Trois choses à savoir sur Thomas Piketty, économiste des inégalités

Trois choses à savoir sur Thomas Piketty, économiste des inégalités
ÉCONOMIE

LÉGION D'HONNEUR - Lutte contre la concentration des richesses, "révolution fiscale" pour une taxation plus importante des revenus ou réforme du système de retraite, etc : Thomas Piketty fait de la lutte contre les inégalités le coeur de sa pensée économique. Décryptage.

Élevé au grade de chevalier de la Légion d’Honneur lors de la promotion du 1er janvier 2015, l’économiste Thomas Piketty (43 ans) a déclaré à l’AFP qu’il refusait sa décoration. “Je refuse cette nomination car je ne pense pas que ce soit le rôle d'un gouvernement de décider qui est honorable", a justifié l’auteur du bestseller "Le Capital au XXIe siècle" qui s'est écoulé à 1,5 million d'exemplaires depuis sa sortie au printemps 2013. "Ils feraient bien de se consacrer à la relance de la croissance en France et en Europe" conclut l’économiste, ancien proche du Parti socialiste avec lequel il a pris ses distances.

La renommée de Thomas Piketty n’est plus à faire. A l’étranger, en particulier aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne et même en Chine, ses thèses font l’objet d’une véritable "Pikettymania", raillée par Bloomberg Businessweek ou The Financial Times. Mais sa pensée économique tourne majoritairement autour d’un combat – de taille – : la lutte contre les inégalités économiques de revenu et/ou de patrimoine. En trois points, metronews condense sa vision de l’économie.

La lutte contre la concentration des richesses est pour lui une priorité

Dans "Le Capital au XXIe siècle", un pavé de presque 1000 pages, le professeur de l’école d’économie de Paris fait de la lutte contre la concentration des richesses une priorité de la politique économique. Chiffres et statistiques abondantes à l’appui, l’économiste démontre un accroissement des inégalités de revenu et de patrimoine au XXIe siècle dans les pays riches, et particulièrement dans les pays anglo-saxons. Ce qu’il décrit : le retour au capitalisme patrimonial des années 1900 alors qu’elles avaient beaucoup baissé tout au long du XXe siècle. Or, une trop forte concentration des richesses par un petit nombre pose véritablement problème pour la croissance économique explique-t-il. Lutter contre les inégalités économiques c’est donc favoriser la croissance à un taux qui ne dépassera plus les 1 ou 1,5%.

Il fait de la fiscalité "le remède" pour lutter contre les inégalités

Si la réduction des inégalités est la finalité de la pensée économique de Thomas Piketty, l’outil privilégié de sa mise en oeuvre est, selon lui, la fiscalité – autrement dit l’impôt – qu’il qualifie de "remède civilisé pour résoudre la violence sourde des inégalités". Dans son ouvrage, Pour une révolution fiscale, publié en 2011 avec Camille Landais et Emmanuel Saez comme une proposition économique en vue de l’’élection présidentielle de 2012, il préconise une véritable réforme de fond pour créer un impôt sur le revenu avec prélèvement à la source. Une sorte de “CSG élargie” avec des taux progressifs – jusqu’à 60% pour les revenus les plus élevés supérieurs à 100.000 euros – qui permettrait de taxer en priorité les revenus du capital tout en restant juste pour les revenus les moins élevés.

Interrogé en 2011 par le magazine Alternatives Economiques , Thomas Piketty défend également le maintien de l’Impôt sur la fortune (ISF) : "Dans une période où les revenus stagnent et où les patrimoines prospèrent, il serait insensé de le supprimer". Il prône également l’instauration d’un impôt progressif européen voire mondial sur le capital et la suppression du quotient conjugal , vecteur selon lui, d’inégalités homme-femme dans le couple et les choix professionnels.

Il défend une réforme du système de retraite par répartition à la suédoise

En parallèle, l’auteur des Hauts Revenus en France au XXe préconise une refonte globale du système de retraite par répartition … sur le modèle suédois. Une position défendue depuis 2008 dans une étude publiée avec Antoine Bozio, spécialiste de la fiscalité et des systèmes de retraites.

"Personne ne comprend rien à notre système de retraites. Conséquence de l’empilement des régimes et de modes de calculs complexes, mais aussi du fait que l’on a trop souvent cherché à utiliser les retraites pour résoudre des problèmes qui seraient mieux traités par d’autres outils, personne ne sait exactement quels seront ses droits à la retraite" écrit-il. Leurs propositions : passer à un double régime par répartition et par capitalisation, qui permet de clarifier les droits individuels à la retraite sur le long terme.

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