Nouvelle phase d’évaluation en CP : les enseignants vent debout malgré les évolutions apportées

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ÉCOLE - 840.000 enfants de CP ont débuté ce lundi une nouvelle salve d'évaluations, malgré la demande des organisations syndicales de les abandonner. A quoi servent-elles ? Pourquoi sont-elles critiquées ? Comment ont-elles évolué depuis la rentrée ? LCI fait le point.

"On entoure l'image du mot sur cette ligne qui commence comme 'mardi'", indique Emmanuelle Darmuzey, professeur des écoles. Ce lundi, ses élèves bordelais passent des évaluations en français et en mathématiques, comme tous les élèves de CP en France. Et ils commencent à être rôdés, une première phase d'évaluations avait été lancée en septembre dernier. 

Cette nouveauté ne fait pas l'unanimité au sein de l'Education nationale. La semaine dernière, six organisations syndicales (SNUipp-FSU, Snudi-FO, CGT Educ’Action, SE-Unsa, SUD-Education et Sgen-CFDT) s'étaient regroupées pour demander l'arrêt de cette mesure, sans succès. Car selon Jean-Michel Blanquer, ces évaluations sont "essentielles" et ont été améliorées depuis septembre.

En quoi consistent ces évaluations ?

Ces évaluations sont obligatoires pour tous les élèves entrant au CP et scolarisés dans une école publique ou privée sous contrat. Une première phase est organisée à la rentrée, dans la seconde quinzaine de septembre, puis une suivante fin janvier. Ces tests sont effectués partout en France, à la même date, au sein des classes.

Plus concrètement, il s'agit de livrets d'exercices à remplir dans des temps donnés pour évaluer la lecture, la compréhension orale, la construction du nombre ou encore les notions de calcul. Les professeurs entrent ensuite les résultats sur une plateforme en ligne, les corrigés se font automatiquement et sont envoyés au ministère de l'Education nationale.

Les résultats individuels sont ensuite renvoyés au professeur, qui les met à disposition des parents.

A quoi servent-elles ?

"Ces évaluations n’ont pas pour but de produire des statistiques nationales, même si nous, chercheurs, allons analyser les données", assure Franck Ramus dans les colonnes du Parisien. Ce chercheur en sciences cognitives est également membre du Conseil scientifique de l’Education nationale, une des instances ayant contribué à la conception de ces évaluations. "Elles servent avant tout à aider les enseignants à repérer les faiblesses des élèves et intervenir rapidement."

Des fiches ressources sont ainsi mises en ligne pour aider les professeurs des écoles à "adapter leurs pratiques pédagogiques en fonction des besoins des élèves, en particulier pour les thématiques prioritaires identifiées en français et en mathématiques et déterminées à partir des résultats de l'évaluation nationale", avance l'Education nationale.

Que critiquent les enseignants ?

La première phase d'évaluation a fait beaucoup de remous. Certains enseignants ont critiqué des exercices peu adaptés, une évaluation stressante pour de si jeunes élèves ainsi qu'un manque de clarté quant aux objectifs. 

"Enquêtes et témoignages montrent que ces évaluations sont inadaptées aux jeunes élèves de CP et sont facteur de stress. Les consignes officielles de passation, source de confusion et de difficultés, ont dû être adaptées le plus souvent par les personnels. De fait, les résultats ne peuvent être considérés comme fiables et ne sont donc d’aucune aide aux enseignants sur les acquis des élèves", regrettent ainsi les syndicats enseignants dans leur lettre transmise au ministère.

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Ce qui agace particulièrement Francette Popineau, porte-parole du SNUipp-FSU, c'est le parti pris du ministère sur certaines méthodes d'apprentissage, notamment en lecture. "Ces tests évaluent la concordance entre la lettre et le son, et la rapidité, la fluidité de lecture", nous explique-t-elle. "C'est important de travailler le son, mais il est aussi essentiel d'évaluer la compréhension, surtout que l'on sait au niveau national que c'est là où nos élèves peinent le plus".

 

Ce qui a aussi beaucoup choqué est "la médiatisation des résultats de la première phase, alors que les enseignants n’avaient toujours pas accès aux résultats de leurs élèves". "Franchement, dire que 23% des élèves ont des difficultés à reconnaître les lettres et le son qu'elles produisent au bout de trois semaines de CP...", râle Mme Popineau. "Cela n'a aucun sens, il faut du temps". Les syndicats craignent que ces évaluations ne servent pas tant à aider l'enseignant qu'à lui imposer une méthode. Cela démontre une "utilisation politique des évaluations par le ministre", écrivent encore les syndicats.

Parmi les autres critiques - balayées par le ministère : la crainte d'une notation des enseignants, et pourquoi pas d'un salaire au mérite, par le biais des résultats des enfants.

Quelles modifications ont-elles été apportées ?

Le ministre de l'Education nationale a tenté de rassurer les syndicats tout en imposant la tenue de la seconde phase d'évaluations. "Les évaluations ont été précisément adaptées aux élèves, d’abord en veillant à éviter tout stress inutile", avec des consignes plus simples et des objectifs plus clairs, leur a répondu Jean-Michel Blanquer dans une lettre. Elles "suivent l’évolution normalement attendue des compétences des élèves" et leur "contenu a été adapté pour tenir compte des remarques des professeurs".

La co-secrétaire générale SNUipp-FSU reconnaît "des efforts". "On a observé des changements sur les temps de passation, les exercices ont également été réduits pour s'adapter à l'âge des enfants". Les quatre séquences d'exercices sont ainsi dorénavant limitées à 10 minutes (contre 20 en septembre). Mais elle regrette que rien n'ait changé sur le fond : "Nous ne sommes pas contre l'évaluation du système mais là, on ne comprend pas l'utilité, cela notifie des choses que les enseignants avaient déjà observées eux-mêmes."

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