Faire cours à l’extérieur : la proposition d'Anne Hidalgo est-elle réaliste ?

Faire cours à l’extérieur : la proposition d'Anne Hidalgo est-elle réaliste ?

PROPOSITION - Pour faire face à l'épidémie, la maire de Paris Anne Hidalgo souhaite que les enseignants fassent cours à l'extérieur dès que cela est possible. Mais est-ce pertinent ? D'une part sur le plan sanitaire et d'autre part d'un point de vue pratique ?

Doit-on s'attendre à voir de plus en plus d'enseignants faire cours à l'extérieur et notamment dans les parcs et jardins avec l'arrivée des beaux jours ? C'est en tout cas le souhait de la maire PS de Paris Anne Hidalgo qui se rend ce vendredi dans un square du 19e arrondissement, où un professeur de maternelle fait classe. L'élue avait avancé cette idée début mars, afin de freiner la propagation de l'épidémie dans les écoles. "Je propose aussi à l'Éducation nationale de permettre aux enseignants de faire classe en extérieur toutes les fois que cela sera possible",  avait-elle ainsi déclaré le 1er mars après s'être réunie avec les maires d'arrondissement, la préfecture de police et l'Agence régionale de santé (ARS). 

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Et d'ajouter : "C'est ce que nous avons appris du premier confinement, à l'extérieur on a moins de risques d'attraper le Covid dès lors que l'on porte un masque et que l'on est respectueux des gestes barrières". Une approche avec laquelle Jean-Michel Blanquer, interrogé le 2 mars sur le sujet sur France Inter, s'est dit  "d’accord quand la météo permettra de mettre en place un tel dispositif." Le ministre de l’Éducation nationale a d'ailleurs rappelé l'avoir déjà proposé "au printemps dernier, à la sortie du confinement, en (s)’inspirant de ce qu’il se passe au Danemark" ajoutant que "faire cours dehors peut être très agréable et positif".

Une bonne idée ?

Sur le plan sanitaire, la proposition tient la route. D'ailleurs, dès en mai 2020, alors que le confinement touchait à sa fin, un collectif de chercheurs, d'enseignants, de formateurs et d'acteurs associatifs avait signé une tribune en ce sens dans Le Monde. "Pourquoi ne pas faire cours dehors ? Cela aiderait à protéger les enfants, les enseignants et les familles. À l’extérieur, le renouvellement de l’air permet de réduire le risque de contagion par aérosol. Cela permettrait aussi de renforcer le système immunitaire des enfants et des enseignants, ce qui est utile en période d’épidémie", pouvait-on y lire à l'époque. Depuis des données et de nombreux avis de scientifiques sont venus conforter la pertinence de cette idée. 

"Je le rappelle, les contaminations ne se font pas en extérieur", insistait encore ce lundi l'épidémiologiste et médecin de santé publique Martin Blanchier, commentant les images d'affluence sur les quais de Seine ce week-end. "C'est bien pour ça que cet été l'épidémie est restée strictement calme." 

Soulignant le fait que "les maladies respiratoires sont par nature souvent liées à une forte contamination par aérosol", le virologue et directeur de recherches CNRS à l'Université Paris-Saclay, Yves Gaudin a régulièrement eu l'occasion de résumer le principal mode de contamination au Covid-19, à savoir en milieu confiné. "Lorsqu'on parle, on forme des gouttelettes de différentes tailles contenant potentiellement le virus", les plus grosses étant "celles qui sédimentent le plus et qui ne vont pas très loin tandis que les plus petites flottent et contaminent durablement l'atmosphère d'une pièce mal aérée". Or, conclut-il, si "l'on respire les micro gouttelettes, ces dernières vont vite au contact des muqueuses et le virus pénètre dans les cellules de suite".  

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Quant au risque de contagion dans les écoles, malgré le manque de données disponibles et des études parfois contradictoires, il semble bien avéré, si l'on s'en remet à l'analyse scientifique de bon nombre d'épidémiologistes. "Vous croyez que mettre 30 personnes, cinq jours sur sept, pendant huit heures dans la même pièce ne génère pas de contamination ? Sans compter qu'ils sont des centaines à se restaurer chaque midi dans une cantine, sans masque", pointait il y a peu Mahmoud Zureik, professeur de santé publique et d'épidémiologie à l'Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, pour Le Parisien. "C'est scientifiquement impossible qu'il n'y ait pas de circulation de virus", poursuivait-il, évoquant "une situation est bien plus compliquée"

Pour rappel, le 5 février dernier, à la veille des vacances scolaires, on recensait en France 934 classes fermées et 105 établissements scolaires fermés, dont 83 écoles, 16 collèges et 6 lycées.

Une idée réaliste ?

Mais cette idée est-elle pour autant réaliste ? "Honnêtement, ça peut marcher ponctuellement, une heure ou deux sur un sujet précis mais ce n'est pas une réponse sérieuse à l'épidémie sur le long terme, on a besoin de beaucoup d'autres éléments et supports pour faire cours", pointait début mars dans la foulée de la proposition d'Anne Hidalgo, Jean-Rémi Girard, vice-président du SNALC, rappelant qu'il est déjà possible de faire classe dehors, et que cela arrive. "De manière générale les enseignants font déjà au mieux et ils sont tout à fait preneurs d'améliorations pouvant permettre une meilleure gestion de la pandémie", à condition qu'il s'agisse d'"une réponse sérieuse".

Sur la Toile, les avis semblaient aussi mitigés, témoignant d'un réel scepticisme quant à la mise en œuvre d'une telle proposition. "Mon épouse, professeure des écoles, fait l'école à l’extérieur depuis des années tout simplement parce que cela fait des années que c'est autorisé, alors cette proposition d'Hidalgo est encore de la com'", dénonce notamment un habitant du Tarn sur Twitter. D'autres mettent en lumière ses limites, à commencer par la météo. "C’est une bonne proposition quand les températures le permettront et bien entendu pas pour toutes les classes de l’école en même temps, mais par roulement", estime-t-on par exemple. Ou "Anne Hidalgo recommande de faire l’école  en plein air à Paris. Ce matin -3 degrés..." 

Des commentaires inspirants pour certains, qui préfèrent en rire : "Hidalgo en ce qui concerne l'école dans les parcs et les squares, au mieux les mômes attraperont un rhume, une angine et au pire la peste vu le nombre de rats qui se baladent, mais au moins ils n'auront pas le Covid-19." Un autre observateur estime pour sa part que "les idées simples sont souvent les plus complexes à réaliser". Et de s'en expliquer : "Si les 250.000 enfants scolarisés à Paris faisaient école dans les parcs et jardins, il n'y aurait plus de place pour les autres habitants, qui eux seraient obligés de rester confinés dans leurs petits appartements."

Enfin, nombreux sont les concernés, parents d'élèves ou enseignants, qui relèvent un problème de sécurité derrière l'idée de faire classe dans les parcs et jardins de la capitale, quand bien même elle serait légitime d'un point de vue sanitaire. "De toute façon, le rectorat ne l’acceptera pas, c’est Vigipirate, on ne peut pas faire de cours à l’extérieur… déjà que dans mon école à Paris10, on simule des intrusions terroristes et on débat pour savoir si on fait des sorties", écrit l'un d'eux.

À titre d'illustration, dans un sondage en ligne lancé par Sud Radio le 4 mars dernier, sur 421 votants, 73,4% ont jugé l'idée de faire classe à l'extérieur "irréaliste" tandis que 17,6 % ont estimé qu'il s'agissait d'une "bonne idée" et 9% n'avaient pas d'avis.

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