Polémique autour de la fermeture d'une école musulmane privée en Isère

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FERMETURE - Une école privée musulmane d'Isère est visée par une procédure judiciaire visant à la faire fermer après que le ministre de l'Education ait dénoncé un établissement d'"inspiration salafiste". L'école va porter plainte pour "diffamation".

Elle engage des poursuites pour diffamation. Une école privée musulmane d'Echirolles, en Isère, a décidé de porter plainte contre le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, qui avait décrit l'établissement comme étant "d'inspiration salafiste". Selon maître Michaël Bendavid, l'avocat de l'école privée Philippe-Grenier - du nom du premier député musulman de France - l'école souhaite porter plainte auprès de la Cour de justice de la République contre le ministre, a-t-il annoncé lundi 29 avril.


En février un jugement de fermeture a été prononcé par le tribunal correctionnel de Grenoble. En cause, d'importantes carences dans l'enseignement, avait jugé le ministère public. Cette décision n'ayant pas été assortie d'une mesure d'exécution provisoire, l'école fonctionne toujours et le procès en appel a été fixé au 1er juillet.

Je viens de prendre la décision, sur les bases juridiques et concrètes que j'avais, de fermer une école d'inspiration salafiste dans l'académie de Grenoble"Jean-Michel Blanquer, le 11 avril


M. Blanquer avait déclaré le 11 avril sur France Inter : "Je viens de prendre la décision, sur les bases juridiques et concrètes que j'avais, de fermer une école d'inspiration salafiste dans l'académie de Grenoble".


Remarquant que seule la justice a le droit de prononcer une telle fermeture, Me Bendavid s'est insurgé contre le terme de "salafiste" employé par le ministre. "Je travaille sur des dossiers de terrorisme, je sais ce que c'est que le salafisme, et je peux vous assurer que ça n'a rien à voir avec cette école", a-t-il dit. Il a rappelé que celle-ci, qui accueille 110 élèves de la maternelle au CM2, était née en 2016 "du constat que beaucoup de familles religieuses (d'Échirolles) ne scolarisaient pas leurs enfants faute de projet pédagogique adapté". Il a estimé que cette réputation de salafisme avait pu prendre corps après des propos d'une personne "ensuite éjectée du projet" sur "les vices" de l'enseignement laïque.

"On ne peut pas accepter ça dans la République"

Selon Me Bendavid l'école subit depuis son ouverture, "un acharnement à visée politique" selon lui, et les critiques sur le personnel enseignant, "qui n'aurait pas le niveau". "Ce sont des professeurs formés comme les autres", a-t-il soutenu. Le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l’Éducation Gabriel Attal a au contraire considéré sur LCI lundi qu'il s’agissait d'une école "où les connaissances de base sont rabâchées, où il n'y a pas de pratique artistique et culturelle, par contre il y a huit heures de cours de Coran chaque semaine. On ne peut accepter ça dans la République", a-t-il dit. "On a voté une loi précisément pour mieux contrôler les écoles hors contrat et faire en sorte qu'il n'y ait pas des écoles parallèles à la République, des écoles salafistes, qui se développent dans notre pays", a ajouté le ministre.

Les parents mis en demeure par l'académie

La direction de l'école a indiqué à l'Agence France-Presse que les enfants suivaient en fait "de cinq à sept heures" par semaine d'enseignement de l'arabe et du Coran. Niant toute orientation salafiste, elle a déploré que le procès qui lui a été intenté soit fait sur la base d'une inspection remontant selon elle à 2017, alors qu'elle n'avait ouvert que l'année précédente.  Un de ses responsables a estimé "qu'on n'est peut-être pas une école parfaite", mais que "les élèves qui partent de chez nous ne sont pas perdus ailleurs, ils sont même en avance sur pas mal de points du programme".


Dans la soirée, le ministère de l'Education a rappelé fermement que les parents avaient été mis en demeure par l'académie de Grenoble, après le jugement, de scolariser leurs enfants dans un autre établissement, injonction semble-t-il peu suivie. "Le respect par les parents de cette mise en demeure (...) est suivi avec la plus grande attention (...). En cas de refus (...) des signalements seront systématiquement adressés au procureur de la République", souligne le ministère, concluant : "Aucun manquement à la loi et aucune mise en danger des élèves ne sauraient être tolérés dans l'école de la République". L'école a lancé la semaine dernière une pétition de soutien, qui a recueilli plus de 800 signatures.

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