"Un jour au bureau par semaine" : l'exécutif relâche la pression sur le télétravail

Un homme télétravaillant depuis chez lui / Photo d'illustration

SOUS CONDITIONS - Pour venir en aide aux salariés qui vivent mal le télétravail à temps plein, le gouvernement va lâcher la bride, même si dans les faits, nombre d'entreprises s'étaient déjà affranchies du "distanciel" cinq jours par semaine.

Le télétravail obligatoire est peut-être en train de vivre ses derniers jours. À compter du jeudi 5 janvier, les recommandations du gouvernement seront adaptées pour permettre aux salariés qui en éprouvent le besoin de revenir sur site, avec l'accord de leur employeur, une journée par semaine. Plus qu'une question d'organisation, la ministre du Travail Elisabeth Borne y voit "un enjeu de santé publique", alors que beaucoup de salariés propulsés du 100% bureau au travail à la maison cinq jours sur cinq disent souvent souffrir d'isolement. Depuis la fin octobre, le protocole sanitaire en entreprise imposait le télétravail comme une règle, précisant qu'il devait être "porté à 100% pour les salariés qui peuvent effectuer l'ensemble de leurs tâches à distance".

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Dans les faits, ce que demande Elisabeth Borne tient plus de la consigne que de l'injonction. Pas plus qu'il ne pouvait contraindre les entreprises à passer au 100% télétravail l'exécutif ne peut-il décider d'un nombre de jours à passer au bureau, le droit du travail ne s'y prêtant pas. En dernier ressort, ce sont toujours les chefs d'entreprises qui sont juges de la possibilité, pour une fonction ou une autre, d'être exercée à distance. Ce sont eux aussi qui pourront au cas par cas accorder ou non ce jour de travail au bureau par semaine.

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Pour autant, il y avait urgence à agir, tant le télétravail contraint... n'est pas vraiment du télétravail. "Nos études montrent que plus de six salariés sur dix en télétravail à 100% depuis novembre souhaitent revenir dans l'entreprise au moins une journée par semaine", explique la ministre. C'est le cas de Claude qui affirme qu'elle "ne peut pas continuer à vivre comme ça", n'ayant "plus aucune vie". "On prend l'image à l'heure actuelle d'un prisonnier: on a le droit de sortie, mais on vit la même vie que le prisonnier tout seul dans sa pièce", dit-elle, plaidant pour qu'on "laisse le choix" à ceux qui veulent retourner au bureau.

Dans les grandes villes - et leurs petits appartements - même ceux qui disent ne pas en souffrir sont rarement candidats à prolonger l'expérience au même rythme, surtout dans les grandes villes. Selon un sondage Ifop publié début décembre et portant sur les salariés de Paris et sa petite couronne, ils ne sont que 8% à vouloir travailler exclusivement à distance.

Dans la pratique, des entreprises déjà largement sorties du "100% télétravail"

Dans les faits, et depuis quelques semaines déjà, les exigences de santé publique ont souvent fait place à une organisation du travail moins radicale. Selon les propres chiffres du ministère du Travail, sur le seul mois de novembre, un salarié sur quatre pratiquait le télétravail, et moins d'un sur deux le faisait à temps plein. Après le retour au confinement, la part du télétravail a logiquement augmenté, alors que 59% des salariés disaient travailler dans les murs de leur entreprise. Deux fois plus que lors du confinement du printemps. Difficile pour autant de faire la part des choses entre les entreprises qui ont trouvé une organisation pragmatique, ou qui ont écouté leurs salariés - et celles, petites et grandes, dont il était patent à l'époque qu'elles abusaient du travail présentiel.

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L'accord sur le télétravail remis à (un peu) plus tard

Détail d'importance : les nouvelles dispositions annoncées par Elisabeth Borne viennent aussi chambouler le calendrier prévu par les partenaires sociaux, qui avaient négocié à l'automne un accord national interprofessionnel (ANI) sur le télétravail. Un accord qui devait commencer à entrer en application, une entreprise à la fois, à partir du 20 janvier prochain, date à laquelle le nombre minimal de jours télétravaillés pouvait être convenu à l'intérieur des entreprises. Un rendez-vous désormais remis à plus tard, sous la pression de la situation sanitaire.

Une situation sanitaire qui fait que nul ne sait si et combien de temps les recommandations de l'exécutif tiendront, à l'heure où certains pays voisins reviennent à un confinement strict. De quoi prolonger le bonheur de ceux qui ne subissent pas le télétravail complet, et les souffrances de ceux qui le vivent plus mal. Pour écouter et accompagner ces derniers, l'exécutif a mis en place depuis mi-novembre un service d'accueil, au numéro vert 0800 13 00 00.

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