"Deux élèves morts en deux mois, que fait l'Etat ?" : dans un lycée de Seine-Saint-Denis, la colère du personnel et des parents

"Deux élèves morts en deux mois, que fait l'Etat ?" : dans un lycée de Seine-Saint-Denis, la colère du personnel et des parents
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ALERTE - Deux élèves ont été tués depuis le mois d'octobre au lycée d'Alembert, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Un établissement où le quotidien est devenu un enfer, comme le raconte le personnel dans une lettre adressée aux autorités. Les parents, eux, se sont rassemblés mercredi soir.

"Comment accepter l'inacceptable, gérer notre chagrin, celui de nos élèves ?" Après la mort de deux élèves en deux mois, les personnels du lycée d'Alembert à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) ont adressé mardi une lettre au recteur de l'académie de Créteil. Un document éprouvant, dans lequel ils décrivent une "violence quotidienne" subie par leurs élèves.

"Comment continuer à exercer nos missions quand nous faisons face, quotidiennement, à une violence extrême dont les premières victimes sont nos élèves ?", écrivent les personnels de cet établissement qui ont exercé leur droit de retrait depuis lundi. En cause : deux décès, survenus depuis octobre. Le 4 octobre, Kewi, 15 ans, avait été mortellement poignardé aux Lilas en marge d'un cours d'EPS, sur fond de rivalités entre quartiers. Samedi, c'est Djadje, 19 ans, qui est mort des suites de ses blessures, après avoir été poignardé en bas de son immeuble de Saint-Ouen.

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Les personnels du lycée l'assurent : ces deux morts, "insupportables, inconcevables, ne sont que les versants les plus dramatiques de la violence quotidienne que subissent nos élèves". Les exemples ne manquent pas. Par exemple cet élève menacé par un couteau" en rentrant chez lui, "descendu dans une cave et dépouillé", et rentré chez lui "avec un seul survêtement". Ou cette élève, "insultée et tabassée" par un père de famille" et qui a eu "six jours d'ITT" et ne "vient plus au lycée qu'accompagnée par une amie". 

Ou encore "cet élève de première qui s'est retrouvé inconscient sur la chaussée, le visage baignant dans le sang car un de ses camarades venait de lui frapper la tête contre une rambarde". Ou "cette élève, violée, qui frappe à la porte de la CPE pour lui raconter." Ou celui qui a été "lynché et humilié dans une cave pour de l'argent" et dont l'agression a été filmée et diffusée sur les réseaux sociaux".  Autre exemple, ce garçon "qui appelle sa professeure principale un samedi soir pour lui dire qu'il dort depuis deux nuits dans une voiture abandonnée".

"Avant tout des problématiques de sécurité publique"

La longue liste des agressions évoquées par les personnels est corroborée par les enquêteurs en charge des deux décès. Depuis la rentrée, "au moins 20 élèves ont subi des agressions", selon eux. Sous le choc, une centaine de parents se sont rassemblés mercredi devant le lycée avec une banderole : "deux élèves morts en deux mois : que fait l'Etat ?".

Les enseignants, eux, réclament des moyens pour "assurer la sécurité et l'éducation des élèves". Parmi leurs demandes : deux postes de surveillants et un CPE supplémentaires, le classement du lycée en zone d'éducation prioritaire, comme le collège attenant, ou la rénovation des locaux.  Sollicité par l'AFP, le rectorat s'est dit "préoccupé" par ces violences "qui peuvent avoir un retentissement sur la scolarité des élèves". Mais, ces violences ayant lieu à l'extérieur de l'établissement, "ce sont avant tout des problématiques de sécurité publique", a-t-il souligné.

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