Grand oral du Baccalauréat : non, les lycéens ne seront pas évalués selon leur accent, leur humour ou leur tenue

Grand oral du Baccalauréat : non, les lycéens ne seront pas évalués selon leur accent, leur humour ou leur tenue

EXAMENS - Un document partagé sur internet assure que les lycéens seront évalués selon plusieurs critères très subjectifs lors du grand oral du bac. Une information démentie par le ministère de l'Éducation nationale.

Mise à jour du 4 décembre :

Suite à la publication de cet article, LCI.fr a été contacté par le professeur qui avait publié la grille en question. Ses explications ont été ajoutées aux réponses du rectorat.  

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Avoir une "tenue vestimentaire inadéquate ou provocante", manquer "d'authenticité" ou encore ne pas avoir le talent de s'exprimer avec "humour et empathie". Les lycéens seront-ils évalués selon ces critères ? C'est en tout cas ce qu'assure une publication largement relayée sur les réseaux sociaux ce mercredi 2 décembre. Se présentant comme un professeur de philosophie, un internaute dit dévoiler la grille retenue pour le grand oral du nouveau baccalauréat. D'après lui, le ministère de l'Éducation nationale aurait "officiellement demandé" aux enseignants d'évaluer les jeunes candidats selon certains de ces critères, plus contestables les uns que les autres. Le document d'évaluation aurait été fourni lors d'une formation à cette nouvelle épreuve.

En réalité, il n'en est rien. Il s'agit en fait d'une grille proposée uniquement par l'académie de Bordeaux et ce afin de réfléchir aux "biais d'évaluation subjectifs" qui peuvent exister lors d'un oral. Ceci dit, si le rectorat précise sa démarche auprès de LCI.fr, le document n'était accompagné d'aucune note d'intention à destination des professeurs, justifiant donc l'imbroglio.

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Un "pas de côté"

Partagé plus de 7.000 fois en 24 heures, le texte s'étonne que l'essentiel des critères retenus relèvent de "compétences sociales, vestimentaires, langagières", ajoutant ce qui est présenté comme une "grille d'évaluation de quatre pages". Premier élément qui interpelle, le document est basé sur un travail québécois remontant à 1998. Et de fait, "ce n'est pas une grille d'évaluation nationale", assure le ministère de l'Éducation nationale, renvoyant vers l'académie de Bordeaux qui aurait été à l'origine de la diffusion de ce texte. Auprès de LCI.fr, Pierre Laccueille, délégué académique de la formation des personnels de l'éducation nationale (DAFPEN), corrobore cette thèse et regrette que ce document ait été "totalement sorti de son contexte". S'il trouve "logique" que la "transformation profonde" de cet examen inquiète parents, professeurs et élèves, il veut être très clair : "Il ne s'agit en aucun cas d'une grille officielle d'évaluation" proposée par l'académie. 

Le document est en fait une base de travail qui n'avait "pas vocation à être rendue publique". "Il était en ligne sur une espace de formation dans lequel figure un certain nombre de ressources", précise ainsi Pierre Laccueille. Et avait pour unique vocation d'apporter "un élément de réflexion" aux professeurs afin qu'ils puissent apprécier le travail engagé dans d'autres pays. Un "pas de côté", comme le plaide l'inspecteur académique. Sur cette plateforme, baptisée M@gistère, apparaissait effectivement cette grille canadienne mais aussi celle, officielle, du ministère. Seulement, les captures d'écran de cette formation partagées par ce professeur de philosophie à LCI.fr montrent que rien ne pouvait montrer l'intention du rectorat. Aucun contexte n'était donné au document. Au lieu d'être présenté comme un  élément de réflexion, il était mis en ligne comme le "fichier modifiable des grilles d'évaluation"

 

Raison pour laquelle les réponses apportées par le rectorat ne satisfont pas ce professeur de philosophie qui regrette que lui et ses collèges aient été "formés à évaluer selon ces critères". S'il est "évidemment hors de question" pour lui de  suivre ce document, il s'inquiète en effet qu'à cause de "ces items transmis par l'Éducation nationale (...) beaucoup d'élèves seront jugés sur cette base". Ce document n'a cependant pas été proposé dans le cadre de la formation des jurys. "Nous sommes encore dans une étape de réflexion, que ce document vient nourrir", rétorque ainsi le délégué académique. 

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Éviter "les biais d'interprétation"

Une réflexion toujours en cours qui doit venir répondre à deux éléments essentiels. D'abord, à la demande des enseignants, d'identifier des critères sur lequel les élèves peuvent travailler jusqu'à la date butoir. Par exemple, un élève qui, au cours du mois de décembre ferait une présentation où il est si angoissé qu'il en vient à parler très vite, le but peut être ici que l'enseignant prenne conscience de cet enjeu. L'autre point crucial que vient souligner ce document est qu'il faut prendre en compte ce qu'on appelle les "biais d'évaluation". Ce sont ces "éléments subjectifs" qui pourraient venir "parasiter une évaluation objective" de la part du jury. Ce texte québécois a donc paru utile aux yeux de l'académie de Bordeaux d'une part pour aider les enseignants à trouver les points sur lesquels un élève peut s'entrainer mais également pour relever les propres biais subjectifs que chacun peut avoir.  "Jamais il n'a été question de mettre une note d'humour ou de vêtement, mais plutôt de bien mesurer l'impact que ces paramètres d'attitude ou de prestance peuvent avoir", nous résume Pierre Laccueille.  

Si le rectorat justifie sa volonté ainsi, aucun élément ne permettait aux professeurs d'en être informée. Pour ce professeur de philosophie, il y a dès lors une volonté de "rétropédalage" de l'académie. De fait, dans les captures d'écran qu'il fournit, on peut observer que le nom du document a été modifié. Passant du fichier "modifiable des grilles d'évaluation", il est devenu un "exemple d'adaptation". Un titre plus proche de l'intention que le rectorat dit avoir voulu à ce texte. Si on est donc loi d'une grille de notation, l'erreur aurait facilement pu être évitée. Une leçon à tirer avant la dernière partie d'année scolaire, lorsque le jury sera formé à cette épreuve inédite.

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