Vaccins : la France aura-t-elle assez de super-congélateurs ?

Vaccins : la France aura-t-elle assez de super-congélateurs ?

UN FROID QUI PIQUE - Pour organiser la distribution du vaccin de Pfizer, la France s'est dotée d'une cinquantaine d'appareils capables de conserver les fioles jusqu'à -86°C, et pourrait en commander d'autres. Mais bonne nouvelle : votre généraliste n'aura pas besoin de se payer un super-congélateur.

C'est l'un des détails dont se seraient bien passés les autorités de santé publique du monde entier. S'il a été développé avec une rapidité sans précédent, s'il affiche des taux d'efficacité vaccinale impressionnants, il arrive paré d'un défaut majeur : sa distribution exige une chaîne du froid qui n'avait jamais existé à cette échelle-là, et surtout à des températures inférieures à celles de l'Arctique. Pour aller du laboratoire jusqu'à son point de distribution finale, c'est à -70 degrés que le vaccin développé par Pfizer se sent le mieux, un détail dû à sa technologie à ARN modifié, mais aussi au temps qui aurait manqué au laboratoire pour en développer une version plus stable à température moins glaciale. Un casse-tête logistique à prévoir, et des craintes de pertes massives en conséquence, quand les vaccins du commerce, conservés entre 2 et 8 degrés, connaissent des pertes de l'ordre de 20% du seul fait de la rupture de la chaîne du froid.

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De quoi transformer ces super-congélateurs en produits de première nécessité pour le corps médical, partout où les autorités de santé ont signé avec Pfizer. Or, le nombre de fabricants de ces appareils est de l'ordre de la demi-douzaine, pas plus. Et accessoirement, tout ce qui est rare est cher : aller taquiner les -80 degrés ne s'envisage pas à moins de 5000 euros pour les plus petits modèles, les plus grands - de la taille d'un réfrigérateur domestique - pouvant dépasser allègrement les 20.000 euros. Des prix que l'urgence sanitaire pourrait bien faire grimper.

La France compte l'un de ces fabricants, Froilabo, dans la région lyonnaise, qui dit avoir accéléré sa production habituelle. "Nous sommes est en train de tripler nos capacités par des investissements et des réorganisations", explique Christophe Roux, directeur général de l'entreprise. Un programme engagé avant l'arrivée de l'épidémie et qui devrait s'achever en février, pour être à mesure de fournir rapidement des centaines de ses congélateurs. Pourtant, Santé Publique France semble avoir jusque-là préféré le fabricant japonais PHCbi. Pour la suite, "chez nous, ça consulte", expliquait il y a quelques jours encore le patron de Froilabo, relevant que "les autres Européens sont beaucoup plus concrets. La prise de décision y est plus rapide". Nul ne sait à ce jour si les nouvelles capacités cumulées de tous ces constructeurs suffiront à faire face à la demande, et pour cause : cette demande mondiale pour 2021, personne ne peut vraiment l'évaluer.

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Des conditions compatibles avec la première vague de vaccinations... et après ?

De son côté, Pfizer a aussi investi dans la logistique de distribution de son vaccin, grâce à ce qu'il appelle des "boîtes à pizza", un packaging à plusieurs couches isolantes, où l'intérieur est refroidi grâce à de la neige carbonique, ce qui permettrait de conserver les vaccins à température assez basse pour les mener à un point de distribution. De là, ils pourront être décongelés, et administrés assez rapidement : à des températures positives, celles d'un réfrigérateur de pharmacie, le vaccin garde son efficacité pendant cinq jours.

Des délais très courts et des conditions de conservation très contraintes, qui fonctionnent plutôt bien avec ce que l'on sait de la stratégie vaccinale de la France. Dévoilée cette semaine par Jean Castex, elle  consiste à mettre en place une première vague de vaccinations dans des environnements contrôlés, hôpitaux ou EHPAD par exemple, mieux à même de gérer la logistique plus exigeante de ce vaccin venu du froid.

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Chaîne du froid, ARN messager : le vrai du faux du vaccin

Si l'urgence dicte aujourd'hui des investissements à marche forcée dans ces super-congélateurs, les autorités de santé placent leurs espoirs dans la validation rapide des vaccins suivants. Celui, toujours à ARN modifié, de l'Américain Moderna, demandera encore à être stocké à basse température, mais à un froid plus comparable avec celui d'un congélateur du commerce, ce qui simplifierait largement les choses en termes de distribution. Il pourrait ainsi être conservé pendant six mois à -20°C. 

Au-delà, les vaccins de l'Anglais Astra-Zeneca ou du Français Sanofi n'exigeraient pas de précautions particulières, et pourraient être distribués comme tout autre vaccin aujourd'hui. De quoi permettre une logistique simplifiée, allant jusqu'aux pharmacies et aux médecins de ville, sans avoir besoin de créer de froid arctique. À défaut, le carnet de commande des fabricants de super-congélateurs pourraient passer en surchauffe.

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