Hausse des frais d'inscription des étudiants étrangers : les facs d'Aix-Marseille et Clermont-Ferrand ne l'appliqueront pas

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DÉSOBÉISSANCE - En novembre, le gouvernement a annoncé le lancement du plan "Bienvenue en France", visant à attirer plus d'étudiants étrangers. Mais une mesure passe mal : la hausse des frais d'inscription pour ces derniers, s'ils ne viennent pas de l'Union européenne. Deux universités viennent d'annoncer qu'elles s'y opposeraient à la rentrée.

"Bienvenue en France" : l'intitulé du plan gouvernemental présenté en novembre dernier annonce la couleur. Le pays souhaite attirer plus d'étudiants étrangers et concurrencer les plus prestigieuses universités mondiales. Comment ? En améliorant leur prise en charge. 

En contrepartie, les frais d'inscription pour les jeunes issus de pays hors Union Européenne verront leurs frais d'inscription augmenter. Et pas qu'un peu : en licence, il faudra débourser 2770 euros au lieu de 170 actuellement, en master, les frais passent de 243 à 3770 euros et en doctorat de 380 à 3770 euros. Des coûts de 10 à 15 fois supérieures. Selon le gouvernement, cela ne correspond qu'à "un tiers du coût réel" pour les finances publiques et davantage de bourses devraient être versées, notamment aux jeunes venus du Maghreb et de l'Afrique francophone. Mais pour beaucoup, la pilule est dure à avaler.

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La Conférence des présidents d'université (CPU) a demandé en décembre la suspension de cette décision. Syndicats étudiants et d'enseignants du supérieur sont eux aussi montés au créneau. De nombreuses mobilisations ont eu lieu en fin d'année - occupations d'universités, manifestations. Une nouvelle mobilisation se tiendra le 22 janvier à Paris, à l'appel de la Fage, premier syndicat étudiant. Certaines universités ont, elles, décidé de franchir un palier. A Clermont-Ferrand et Marseille, la direction a en tout cas annoncé qu'elle n'appliquerait pas cette hausse à la rentrée prochaine.

Clermont veut trouver d'autres sources de financement

A l'université Clermont Auvergne (UCA), la fronde s'est organisée ces dernières semaines. Une pétition a été lancée par le syndicat FSU et adressée à Mathias Bernard, le président de l'UCA, rapporte nos confrères de La Montagne. Elle demandait l'annulation de cette augmentation des frais d'inscription. 

Mi-décembre, les enseignants ont également voté une motion pour s'opposer à cette augmentation. "Elle représente une rupture d'égalité dans l'accès à l'enseignement supérieur dans notre pays" explique Cyril Triolaire, maître de conférence à l'UCA au micro de France 3 Auvergne Rhône-Alpes. "Or, cette égalité d'accès à l'université, c'est aujourd'hui un des socles du service public de l'enseignement supérieur."

A l'UCA, 15% des 35.000 étudiants sont étrangers. En ce début janvier, Mathias Bernard a donc décidé qu'il n’appliquerait pas la directive gouvernementale. Le directeur souhaite néanmoins ouvrir le dialogue pour trouver d'autre modalités de financement.

L'université d'Aix-Marseille souhaite une large concertation

Du côté de Marseille aussi, les annonces du gouvernement passent mal. Le conseil d'administration de l'université d'Aix-Marseille - qui compte actuellement 10.000 étudiants internationaux, deux fois plus qu'à Clermont-Ferrand - vient de voter une motion montrant son opposition, rapporte La Marseillaise. Il considère que cette hausse des frais d'inscription pour les étudiants extra-communautaires nécessite une large concertation. il regrette qu'aucun syndicat, ni directeur d'université n'a été consulté. 

Le conseil d'administration l'annonce : "Si une augmentation des frais d'inscription entrait en vigueur à la rentrée prochaine, l'établissement utiliserait toutes les possibilités réglementaires qui lui seront offertes pour permettre aux étudiants internationaux extracommunautaires de bénéficier du régime tarifaire actuellement appliqué." 

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La ministre lance une concertation mais ne reviendra pas sur la hausse

Une concertation a toutefois été lancée en catastrophe. La ministre de l'Enseignement supérieur a chargé cinq personnalités de réfléchir aux "engagements-clé" qui accompagneront la hausse controversée des frais d'inscription, comme par exemple les procédures de délivrance des visas et titres de séjour, la place des enseignements en langue étrangère, les conditions d'accès au logement ou la mise en place d'un référent unique et personnalisé pour tout étudiant international. Mais cette concertation ne pourra remettre en cause la hausse en elle-même.

Elle "n'a pas vocation à être remise en cause dans son principe comme dans son calendrier" car "c'est elle qui nous donnera les moyens d'une amélioration durable des conditions d'accueil des étudiants internationaux", indique Frédérique Vidal dans une lettre de mission que s'est procuré l'AFP. Le bras de fer n'est pas fini.

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