Liberté du choix des enseignants par les directeurs : trois questions sur les écoles "laboratoires" de Macron

Liberté du choix des enseignants par les directeurs : trois questions sur les écoles "laboratoires" de Macron

ÉDUCATION - Emmanuel Macron a annoncé jeudi que 50 écoles marseillaises allait servir de "laboratoire" pédagogique pour "l'école du futur", avec une entrée en application dès la rentrée 2022.

Marseille, futur "laboratoire" de l'école version Emmanuel Macron. Le chef de l'État a annoncé jeudi vouloir expérimenter dans 50 établissements tests, et ce dès la rentrée 2022, la liberté du choix des enseignants par les directeurs. Une annonce dans les tiroirs depuis plusieurs années, et qui a déclenché l'ire des syndicats enseignants. 

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Que veut faire Emmanuel Macron ?

Emmanuel Macron a donc annoncé jeudi vouloir expérimenter à Marseille la liberté du choix des enseignants par les directeurs. Ces derniers auraient, à en croire les propos du chef de l'État, carte blanche au sein de leur établissement : "On doit permettre peut-être d’avoir des aides en plus des enseignants, d’être doté de moyens, d’adapter les rythmes scolaires pour les enfants, de penser le temps sportif différemment grâce aux infrastructures (…), de penser le temps culturel à côté de l’école différemment."

"On pourra donc adapter, repenser les projets d'apprentissage, les rythmes scolaires, les récréations, la durée des cours, les façons d'enseigner, et qu'on puisse commencer dès la rentrée 2022-2023. Et évaluer ensuite ces résultats et, s'ils sont concluants, les généraliser", a poursuivi Emmanuel Macron. Et ce dernier de défendre son projet : "Les parents me disent : 'À tel endroit les profs ne viennent plus', ça arrive parce qu'il y a des gens qui sont fatigués de travailler trop longtemps dans les quartiers difficiles." 

"On doit permettre à nos enseignants de choisir ces quartiers et les projets pédagogiques qui vont avec, ce n’est pas le cas aujourd’hui", a-t-il déploré. Le chef de l'État a insisté sur le fait de "pouvoir d'abord choisir les enseignants, pour être sûr qu'ils sont pleinement motivés, qu'ils adhèrent au projet", reconnaissant dire "plein de gros mots pour beaucoup de gens".

Ce projet est-il nouveau ?

Si elle n'est jamais entrée en vigueur, cette refonte de l'organisation au sein des établissements scolaires a déjà été prônée par le passé. Comme le rappelle le site du Café Pédagogique, Xavier Darcos, alors ministre de l'Éducation nationale, avait esquissé un projet similaire il y a 15 ans. Plus exactement en mars 2007, durant la campagne électorale, quand il avait remis un rapport au candidat Nicolas Sarkozy avec plusieurs pistes pour une réforme de l'enseignement. 

Un rapport dans lequel on retrouve des idées similaires à celles avancées jeudi par Emmanuel Macron : "Il faut que les établissements respirent à leur rythme, disposent d’une plus grande autonomie, se sentent responsables et incités à l’initiative. La gestion centralisée et l’injection massive de moyens venus d’en haut ne produisent pas les résultats escomptés, comme on l’a vu pour les ZEP. C’est aux établissements de choisir leurs moyens, notamment pédagogiques, d’atteindre aux objectifs nationaux. Dotés d’un contingent horaire complémentaire spécial, ils doivent organiser librement leur politique éducative et notamment rétribuer des séquences pour les élèves en situation difficile."

Plus récemment, c'est Jean-Michel Blanquer, l'actuel ministre de l'Éducation, qui s'est fait le chantre de cette liberté accordée aux directeurs. Plus particulièrement dans ses livres (L'école de la vie en 2014, L'école de demain en 2016). "Il l'avait annoncé dans Le Nouvel Observateur en août 2017 alors qu'il était déjà ministre", rappelle le Café Pédagogique.

Pourquoi les syndicats sont-ils vent debout ?

L'expérimentation dans 50 écoles "laboratoire" de la liberté pour des directeurs de choisir leurs enseignants, dès la rentrée 2022, a, elle, suscité la colère. "Le Président (Macron) répond en faisant des élèves marseillais des cobayes pour le laboratoire de la déréglementation de l’éducation nationale", a dénoncé la FSU13. Le syndicat pointe du doigt "une drôle de solution" misant sur un recrutement local dans "une ville gangrénée par le clientélisme".

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"C'est quoi cette histoire ? On a des rats dans les écoles, on n'a pas envie de devenir des rats de laboratoires", a vivement réagi auprès de l'AFP le secrétaire départemental du syndicat d'enseignants Snuipp Sébastien Fournier. Au niveau national, Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-Unsa, a dénoncé des mesures "hors-sol" : "Jamais il n'y a eu de remontées, que ce soit à Marseille ou ailleurs, que nous sommes face à des écoles où les enseignants seraient inadaptés aux projets d'écoles."

"Cette annonce intervient en plus dans une période où nous discutons, tous les syndicats, avec le ministère sur la question des directeurs d'école, qui a été soulevée durant le Grenelle de l'Éducation (qui a duré trois mois, ndlr)", a insisté Stéphane Crochet.

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