Uber a utilisé un logiciel pour esquiver les contrôles des autorités

ÉCONOMIE

PRIS EN FLAG’ – Uber a confirmé avoir utilisé, dans certaines villes, un logiciel baptisé "Greyball" et permettant d’éviter à ses chauffeurs d’être contrôlés par les autorités. Une affaire de plus après les propos déplacés de son patron Travis Kalanick ou les révélations sur la culture sexiste de l'entreprise.

La période n’est pas facile pour Uber pointé du doigt à plusieurs reprises ces dernières semaines. Cette fois-ci, c’est le New York Times qui a dévoilé, vendredi, que le service de réservation de chauffeurs avait trouvé un moyen d’éviter des contrôles à ses employés, notamment à Portland (Oregon) où la société n'avait pas le droit de se déployer en 2014. Ce sont quatre employés, actuels ou anciens d'Uber, qui ont transmis les informations au quotidien.

Pour cela, Uber a mis au point un logiciel baptisé "Greyball". Il permettait à l’application d'ignorer ou d'annuler les courses commandées près d’un bâtiment public, renvoyant les clients suspicieux vers une fausse application. Mais aussi de recueillir des informations afin d’identifier les policiers chargés de prendre en flagrant délit les chauffeurs Uber dans les villes où les activités de la compagnie était interdites ou bridées.

Des véhicules "fantômes" pour ne pas être repérés

Le dispositif caché permettait à l'application de faire apparaître des véhicules fantômes ou de n'en faire apparaître aucun afin d'empêcher les policiers d'embarquer à bord des VTC. Et l'appli permettait aussi d'analyser les données de la carte bancaire utilisée, de voir le profil du client sur les réseaux sociaux, etc. Tout cela afin de savoir qui se cachait vraiment derrière.

Uber a confirmé l'existence du logiciel Greyball dans un communiqué. Mais selon la firme, il était utilisé avant tout pour protéger les chauffeurs de concurrents malintentionnés qui usaient de leur smartphone pour gêner le chauffeur plutôt que pour réserver des courses réelles, a indiqué la firme californienne. "Ce programme empêche les demandes d'utilisateurs frauduleux qui violent les termes de service, que ce soit des gens qui veulent s'en prendre physiquement aux chauffeurs, des concurrents voulant perturber nos opérations, ou des opposants qui s'allient avec les autorités pour des opérations secrètes visant à piéger nos conducteurs", a indiqué un porte-parole d'Uber.

Cet outil a été longtemps gardé secret par Uber dont le service juridique avait approuvé l’usage. Et pour cause, si l'entreprise acceptait initialement de payer amendes et frais de fourrière de ses chauffeurs interpellés, le coût devenant trop élevé, elle a fini par avoir recours à Greyball. Selon le New York Times, il aurait servi dans plusieurs pays et durant plusieurs années sans que la police notamment ne parviennent à prendre Uber en flagrant délit.

La découverte de ce logiciel permettant de duper les autorités intervient alors qu’Uber a défrayé la chronique à plusieurs reprises : des révélations sur la culture sexiste, violente et débauchée au sein de l’entreprise ; des propos filmés de son patron Travis Kalanick en train d’insulter un chauffeur Uber.

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