Face à la peur du virus, ces parents ont opté pour la déscolarisation

Face à la peur du virus, ces parents ont opté pour la déscolarisation
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TÉMOIGNAGES - L’expérience "forcée" de l'école à la maison au printemps, puis l'évolution du contexte sanitaire, ont convaincu certaines familles de franchir le cap de l'instruction à domicile en cette rentrée. Ceux qui ont revêtu le costume d'instituteur avancent plusieurs motivations.

"On reçoit encore beaucoup, beaucoup de demandes d’informations." Trois semaines après une rentrée scolaire inédite pour les écoliers, collégiens et lycéens, crise sanitaire oblige, certains parents, vraisemblablement plus nombreux que d'ordinaire bien qu'il soit pour l'heure possible de quantifier le phénomène, se rapprochent d'associations avant de sauter le pas de l'instruction à domicile. D'autres avaient déjà pris leur décision pendant l'été après l'expérience du confinement, par conviction ou par précaution. 

"A la cinquantaine d'appels il faut ajouter toutes les demandes qui nous arrivent par dizaines par courriel", explique Alix Fourest, membre de l'association Libres d'Apprendre et d'Instruire Autrement. Parmi les familles qui la contactent, deux profils se détachent : d'abord celles qui craignent une contamination, ne faisant pas forcément confiance au protocole sanitaire, mais aussi celles que l'idée avait déjà traversé l'esprit, "pour qui le confinement a été le déclic", détaille la responsable associative, évoquant pour beaucoup un désir de prioriser le "bien-être" de l'enfant. "Contraints et forcés de vivre cette expérience, certains ont pris goût  à l'instruction à la maison et se sont dit : mais oui, en fait c'est faisable."

"Le masque lui est devenu insupportable"

Une tendance qui s'observe également via les nombreux groupes dédiés à l'instruction à domicile sur les réseaux sociaux. "Maman d'une petite fille de trois ans et demi, je ne l'ai pas encore remise à l'école, en effet je n'aime pas trop le règles sanitaires non respectée et la progression du virus", témoigne par exemple Leslie, tout en demandant des conseils concernant "les démarches pour passer à l'école à la maison". 

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Et contre toute idée reçue, ne sont pas uniquement concernés les parents de jeunes enfants. "Ma fille a 15 ans (...) et comme pour beaucoup d'enfants avec des journées de 8h-18h et une pause d'1h, le masque lui est devenu insupportable", écrit Géraldine qui envisage de sauter le pas d'ici peu. "Pour les personnes à risque face au Covid qui sont passés à l'IEF (Instruction en famille, ndlr) pour cette raison, comment gérez-vous les sorties et rencontre de vos enfants ? ", interroge de son côté Nadège.

"Peur que les classes n’arrêtent pas de fermer"

Sabrina se retrouve un peu dans tous ces témoignages. Mais le pas qu'elle vient de franchir concernant sa fille Alya, est d'autant plus éloquent : il y encore quelques mois de cela, elle ignorait qu'il était possible de déscolariser son enfant pour lui faire l"'école à la maison". C'est un article consacré au sujet sur lequel elle est tombée par hasard, et l'aperçu "sympa" du confinement, qui l'ont définitivement convaincue. L'occasion de "faire d'une pierre deux coups" résume l'Alsacienne qui compte parmi les "personnes vulnérables", susceptibles de développer des formes graves du Covid-19.

"Avec son papa, on a inclus très tôt Alya dans nos discussions à ce sujet, elle a toujours semblé contente, n'a jamais appréhendé", nous raconte la jeune femme qui a pris la décision finale à la fin de l'été, quelques jours avant la rentrée. "On a eu peur que les classes n’arrêtent pas de fermer, que la petite prenne du retard dans l'apprentissage, qu'elle soit très souvent malade alors qu'elle a elle aussi des problèmes pulmonaires", se souvient-elle, reprenant les arguments qui ont finalement fait pencher la balance. Car, avoue-t-elle encore, "c'est très effrayant de se lancer, on a peur de ne pas y arriver, de ne pas être à niveau". Et de souligner : "Pendant le confinement, la maîtresse était derrière nous. Là..."

"On se met pas mal la pression"

Soucieuse de rien négliger, la maman d'Alya, confiante, se renseigne jusqu'à présent uniquement sur internet, et multiplie les prises de contacts avec d'autres parents, dans son cas ou plus expérimentés. Mais elle n'a pas ressenti le besoin de se rapprocher d'associations ni d'opter pour les cours à distance. "On trouve beaucoup de réponses sur les groupes", à commencer par la marche à suivre au début concernant la partie administrative, précise celle qui a du "envoyer un courrier à la maire et à l'Éducation nationale avant de recevoir en retour le certificat de radiation de son enfant ainsi que son dossier scolaire". 

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Si se lancer dans pareil projet peut impliquer un changement d'organisation radical de la vie de famille, voire que l'un des parents renonce à son emploi, Sabrina n'a pas eu à trancher. "J'ai perdu mon emploi avec la crise sanitaire", indique la mère de famille qui envisage de se lancer à son compte dans l'esthétique. Un projet qui attendra de "bien mettre en place le programme" de sa fille de six ans et demi. 

"On se met pas mal la pression", reconnait cette "nouvelle maîtresse" qui consacre sept heures chaque week-end à la préparation des cours, tout comme son conjoint. "On ne pensait pas y passer autant de temps, peut être qu'on en demande trop", se questionne-t-elle encore après avoir déjà envisagé d'alléger le programme mis en place. Un programme jugé "dense" par d'autres parents. "Ma fille ne veut pas, elle est super contente", se rassure Sabrina, portée par ces débuts intenses mais prometteurs.

D'autres parents découragés par le confinement

Toujours est-il que l'instruction à domicile, "ça ne s'improvise pas", rappelle Gwenaelle Spenlé, membre de l'association Les enfants d'abord, avec plus de vingt ans d'expérience derrière elle. Et d'insister : "C'est un choix qui a des conséquences sur la vie quotidienne de tout le monde donc on ne peut pas le faire à la légère." 

D'ailleurs, fait-elle valoir, si l'aperçu de "l'école à la maison" qui s'est imposé aux parents au printemps dernier en a encouragé certains, il en a aussi découragé d'autres. Y compris ceux qui étaient déjà bien informés sur le sujet et qui y songeait depuis un moment. "L’expérimentation du confinement est très éloignée de ce que vivent beaucoup de familles qui ont fait ce choix", tient-elle à rappeler, relevant un contexte d'enfermement alors que l'instruction en famille implique aussi "beaucoup d'être à l'extérieur".  

Si Alix Fourest a, de son côté, plutôt tendance à comparer ce moment à une "période d'essai imposée avec un accompagnement de la part de l'école", Gwenaelle Spenlé, elle, en est sûre : "Ceux que le confinement a motivé sont très bien partis je pense, car ils s'apprêtent à vivre une expérience encore plus sympa".

Encore trop tôt pour un premier état des lieux

Si tel n'était pas le cas, que les parents se rassurent : il reste possible de rescolariser son enfant en cours d'année. "C'est une demande qui revient pas mal, surtout de le part de parents qui songent à l'instruction à domicile du fait du contexte sanitaire et par peur du virus", note Alix Fourest.

On sait que des élèves ne sont pas revenus, notamment en Seine-Saint-Denis, où 4000 enfants n'ont pas fait leur rentrée. Mais il est difficile à ce stade d'en identifier les motifs- Guislaine David, secrétaire générale du SNUipp-FSU

Quant à savoir combien de famille sont concernées en ce début d'année, cela semble très difficile à évaluer. Et trop précoce. "Nous ne pouvons à ce jour fournir de statistiques sur le sujet", fait savoir le Centre national d’enseignement à distance (Cned), précisant que la période d’inscription est en cours et qu'il est "à ce stade trop tôt pour dégager une quelconque tendance". D'autant que la majorité des inscriptions aux cours à distance ont lieu en général entre fin septembre et début octobre, qu'il s'agisse d'inscriptions en scolarité réglementée (avec l'autorisation du Directeur académique des services de l'Éducation nationale) ou en scolarité libre. 

"Il va falloir affiner les chiffres", nous glissait il y a quelques jours la secrétaire générale du SNUipp-FSU, Guislaine David : "On sait que des élèves ne sont pas revenus, notamment en Seine-Saint-Denis où 4000 enfants n'ont pas fait leur rentrée. Mais il est difficile à ce stade d'identifier les motifs de ces non-retours."

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Avant la crise sanitaire, environ 30.000 enfants étaient instruits à domicile selon l'Éducation nationale, soit 0,3 % de la population en âge d'être scolarisée (de 6 à 16 ans).

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