"Un sentiment d'impuissance" : le bois français peu à peu grignoté par la Chine

"Un sentiment d'impuissance" : le bois français peu à peu grignoté par la Chine

OR VERT - Alors que la France est le troisième producteur mondial de bois de chênes, les scieries hexagonales peinent parfois à s'approvisionner. Et pour cause : deux arbres sur trois sont envoyés en Chine.

Propriétaire d'une scierie dans l'Ain, Patrice Janody, achète le bois brut de la région pour en faire des planches, qui une fois vendues, deviendront des palettes ou seront utilisées pour faire du parquet. Une entreprise lucrative typique de la région.

Mais depuis quelques années, le professionnel peine à s'approvisionner en bois. En France, deux chênes sur trois sont vendus en Chine, ce qui place la France au rang de troisième exportateur mondial. "Il y a vraiment un souci d'approvisionnement", confie-t-il dans le reportage de TF1 en tête de cet article, soucieux de l'avenir de sa scierie et de ses 85 salariés. "On a vraiment un sentiment d'impuissance face à la situation, on peut être inquiet pour ses emplois qu'on a pu déployer et qui comptent sur nous pour vivre et faire vivre leurs familles", déplore Patrice Janody. 

Toute l'info sur

Le 20h

Pour l'instant, il survit grâce aux relations qu'il a nouées avec des exploitants forestiers français comme Gérard Thivillier qui continue de lui vendre du chêne à bas prix. "On a toujours vendu aux scieries françaises, ce serait dommage que les scieries de la région ferment", justifie l'exploitant forestier. 

Des prix supérieurs de 30 à 40%

Mais tous ne font pas le choix de promouvoir l'économie locale. Nicolas Talpin exploitant forestier en Savoie, fait le choix de vendre les deux tiers de son bois à des industriels asiatiques qui lui proposent un prix très avantageux. "C'est des prix qui sont supérieurs de 30 à 40%", déclare l'exploitant selon qui, les Chinois paieraient plus rapidement que les Français. "J'ai des garanties bancaires avec les Chinois, et je suis payé dès que tout est chargé sur les bateaux", affirme Nicolas Talpin, qui pointe le manque de garantie financière des scieries françaises. 

Si la Chine est prête à investir à des prix si élevés, c'est parce qu'elle a dû interdire l'exploitation de ses propres forêts après avoir massivement déboisé au 20e siècle. Selon Nicolas Talpin, ce choix bénéficie aussi aux propriétaires des forêts, qui ont besoin de revenus élevés pour les entretenir.

Un avis que ne partage pas la fédération nationale du bois qui plaide pour une restriction des importations. "Vous avez un pays comme la Roumanie qui vient d'interdire pour dix ans les exportations de bois de grumes en dehors de l'Union Européenne et même en dehors de l'Europe, on vient d'apprendre cette semaine que la Turquie et le Japon interdisait les exportations de grumes", affirme Jacques Ducerf, président de la fédération nationale du bois.

Selon les chiffres de TF1, un tiers des scieurs Français n'arrive plus à se fournir suffisamment pour faire tourner leur entreprise. Et les scieries ne sont pas les seules à manquer de bois, dans tous les pays, la reprise économique a fait augmenter la pression sur cette ressource. 

Alexandre Pinel est charpentier et a beaucoup de mal à s'approvisionner en contreplaqué, principalement fabriqué à l'étranger, surtout en Allemagne et en Pologne. "Il y a beaucoup de demandes", affirme le charpentier qui estime l'augmentation des prix à "25 ou 30% et des délais qui vont d’un à un mois et demi."

Lire aussi

Résultat, des chantiers décalés et des surcoûts que le charpentier prend à sa charge. "C'est un peu délicat quand on a déjà des projets signés avec les clients donc généralement on doit compenser avec une baisse de marge ou pas de marge du tout."

Les constructions en bois représentent aujourd'hui 10% des chantiers, la concurrence mondiale autour de cette ressource pourrait pousser l'État à prendre, comme la Turquie, la Roumanie et le Japon, des mesures en faveur du marché français.

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Crise des sous-marins : la France et l'Inde disent vouloir "agir conjointement" en Indo-Pacifique

"On est ici comme des mendiants, en train de vous supplier" : Macron interpellé durant son discours sur les Harkis

Crise des sous-marins : le contrat américain est-il meilleur que le français ?

EN DIRECT - Covid : le QR Code d'Emmanuel Macron diffusé sur les réseaux sociaux

Emmanuel Macron a-t-il "dépensé entre 5 et 7 milliards d'euros en quinze jours" ?

Lire et commenter
LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies.