"40% des étudiants ne souhaitent pas revenir en classe", selon Frédérique Vidal : mais d'où vient ce chiffre ?

"40% des étudiants ne souhaitent pas revenir en classe", selon Frédérique Vidal : mais d'où vient ce chiffre ?

UNIVERSITÉ - La ministre de l'Enseignement Supérieur Frédérique Vidal a assuré mardi que seuls 40% des étudiants voulaient revenir en classe pour ce second semestre. Un chiffre dont la seule source identifiée n'est pas scientifique.

Dans le monde de l'université, "les choses sont beaucoup moins binaires que ce qu'elles paraissent". Alors que les étudiants se considèrent comme les grands oubliés de cette stratégie sanitaire, ils ne seraient pas tous mécontents. Interrogée mardi 12 janvier sur une éventuelle reprise des cours pour répondre à la souffrance des plus jeunes, Frédérique Vidal a tenu à donner une autre réalité. 

Sur RTL, la ministre de l'Enseignement supérieur a en effet souligné qu'il y aurait "aussi certains étudiants" qui ont "très peur de revenir en présentiel". Pour porter cet argument, la ministre a cité "des sondages faits par les universités elles-mêmes" qui montreraient qu'environ "40%" d'entre eux ne souhaitent pas revenir sur les campus. Mais d'où provient cette information, utilisée deux jours avant l'annonce de la reprise des travaux dirigés en présentiel et en demi-groupes pour les étudiants de première année à partir du 25 janvier ? 

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Des chiffres issus d'un questionnaire réalisé à Montpellier

Car ce chiffre peut surprendre dans le contexte actuel. Derrière le hashtag #etudiantsfantomes, de nombreux jeunes ont pris la parole sur les réseaux sociaux pour faire entendre leur souffrance. S'estimant oubliés, voire transparents aux yeux de l'exécutif, ils exhortent le gouvernement à trouver un protocole sanitaire qui puisse leur permettre de revenir in situ

Interrogé sur l'origine de cette donnée, le ministère n'était pas en mesure de nous répondre ce jeudi soir. Nos recherches ne montrent quant à elle qu'une seule source qui reprend ce chiffre. À savoir un article du Monde publié le 4 janvier dernier. Le quotidien revenait sur la difficile préparation des présidences pour faire revenir les étudiants. Sont notamment cités les propos d'Anne Fraïsse. Présidente de l'université Paul-Valéry, à Montpellier, elle révèle qu'une enquête interne a montré que parmi ses inscrits "40% désirent rester à distance au deuxième semestre".

Une enquête "sans méthodologie scientifique"

Sauf qu'en y regardant de plus près, on se rend rapidement compte que cette seule source n'est pas une enquête scientifiquement menée. D'ailleurs, elle n'en a jamais eu l'ambition. Auprès de LCI.fr, Yann Bisiou, l'une des personnes également citées dans le quotidien, précise en effet qu'elle n'a suivi aucune méthodologie. Maître de conférences en droit dans cette faculté, il note qu'il s'agissait d'une "série d'enquêtes lancées dans les UFR" de Montpellier-III sans "aucune prétention scientifique". "C'était un moyen de prendre le pouls de la communauté", témoigne-t-il. "Je n'imaginais pas que la ministre puisse généraliser ces résultats !"

"Ce n'est pas un sondage à caractère scientifique", corrobore un porte-parole de l'université. De fait, il explique auprès de LCI.fr qu'il s'agit simplement des résultats d'un questionnaire autoadministré envoyé par mail aux différentes composantes de l'université. "Ont répondu ceux qui ont souhaité répondre", répète-t-il. Dès lors, les échantillons ne peuvent être représentatifs. "Il ne s'agissait pas d'une vraie méthodologie, nous voulions simplement avoir un ordre de grandeur."

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En tout, 6295 personnes ont répondu en trois semaines, selon des détails que nous avons pu consulter. Parmi eux, précisément 43% ont exprimé le souhait de ne pas revenir sur site. Les motivations étaient assez variées. L'université cite notamment des jeunes qui "ont déjà rendu les appartements" ou d'autres hébergés "chez des proches fragiles qu'ils ne souhaitent pas contaminer". En plus de ne pas être rigoureuse, cette étude ne représente donc qu'un tiers des effectifs de ce campus de quelque 21.000 inscrits. Et ne peut en aucun cas être valide pour la totalité des 1,6 million d'étudiants du pays. 

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