Isolement, anxiété et précarité : le mal-être des étudiants se renforce

Isolement, anxiété et précarité : le mal-être des étudiants se renforce

DIFFICULTÉS - Loin de l'image festive et sociale que l'on peut en avoir, les études riment souvent avec isolement et précarité. Mais depuis le début de la crise sanitaire, la situation des étudiants s'est encore empirée. Une psychologue habituée à les recevoir en consultation nous décrit le phénomène.

Le drame a pu être évité de justesse. Alors qu'une étudiante lyonnaise menaçait mardi de se défenestrer de sa résidence étudiante, ses voisins de chambre ont réussi à l'en dissuader jusqu'à l'arrivée des secours. "Elle était vraiment sur le point de passer à l'acte. Elle s'est bruyamment manifestée, suffisamment pour que ses voisins l'entendent, comprennent ce qu'elle allait faire et se mobilisent. Les uns pour lui parler et les autres pour appeler les secours", a précisé à l'AFP la directrice de communication du Crous de Lyon, Alicia Treppoz-Vielle. Les raisons qui ont pu mener la jeune femme à vouloir attenter à sa vie ne sont pas connues.

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Pas plus tard que samedi dernier, un jeune homme est, lui, passé à l'acte. L'étudiant en droit s'est jeté de la fenêtre de sa chambre universitaire à Villeurbanne. Il est depuis entre la vie et la mort. Si les circonstances de son geste sont là encore inconnues, ces deux événements attirent encore un peu plus la lumière sur le mal-être grandissant des étudiants. Plus que jamais isolés et précaires, ils paient un lourd tribut de cette période de crise sanitaire et économique. Laurentine Véron, cofondatrice et co-directrice de l’association Apsytude, qui leur fournit une aide psychologique depuis 2010, en collaboration avec les Crous notamment, témoigne d'une forte augmentation du nombre de consultations durant cette année scolaire.

Des sources de mal-être inhérents à la crise sanitaire

"L'année dernière, nous avons traité 3000 demandes de rendez-vous. Cela a été atteint seulement deux mois après la rentrée universitaire, en septembre. Nous avons d'autre part pris en charge 90 crises suicidaires depuis septembre, ce qui est plus que sur toute l’année scolaire précédente", affirme la psychologue. Avec la crise sanitaire, de nouvelles sources de préoccupation et de malaises se sont ajoutées à celles que pouvaient déjà connaître les étudiants. "Nous avons remarqué l'augmentation des états dépressifs induits par un décalage des rythmes de vie", explique-t-elle. 

Les confinements et les cours en distanciel ont en effet amené certains étudiants à se mettre à travailler la nuit et à dormir le jour. "Nous avons vu des rythmes s’inverser totalement. Cela peut faire le lit ou être une conséquence de la souffrance", en raison notamment du manque de lumière naturelle et de contacts sociaux, indique Laurentine Véron.

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Certains étudiants sont d'autre part grandement préoccupés par leur avenir, se demandant par exemple si leur diplôme ne va pas être bradé en raison du bouleversement de leur scolarité. D'autres ne sont même pas certains de pouvoir terminer leur cursus en raison de l'arrêt de leur stage de fin d'étude et de l'impossibilité d'en trouver un autre. 

"Il y a aussi de l’inquiétude par rapport à l’entourage avec des personnes à risques. Certains ont connu des décès, avec parfois l'impossibilité de dire au revoir et de participer aux obsèques, ce qui peut créer des états de deuils pathologiques. Il existe également des états de stress post-traumatique, qui commencent à être étudiées au travers d'études, liés à cette période."

Des phénomènes existants mais amplifiés

Mais, insiste la co-directrice de l’association Apsytude, "la souffrance étudiante existait bien avant le Covid, sauf que jusque-là, c’était beaucoup moins médiatisé". Évoquant les gestes des deux étudiants de la région lyonnaise, elle affirme que la période hivernale a toujours été propice à ce genre d'événements. "Il y a la période hivernale, la saison des partiels, les premiers échecs", énumère la psychologue. "Ce n’est pas comme si le Covid et la situation du distanciel créait tout ça. Cela a juste amplifié des phénomènes déjà existants", tels que la précarité. 

De tout temps, beaucoup d'étudiants ont été contraints de prendre un petit boulot pour financer leurs études. "C’est un public qui a peu de moyens. Là pour le coup, c’est vrai que cette période a été un gros coup dur car beaucoup ont perdu leur job étudiant lors du premier confinement, et donc leur source principale de revenus". Malgré tout, tient à souligner Laurentine Véron, de nombreuses aides d’urgence, notamment financières, ont été débloquées à destination des étudiants. "Cela ne suffit pas à tout régler, mais c'est important de valoriser ce qui est fait."

L'isolement fait aussi partie des problématiques les plus récurrentes du mal-être étudiant. "C'est un public qui est très souvent isolé. Ce n'est pas si évident que ça de créer des liens qui comptent et sur lesquels on peut s’appuyer. On part souvent de chez papa et maman, on quitte le lycée, on fait un semestre à droite à gauche, on a beau être dans une résidence étudiante, ce n’est pas toujours facile de rencontrer son voisin", décrit la psychologue. Le confinement, puis la mise en place de cours en distanciel, n'ont fait qu'aggraver le problème.

"Là, stop"

Depuis mardi, de nombreux étudiants expriment leur ras-le-bol et réclament la réouverture des universités avec le #etudiantsfantomes sur Twitter. "Perso, je vis seul dans mon appart, je ne vois personne depuis octobre et je ne vais pas vous mentir, ça devient compliqué de ne plus avoir de contact social grâce à l'université", écrit par exemple l'un d'entre eux.

L'une d'entre elle, étudiante à Sciences-Po Strasbourg, a également publié sous ce hashtag une lettre qu'elle a adressée à Emmanuel Macron. "J'ai 19 ans et mon bureau c'est ma chambre. C'est aussi mon lieu de repos, d'appel, de film, et parfois de cuisine. Tout se confond dans mon esprit. [...] Ça ne devait pas être long, nous étions prêts à faire preuve de solidarité malgré notre deuxième semestre qui s'écroulait et nos amitiés qui s'effritaient. Mais là, stop", écrit-elle en demandant au gouvernement d'agir.

Un autre étudiant, lui, s'insurge des propos de la ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, publiés dans le journal Le Monde après sa visite à l'université de Cergy lundi dernier, alors qu'une centaine d'étudiants y reprenaient les cours en présentiel. "Le problème, c’est le brassage", a-t-elle expliqué. "Ce n’est pas le cours dans l’amphithéâtre mais l’étudiant qui prend un café à la pause, un bonbon qui traîne sur la table ou un sandwich avec les copains à la cafétéria." 

"Si le problème ne provient pas des cours en amphithéâtre, mais seulement des cafétérias, pourquoi ne pas en limiter l'accès ?", questionne l'étudiant, qui s'agace de plus de la comparaison des étudiants "à des enfants susceptibles de ramasser des bonbons sur les tables".

Questionnée sur la réouverture des universités, Laurentine Véron ne souhaite pas se prononcer sur le sujet, trop politique. "Il y a aussi des personnes qui peuvent être très angoissées à l’idée d’être contaminées, qui peuvent être en difficulté avec tous les gestes barrières. Certains se sentent quelque part davanatge protégés derrière les écrans, ou plus à l’aise avec ce média-là", fait-elle de plus remarquer.

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