VIDÉO - Malgré les dilemmes éthiques, l'armement ne connaît pas la crise : qui sont les plus gros marchands d'armes ?

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BOUM - Chaque minute, 15 armes sont fabriquées dans le monde. Le secteur est en pleine croissance, et les pays qui en profitent le plus sont les grandes puissances économiques. Dans le top 5 des plus gros exportateurs d’armes, on trouve cinq membres du Conseil de sécurité des Nations unies, celui-là même qui tente… de limiter la prolifération des armes.

S’il est un secteur florissant en France, c’est bien le secteur de l’armement. Sur la seule année 2016, le pays a enregistré 14 milliards de prises de commandes, selon le dernier rapport au Parlement rendu public vendredi dernier. Avant 2014, ce chiffre oscillait péniblement entre 4 et 7 milliards. "Il y a eu une explosion des ventes d’armes sous le dernier quinquennat sous l’impulsion du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian", confirme Aymeric Elluin, chargé de plaidoyer Armes à Amnesty International.

La France fait ainsi partie des cinq plus grands marchands d'armes du monde. Sur la première marche du podium, on retrouve sans surprise les États-Unis. Ils exportent à eux seuls 30 à 35% des armes classiques, c’est-à-dire autres que nucléaires, biologiques ou chimiques. En deuxième position : la Russie qui détient 25% du marché. Suivent ensuite la Chine, le Royaume-Uni et la France. Tous sont membres du Conseil de sécurité des Nations unies, pourtant Aymeric Elluin regrette qu'"il n'existe aucune réelle garantie que ces armes (vendues à travers le monde) soient utilisées dans le respect du droit international et du droit humain". 

Un traité existe bel et bien pour encadrer ces ventes : le traité sur le commerce des armes (TCA), adopté par les Nations unies et entré en vigueur en 2014. L'idée est simple : avant de livrer des armes à un pays, les Etats signataires doivent suivre un certain nombre de règles pour s'assurer que les armes n'atterriront pas "dans de mauvaises mains". Actuellement, 130 Etats ont signé ce traité, mais seuls 87 l'ont ratifié. Car pour le mettre en œuvre, il faut adopter de nouvelles réglementations au niveau national. Si la France et le Royaume-Uni l'ont bien ratifié, les Etats-Unis ne sont pour le moment que signataires. Dans les faits, ils ne l'appliquent donc pas. La Chine et la Russie, quant à elles, s'y opposent fermement.


Si ce traité est une réelle avancée, la réalité est souvent plus complexe. En France comme ailleurs, "nous sommes plutôt dans une logique économique", remarque le chargé de plaidoyer d'Amnesty International. Quand elle livre des armes à l'Arabie Saoudite ou à l'Egypte, "d'autres critères que les droits humains sont pris en compte au moment de l'évaluation des risques, l'idée c'est de vendre à tout prix." Un discours que réfute le gouvernement. Il oppose différents arguments comme la réinjection d'une partie du chiffre d'affaires dans la recherche et le développement de la Défense, mais aussi la création d'emplois et l'équilibre de la balance commerciale. Les contrôles seraient également respectés.

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Les exportations françaises d’armement en plein essor

Mais pour Amnesty International, les destinataires interpellent. "Des pays pourtant sous embargo de l’Union européenne, comme la Chine ou la Russie, font partie des 20 premiers clients de la France", souligne l'ONG. Et de noter d'autres "dérives" : des transferts vers l'Egypte, où une repression interne est dénoncée par les défenseurs des droits de l'homme ou encore vers "des pays membres de la coalition militaire engagée au Yémen" - Arabie Saoudite en tête - où l'on dénombre 7 000 morts en l'espace de deux ans.


La France n'est évidemment pas le seul pays pointé du doigt. Les plus gros exportateurs "se partagent les mêmes clients", analysent Aymeric Elluin. Exemple outre-Manche, où de nombreuses ONG critiquent depuis de nombreuses années les transferts d'armes du Royaume-Uni vers l'Arabie Saoudite. L'organisation Campaign Against Arms Trade (CAAT), qui avait saisi la justice à ce sujet, a reçu ce lundi une fin de non-recevoir de la justice britannique. Cette dernière a estimé que les ventes de de bombes et d'avions de chasse à cet Etat du Golfe étaient bien légales.

Des avancées se font tout de même sentir chez nos voisins européens. En Allemagne, une réforme est en cours rapporte Aymeric Elluin. "Les Allemands veulent remettre à plat le système de contrôle des ventes d'armes et y associer le Parlement." Il salue également une initiative suédoise : une loi pour arrêter de vendre à des pays "non-démocratiques". "Il y a une volonté de restreindre les ventes et ça, c'est une première", se réjouit-il. Il espère que la France suivra l'exemple : "il faut pousser le Parlement à avoir ce débat, qu'il se saisisse de ce dossier. Pour le moment, aucun parlementaire ne s'y intéresse.

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