Le classement de Shanghai reflète-t-il objectivement la valeur des universités ?

Le classement de Shanghai est régulièrement contesté pour sa méthodologie.
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À LA LOUPE – Utilisé comme référence à travers le monde, le classement de Shanghai est généralement présenté comme représentatif de la valeur des universités. Ses multiples biais méritent pourtant que l'on considère ses résultats avec précaution.

Comme chaque année à la mi-août, le classement de l’Université Jiao Tong de Shanghai, plus communément appelé "classement de Shanghai", est dévoilé. Il est la plupart du temps décrit comme un indicateur permettant de visualiser les meilleurs établissements à travers le monde. Dans son édition 2020, il a mis à l'honneur l'université de Paris-Saclay, auréolée d'une très honorable 14e place. 

Preuve de l'influence majeure acquise par ce classement au fil des ans, on a pu observer il y a quelques jours un communiqué signé par la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal. Cette dernière salue la reconnaissance apportée aux établissements français, et se réjouit de voir Paris-Saclay reconnue comme "la 14ème meilleure université mondiale". Pour autant, si ce classement met en valeur certains aspects tels que la recherche, il est difficile d'en faire une référence absolue à partir de laquelle on peut effectuer des comparaisons qualitatives.

Une méthodologie contestée

"Sorti des frontières chinoises depuis sa création en 2003, ce classement est devenu au fil des années un outil de comparaison universel, non seulement des universités mais aussi des pays entre eux", observe pour "The Conversation" le professeur Alain Beretz, membre de l'université de Strasbourg. Il souligne que cette évaluation "se concentre exclusivement sur l’activité de recherche des établissements. Certaines disciplines, comme les sciences humaines et sociales, n’y sont pas prises en compte."

Par ailleurs, "l’activité d’enseignement n’y est pas évaluée, pas plus que la vie étudiante, les activités culturelles ou l’insertion dans les territoires". Autant de dimensions, note l'enseignant, "qui sont pourtant essentielles pour un futur étudiant voulant juger de la 'qualité' d’une université". Il pointe aussi du doigt le fait que "ce classement favorise les universités qui sont fortes en sciences expérimentales, situées dans les pays où l’on parle l’anglais", tout en rappelant que "son but initial était de situer les universités chinoises par rapport à leurs homologues américaines".

Maître de conférences en sociologie à l'université de Lille, Fabien Eloire dressait il y a dix ans déjà une critique nourrie de cet indicateur. "En imposant arbitrairement ses critères", écrivait-il, "le classement de Shanghai impose, hors de tout débat démocratique, une vision normative de ce qu’est une 'bonne' université."

La recherche privilégiée

Au cœur de ce classement figurent les publications et récompenses obtenues en matière de recherche. Ce qu'a noté Fabien Eloire en établissant la liste des critères retenus. Ces derniers, détaillait-il, "renvoient à : la qualité de l’enseignement, mesurée par le nombre de prix Nobel et de médailles Fields parmi les anciens élèves ; la qualité de l’institution, mesurée par le nombre de prix Nobel et de médailles Fields parmi les chercheurs actuels, et le nombre de chercheurs les plus cités dans leurs disciplines ; les publications, mesurées par les articles publiés dans deux revues américaines […] et les articles indexés dans deux grandes bases".

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À cela, il faut enfin ajouter "taille de l’institution, qui mesure la performance académique au regard de la taille de l’institution et qui consiste en une pondération des précédents résultats par le nombre de chercheurs à temps plein de l’établissement". À aucun moment, ne sont pas exemple pris en compte des critères importants tels que le coût des études, la qualité de vie sur les campus, les opportunités d'échanges à l'étranger ou la qualité des infrastructures. Des aspects auxquels les étudiants peuvent se montrer sensibles et qui pourraient être jugés comme importants pour désigner la qualité d'un établissement.

A prendre avec des pincettes

Des travaux relayés par Le Monde ont par ailleurs montré que même dans le domaine de la recherche, privilégié par le classement de Shanghai, des biais méthodologiques majeurs venaient fausser l'appréciation des résultats. Le journal a pris l'exemple du "dernier Prix Nobel français de physique, Albert Fert". Celui-ci a "été employé par un centre de recherche commun entre le CNRS et l’université Paris-Sud", si bien qu'il "ne rapporte qu’un demi-prix Nobel à cette dernière, où il était professeur. Le CNRS n’étant pas une université, la moitié des points de ce prix Nobel disparaissent du classement". La double casquette de ce grand nom de la recherche a donc pénalisé l'établissement auquel il était rattaché, un cas loin d'être isolé en France ou en Allemagne, note Le Monde, où "ces partenariats de recherche sont fréquents".

Au regard du fonctionnement de ce classement et des critères qu'il met en avant, il semble donc nécessaire de prendre des pincettes dès lors que l'on se penche sur les palmarès annuels dévoilés chaque été. "C’est un peu comme s’il s’agissait de désigner la meilleure voiture du monde", résume le professeur Alain Beretz. "Une Zoé est-elle une 'meilleure' voiture qu’une Porsche ou une Kangoo ? Cela dépend bien sûr de l’usage du véhicule, du budget qu’on peut lui consacrer, et aussi de paramètres subjectifs (esthétique, "marque préférée" etc..). Alors pourquoi fait-on pour les universités ce qu’on ne se permettrait pas de faire pour l’automobile ?"

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