Entre précarité et isolement, la détresse des "étudiants fantômes" à Lyon

Entre précarité et isolement, la détresse des "étudiants fantômes" à Lyon

DÉTRESSE - Depuis de nombreux mois, les étudiants vivent un véritable calvaire pour suivre leurs cours à distance, confrontés à l'isolement et la précarité. À Lyon, Romain se mobilise pour que la voix de ses pairs soit entendue.

Si les commerçants, restaurateurs et personnels hospitaliers subissent de plein fouet la crise du Covid-19 depuis plus d’un an, une autre partie de la population souffre énormément de cette crise sanitaire. Loin de leurs familles, isolés dans leurs chambres et ne pouvant se rendre dans les classes et amphithéâtres pour suivre leurs cours, de nombreux étudiants sont dans une situation de détresse extrême.

C’est notamment le cas dans cette résidence de 300 étudiants de la banlieue lyonnaise, où un élève s’est défenestré du cinquième étage il y a deux mois. 

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Romain Narbonnet, étudiant en licence de droit et habitant de cette résidence, a été révolté par le manque de visibilité de ce drame : "Comme tous les matins, j’ai mis l’actualité et j’ai vu qu’on parlait de voitures brûlées à Villeurbanne, de pleins de choses mais pas de ce drame. Cela a été vraiment insupportable de se dire qu’on n’en parlait pas !"

C’est facile de dire au téléphone que tout va bien alors que pas du tout.- Romain Narbonnet, étudiant en licence de droit à Lyon.

Face à ce drame, symbole de la détresse étudiante, Romain a décidé de briser le silence. "Dans tout ce que disent les étudiants, ce n’est pas la précarité qui ressort mais l’isolement. C’est vivre dans 10 m² tous les jours, à suivre un cours devant un ordinateur pendant dix heures, à ne voir personne. On mange seul, on vit seul, c’est très dur psychologiquement. C’est facile de dire au téléphone que tout va bien alors que pas du tout", souligne Romain.

En plus de l’isolement, suivre correctement ses cours relève de l’exploit en distanciel, alors qu’il est très compliqué de solliciter les professeurs pour une question en cas de difficulté : "Les professeurs aussi n’en peuvent plus, ils ne nous voient pas, le logiciel n’est pas assez performant pour qu’on puisse tous mettre nos caméras, sinon ça plante." Depuis qu’il témoigne dans les médias, Romain reçoit des dizaines de messages de détresse, d’étudiants reclus qui, à force de solitude, s’enferment.

Un isolement ajouté à une charge de travail importante

En plus de les écouter, Romain tente de leur venir en aide, alors que lui-même gère au jour le jour. Pour causen, il ne touche plus les 400 euros de son job étudiant et les repas du Crous ne suffisent pas à le nourrir. Ainsi, il a notamment distribué près de 25 pizzas offertes par un restaurateur aux étudiants de la résidence. Un geste qui a fait du bien à Fatma, étudiante en licence d’éducation, socialisation et langage : "Cela m’a redonné le sourire pour presque trois jours, car c’était un acte de solidarité. Cela faisait chaud au cœur de se dire qu’il y avait des gens qui pensaient encore à nous."

Pour Nassim, également résident de cet établissement, ce sentiment d’isolement s’ajoute à une charge de travail conséquente et à un manque d’aide : "La quantité de travail, le fait d’être isolé, de ne pas recevoir d’aide extérieure, on accumule et à un moment on craque. Des fois, je ne me sens pas bien, je ne me sens pas moi." Pour leur venir en aide, un collectif a été monté par Catherine Fillon, une professeure d’histoire du droit à l’université Jean-Moulin, dans le 3e arrondissement de Lyon.

Des suicides d’étudiants, il y en a beaucoup, mais on n’en parle très peu.- Catherine Fillon, professeure d’histoire du droit et fondatrice d'un collectif venant en aide aux étudiants.

À la tête de ce collectif qui a levé près de 100.000 euros de dons et aide 300 étudiants au quotidien en leur distribuant de la nourriture, Catherine se désole du manque de considération dont sont victimes les étudiants, conduisant à des situations dramatiques : "Des suicides d’étudiants, il y en a beaucoup, mais on n’en parle très peu. Il n’y en a pas eu que deux à Lyon, il y en a dans d’autres villes universitaires, mais on n’en parle pas."

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"Je pense que c’est très compliqué de comprendre ce qui pousse quelqu’un à faire ça, mais je suis convaincu que ce qu’on leur impose de vivre ne peut que fragiliser encore plus des gens qui sont fragiles", ajoute-t-elle. En France, l’aide psychologique pour les étudiants est très faible, avec un psychologue universitaire pour 25.000 étudiants. Ces dernières semaines, le gouvernement a annoncé le doublement des effectifs dans les prochains mois.

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