c'est le principe même de l'encadrement des crédits que remettent en cause agents et courtiers. "Pourquoi continuer à faire peser sur les banques françaises des contraintes alors qu'elles sont parfaitement capables d'élaborer elles-mêmes leur politique de risque comme elles le faisaient parfaitement par le passé ?", interroge Maël Bernier chez Meilleurtaux. "Rappelons que le taux de défaut sur les crédits immobiliers est largement inférieur à 1%, preuve que les banques n'ont jamais prêté à n'importe qui, n'importe comment." 

En vidéo

Immobilier : des prix toujours à la hausse

Installé en 2014, le HCSF publie des recommandations - qui ont presque valeur de loi pour les banques - pour éviter par exemple les dérives qui avaient alimenté la bulle immobilière américaine, et entraîné le monde entier vers la crise financière de 2008. Et si les défauts de paiement des crédits immobiliers sont assez rares aujourd'hui, ils restent scrutés de près par tous les professionnels du secteur. "On ne peut pas exclure un gros accident sur le marché du travail", prévient une source proche du HCSF. 

Et si les banques ont fait des concessions ponctuelles depuis le début de la crise sanitaire, banques et emprunteurs craignent d'être rattrapés par la situation économique dans les mois à venir. C'est en tout cas l'analyse de Crédit Logement, l'organisme qui réunit les principales banques françaises. Comme le redoute son président Jean-Marc Vilon, "C'est surtout 2021 qui va être marquée par l'arrivée de ces impayés sur le crédit immobilier." 

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Covid-19 : les résidents d'Ehpad "pourront sortir s'ils sont vaccinés", annonce Olivier Véran

Covid-19 : le Pas-de-Calais confiné pour 4 week-ends, mesures renforcées dans 22 autres départements

Affaire des "écoutes" : après Nicolas Sarkozy, le Parquet national financier fait appel de la décision

Meghan et Harry chez Oprah : l'interview qui a fait basculer la famille royale dans un mauvais soap

Séisme en Nouvelle-Zélande : alerte au tsunami en Nouvelle-Calédonie et dans tout le Pacifique

Lire et commenter