Bac 2021 : qu'est-ce qui coince avec la numérisation des copies ?

Bac 2021 : qu'est-ce qui coince avec la numérisation des copies ?

POLEMIQUE - Pour la première fois, les copies sont numérisées pour être corrigées sur ordinateur. Un système décrié par de nombreux enseignants.

La fin du stylo rouge ? La version 2021 du baccalauréat signe le coup d'envoi de la numérisation des copies, testée depuis 2019, et qui devait initialement s'appliquer cette année à toutes les épreuves communes du bac. Covid oblige, seules les copies de français et de philosophie seront numérisées finalement pour être ensuite corrigées par les professeurs. 

Mais cela semble déjà trop. Ce passage à la correction sur ordinateur inquiète certains enseignants. Manque de formation, temps de correction réduit, complexité de la procédure, suspicion de surveillance... le système est décrié à bien des titres et l'épreuve de philosophie a été l'occasion de le rappeler alors que sont attendues les premières copies dématérialisées. Des professeurs de la métropole grenobloise se sont notamment rassemblés devant le rectorat et une mobilisation similaire a eu lieu devant à Bordeaux à l'initiative des syndicats CGT et FO du Sud-Ouest.

Quid du classement des copies ?

Concrètement il s'agit de scanner les copies puis de les envoyer aux professeurs via un logiciel d'aide à la correction baptisé Santorin. Objectif ? "Réduire le déplacement des enseignants et la manipulation des copies, évitant ainsi toute perte ou vol de copies", rappelle l'Education nationale auprès de nos confères de La Dépêche. "Les modalités de correction et d’harmonisation restent identiques à celles des années précédentes" assure-on encore, mettant ici le doigt sur un sujet sensible, particulièrement concernant la philosophie. "En philosophie, on n'a pas de barème officiel. On a besoin de comparer les copies, de les classer, de les reprendre dans leur globalité", explique Nicolas Franck, président de l'Association des Professeurs de Philosophie de l'Enseignement Public (APPEP) à La Dépêche.  "Les professeurs de philosophie sont extrêmement agacés de se dire qu'ils vont corriger des copies qui vont finir à la poubelle", résume Jean-Rémi Girard, président du Snalc.

Sous surveillance ?

L'autre point qui fait grincer des dents concerne la surveillance du travail. "Ça permet de faire des statistiques comme le temps de correction, comment on note etc", détaille à France Bleu une des enseignante qui a pris part à la mobilisation grenobloise ce jeudi. Et d'illustrer : "Il y a des collègues qui ont reçu leurs copies de BTS de français et qui, 24 heures après, ont reçu des mails qui leur demandaient pourquoi ils n'avaient toujours pas commencé à corriger".  Face à cette critique, les professeurs ont été autorisés à travailler hors-ligne alors qu'il leur avait effectivement été demandé dans un premier temps de corriger en étant en permanence connecté à internet.

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D'autres, comme Jeanne Burgart Goutal, professeure de philosophie interrogée par Reporterre dénoncent plus généralement une "transition numérique imposée à marche forcée" au monde de l’enseignement et à l’ensemble de la société.

Pas de formation ou trop tardive ?

L'Association des Professeurs de Philosophie de l'Enseignement Public (APPEP) déplore le manque de formation sur le logiciel. Si "des fiches consignes et des assistances ont été mises en œuvre", certains professeurs déploraient la semaine dernière une organisation de dernière minute. "Il y a encore du boulot, on est convoqué le vendredi à 17h pour une formation le lundi à 9h pour apprendre à corriger les copies numérisées et/ou imprimées", illustre Martine sur Twitter.

D'un point de vue plus technique, c'est le scanner qui anonymise les copies avant que le logiciel ne se charge de distribuer par lot les copies aux correcteurs. En janvier dernier, lors  de l'expérimentation de ce système, des consignes d'ordre plus pratique avaient été portées à la connaissances des lycéens de première qui passaient leurs premières épreuves communes de contrôle continu, dites E3C. Visant à éviter, entre autres, le recours à certaines couleurs de crayon ou encres effaçables qui ne passeraient pas au scanner, elles n'ont pas été renouvelées en amont de l'épreuve de philosophie. 

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