Pourquoi la bataille de Verdun n'a pas été supprimée des programmes d'histoire du lycée

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HISTOIRE - Plusieurs élus se sont offusqués de la "disparition" de la bataille de Verdun des programmes d'histoire du lycée, mais le ministre de l'Éducation nationale et plusieurs professeurs d'histoire-géographie ont assuré que cet épisode continuera d'être enseigné.

"Scandale", "consternation", "irrespect" : plusieurs élus de droite et d'extrême droite ont condamné la "disparition" de la bataille de Verdun des programmes d'histoire-géographie du lycée, samedi et dimanche. Parmi eux, la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, le sénateur Les Républicains de la Meuse Gérard Longuet ou la députée européenne Les Républicains Nadine Morano. Des accusations vite démenties par le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer et plusieurs professeurs d'histoire-géographie, qui ont dénoncé une "fausse polémique".

Une fausse polémique née d'un article de L'Est Républicain, intitulé "La deuxième bataille de Verdun est enclenchée", et qui affirme que "la bataille de Verdun sera balayée des nouveaux programmes officiels de lycée annoncés pour la rentrée de septembre 2019. Remplacée par la bataille de la Somme, plus internationale !" Dans le quotidien, le maire de Verdun et conseiller départemental Samuel Hazard (PS), par ailleurs ancien professeur d'histoire, évoque "Une deuxième mort pour ces soldats, sur ce territoire sacré et martyr !" et dénonce "les affrontements historiographiques et politiques au sein du conseil supérieur des programmes", à l'origine de cette disparition. Il a également écrit au président de la République, en appelant à son "sens de l'histoire".

Le démenti du ministre

Dimanche midi, le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a assuré que "la bataille de Verdun sera évidemment étudiée en 1ère". Il précise que celle-ci "n'était pas dans les précédents programmes", que "les nouveaux sont plus détaillés et chronologiques avec une partie sur la guerre de position" et que "Verdun, déjà étudié en 3ème, est indissociable de la bataille de la Somme".

Au cœur de cette controverse, on trouve un document essentiel : le programme d'histoire-géographie de première générale, disponible sur le site de l'Éducation nationale. Ce programme indique que 11 à 13 heures doivent être consacrées à la Première guerre mondiale, et propose plusieurs "points de passage et d'ouverture", comme l'offensive des Dardanelles ou la bataille de la Somme. Mais comme l'explique le professeur Défendin Détard, Verdun n'a pas besoin de figurer dans ces "points de passage et d'ouverture" pour être enseigné.

"Il y a des évidences qu'un programme scolaire n'a pas besoin de souligner"- Thibaut Poirot, professeur d'histoire

Le document présentant le programme d'histoire-géographie de première ne mentionne donc pas explicitement la bataille de Verdun, mais plusieurs professeurs d'histoire expliquent que ça ne signifie pas qu'un événement historique aussi important ne sera pas enseigné. 

"C'est là que vous ne faites pas confiance aux professeurs, et c'est là où on a un vrai problème. Vous pouvez croire qu'on peut ignorer Verdun, parce que le mot n'est pas écrit dans un programme", affirme sur Twitter le professeur Thibaut Poirot.

Il indique que "Verdun ne disparaît pas du programme d'histoire au lycée. Pour une bonne raison : la bataille n'y était déjà pas. La bataille de la Somme était déjà au cœur de l'ancien programme de Première. (...) Alors pourquoi pas Verdun ? Parce que les programmes sont fondés sur un mythe, l'idée de revoir toujours les choses trois fois (merci Ferdinand Buisson) en primaire, collège, lycée en changeant chaque fois un peu la perspective. C'est la logique des cycles (bien pénible parfois). (...) Donc dans l'idée, on fait la Somme en 1ère, parce que Verdun occuperait déjà pas mal des gamins au collège."

"Il y a des évidences qu'un programme scolaire n'a pas besoin de souligner. Cette polémique montre la méconnaissance du métier de professeur d'histoire-géo", ajoute Thibaut Poirot sur Franceinfo. On a des latitudes et nous sommes des personnes formées et intelligentes. Verdun a du sens, surtout dans le Grand Est. Bien sûr que, nous, on joue là-dessus."

Des programmes quand même critiqués

Pour autant, tout en balayant la fausse polémique, l'enseignant reste critique sur les programmes d'histoire-géographie. "Si vous croyez donc que Verdun disparaît des programmes, vous commettez une maladresse de lecture mais qui révèle le problème de ces programmes. Nous-mêmes, profs : nous ne connaissons pas encore notre degré de liberté pédagogique sur eux", affirme-t-il. Et d'ajouter : "ce qui m'agace, c'est qu'en ayant a priori plus d'heures pour faire la Première Guerre mondiale, les conditions pour l'enseigner réduiront ces heures avec les CCF (examens en cours d'année), des chapitres trop courts. (3h/4h pour faire les grandes batailles de la 1ère GM ?)"

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