Les fuites de sujets aux épreuves de contrôle continu du Bac faussent-elles les résultats ?

Les fuites de sujets aux épreuves de contrôle continu du Bac faussent-elles les résultats ?

A LA LOUPE - Les premières épreuves du nouveau baccalauréat s'organisent dans un climat très tendu. De nombreux lycées ont été bloqués et des sujets des épreuves émergent sur les réseaux sociaux. S'agit-il de fuites ? Quelles sont les conséquences ? LCI fait le point.

Les premières épreuves du nouveau baccalauréat ont débuté pour les élèves de Première. Les E3C, abréviation d'"épreuves communes de contrôle continu", constituent la première étape du contrôle continu, une nouveauté de la réforme fort décriée du bac. Mais déjà, de nombreux sujets - issus de la banque nationale de sujets (BNS) et créés pour l'occasion - ont été divulgués sur les réseaux sociaux. 

"Voici les sujets d'histoire et d'espagnol", lance un élève dans un tweet où figurent des photos des sujets :

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Un autre publie des épreuves d'histoire-géographie. Des dizaines de messages de ce type se retrouvent sur Twitter mais aussi Facebook ou encore Snapchat.

Certains vont même jusqu'à constituer une banque de sujets, via un document partagé en ligne. "J'en ai au moins 40", se vante une élève qui enjoint la communauté d'internautes à y intégrer des sujets complémentaires.

"Vu le nombre de sujets en circulation sur snapchat ce soir, on peut raisonnablement penser que ceux qui passent les E3C en fin de mois seront sérieusement avantagés dans leur préparation de l'épreuve, en conclut Françoise Cahen, une enseignante en lettres du Val-de-Marne. Je ne sais pas trop ce que vous en pensez mais ça me laisse perplexe."

"Mes élèves passent le 10 février, et j'ai vu notre sujet passer sur Twitter, lui répond une enseignante. Je me demande si ça vaut le coup de passer des heures à corriger... On devrait peut être mettre d'office 20 à tout le monde ?"

Pour bien comprendre d'où viennent ces sujets, et savoir s'ils constituent des fuites et généreraient ainsi des inégalités entre les élèves, un point sur l'organisation de ces fameuses épreuves E3C s'impose.

Les E3C, des devoirs surveillés qui comptent pour 30% de la note finale

Les élèves, actuellement en classe de Première, sont les premiers à essayer la nouvelle formule du baccalauréat. Pour la première fois, cet examen national introduit le contrôle continu. Les notes inscrites aux bulletins des élèves tout au long de l'année compteront pour 10% de la note finale. Des examens réalisés dans les établissements, les E3C, compteront, eux, pour 30% de la notation. Enfin, comme c'est déjà le cas aujourd'hui, des épreuves nationales seront organisées à la fin de l'année de terminale (quatre écrits et un oral). Elles vaudront pour 60% de la note.

Pour les E3C, pas de grand cérémonial comme ces épreuves de fin d'année, mais des contrôles surveillés, avec des sujets communs issus d’une banque nationale. Trois sessions sont prévues, l'une à partir du 30 janvier et jusqu'en mars, pour les Premières. Au programme : histoire-géographie, et langues vivantes et, pour la voie technologique, les mathématiques. Une autre session sera programmée d'avril à la mi-juin. L'année prochaine, lorsque ces élèves seront en Terminale, ils passeront une troisième session, à la fin de l'année.  

Une banque nationale de sujets qui créé la discorde

L'organisation de ces E3C devait permettre une plus grande égalité entre les élèves. Tout d'abord parce que les copies sont anonymisées, et que les correcteurs ne sont pas les enseignants des élèves concernés. Mais aussi parce que les objectifs sont transmis par l'Inspection générale, ce qui permet une grille d'évaluation commune et une harmonisation des notes entre établissements .

Pour les sujets, les chefs d'établissement piochent dans une banque de données nationales, ouverte depuis le 9 décembre dernier. "Il est recommandé que les équipes retiennent 3 sujets qui répondent aux axes déjà travaillés dans le courant de l'année, et que le chef d'établissement fasse son choix parmi leurs propositions", souligne l'académie d'Orléans.

Chaque établissement scolaire étant libre d'organiser les E3C aux dates qu'il souhaite, certaines épreuves ont commencé dès le 20 janvier, quand d'autres les organiseront plus tard, jusqu'à la mi-mars. Les sujets qui ont été diffusés sur les réseaux sociaux l'ont donc été par des élèves qui ont déjà passé leurs épreuves. Cela permet toutefois aux autres lycéens de s'entraîner, voire - certains l'espèrent - de reconstituer la banque de données complète et de connaitre à l'avance les questions demandées.

Pour le Snes, syndicat majoritaire chez les enseignants du secondaire, cela crée une réelle inégalité entre les élèves. "Initialement prévu pour être ouvert à tous, l’accès à la BNS est finalement restreint au proviseur et aux enseignants que ce dernier habilite. Pourtant, les sujets sont téléchargeables et donc diffusables à n’importe qui, s'indigne le syndicat dans un communiqué daté du 15 janvier. Quand on sait qu’en plus, aucune mesure n’a été prise pour imposer la confidentialité aux concepteurs, on se dit que si le ministère avait voulu lui-même organiser les fuites, il ne s’y serait pas pris autrement."

Le Snes de l'académie de Versailles souligne que cette base n'est pas extensible et accroît les chances des élèves de connaître leurs sujets en avance : il en comptait "57 en anglais, 47 en espagnol le 11 décembre au soir et non les 300 promis." Il remarque toutefois "une forte disparité dans les disciplines : il existe par exemple 578 fichiers de sujets en histoire-géographie".

Un choix de 1700 sujets

Interrogé par LCI à ce sujet, le ministère de l'Education nationale reste flou et ne répond qu'à moitié aux questions. Il assure que la banque de données "a été alimentée de jour en jour, progressivement" et compte dorénavant "1700 sujets". Un nombre suffisant pour que les élèves ne puissent pas les connaître tous. Impossible cependant de connaître la répartition par matières.

Des consignes ont-elles été données pour limiter les fuites ? Par exemple, en obligeant les élèves à rendre le sujet réalisé à la fin de l'épreuve ? Le ministère n'a pas d'éléments de réponse sur ce point et nous renvoie aux seules consignes distribuées aux recteurs d'académie et aux chefs d'établissement.

De faibles mesures de contrôle

On y découvre que quelques mesures existent bel et bien. "Dès qu’un sujet aura été utilisé à un nombre important de reprises, il sera supprimé de la banque", indique une note du ministère sur l'organisation des épreuves. 

Il est également demandé aux chefs d'établissement que, pour une même discipline, "l’ensemble des classes d’une même voie (générale ou technologique) compose sur un même sujet, à la même date et à la même heure". Si cela n'est pas possible, et que les épreuves doivent être organisés à différents créneaux, les sujets peuvent alors "être choisis par classe ou par créneaux de convocation." Dans tous les cas, "un sujet choisi pour une série d’épreuves ne pourra pas être choisi pour une autre série d’épreuves au sein d’un même établissement."

En vidéo

Des élèves, des parents et des professeurs inquiets pour le baccalauréat

A la question de savoir si les élèves risquent quelque chose pour avoir diffusé des sujets, le ministère n'apporte là encore aucune réponse. Cela semble toutefois peu probable. Le 14 janvier, un site portant sur l'actualité de l'Education nationale révélait qu'une proviseure de lycée de l'académie d'Orléans-Tours avait informé ses élèves des thèmes précis à réviser pour l'épreuve. 

"Pour faciliter vos révisions, l'inspectrice d'histoire-géographie me demande de vous préciser que l'épreuve d'E3C de lundi 20 portera sur le chapitre 1, thème 1 d'histoire et sur le thème 1 de géographie", peut-on lire dans un e-mail adressé aux élèves de première. En matière de facilitation, on peut difficilement faire mieux. "Ce n'est pas du tout une fraude", avait pourtant réagi Claire Lienhardt, la doyenne des inspecteurs académiques et des inspecteurs pédagogiques régionaux. La chasse aux sujets devraient donc perdurer.

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