Positifs au Covid, ils ont dû venir à l'examen pour éviter le zéro : "Les conséquences peuvent être graves"

Les étudiants interrogés estiment n'avoir pas eu d'autre choix que de se rendre au centre d'examens.

INJUSTICE - Des étudiants en BTS ont appris qu'une absence (même justifiée) à une épreuve en présentiel leur vaudrait un zéro. Positifs au Covid et sans alternative, ils y sont allés, refusant de sacrifier leur année. Ils témoignent d'une situation ubuesque en pleine crise sanitaire.

Un étudiant positif au Covid doit-il prendre le risque de se rendre à un examen en présentiel ? Non. Le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche est formel, mais admet toutefois que l'absence à une épreuve aboutit à un 0/20, même avec un justificatif du médecin. Pour celles et ceux qui valident leur BTS en cette fin d'année scolaire, il n'existe aucune alternative : pas de rattrapage au programme et le risque de saborder deux ans de travail déjà fortement perturbées par l'épidémie. 

Dans une position intenable, de nombreux étudiants se sachant atteints par le virus ont pris la difficile décision de se rendre malgré tout à leur examen. Issus d'établissements de région parisienne, ils se sont rassemblés le 2 avril à la Maison des examens d'Arcueil, dans le Val-de-Marne. Ils racontent aujourd'hui à LCI les conditions d'organisation houleuses ainsi que les risques qu'ils ont été contraints de prendre pour ne pas jeter "deux ans d'études à la poubelle". En toile de fond, ils réclament aussi massivement le recours au contrôle continu pour les évaluations.

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En regardant sur le site du centre d'examens le soir-même, j'ai vu que je risquais d'avoir zéro en restant chez moi- Leïla, candidate positive au Covid

Révoltés, de nombreux étudiants en BTS ont signé des pétitions pour réclamer une adaptation des modalités d'examens. Rassemblés en ligne, derrière le mot-clé #BTScontrolecontinu, sur WhatsApp ou via des canaux de discussion Telegram, ils partagent leur expérience et livrent un récit identique de la journée du 2 avril à Arcueil. Un seul stylo pour l'émargement, des attroupements massifs dans les couloirs (en partie dus à des convocations une heure à l'avance), ainsi qu'une incapacité à garantir le respect des gestes barrières où la distanciation sociale. 

Pour accepter de témoigner, certains réclament l'anonymat, de peur des sanctions. C'est le cas de Leïla*, en BTS d'esthétique et qui était, comme ses camarades, convoquée vendredi 2 avril à l'épreuve de compréhension d'anglais. C'est à la veille de l'épreuve qu'elle a commencé "à développer des symptômes", raconte-t-elle. "En regardant sur le site du centre d'examens le soir-même, j'ai vu que je risquais d'avoir zéro en restant chez moi". Elle n'hésitera pas longtemps : "J'ai décidé d'y aller malgré tout, en mettant un masque FFP2 et en faisant le plus attention possible. Je ne pouvais pas me permettre de rater mon diplôme de deux ans." Une fois l'examen terminé, elle file effectuer un test PCR qui confirme ses soupçons. Comme d'autres le même jour, elle était positive.

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Antoine*, lui, n'avait aucun doute. Son test, il l'avait réalisé au cours de la semaine. "Je n'avais plus d'odorat", confie-t-il, une situation qui l'incite à contacter le centre d'examens. "Je leur ai dit que j'avais ce test positif et leur ai demandé la marche à suivre. On m'a répondu qu'une absence sans justificatif vaudrait une élimination et l'impossibilité d'avoir mon examen... Avec un justificatif tel que le test PCR, par contre, mon absence serait jugée valable, mais avec au bout une note de 0/20. Avant de raccrocher, la standardiste m'a demandé mon nom : j'ai refusé de le donner, car j'ai compris qu'ils allaient me refuser..."

J'ai peut-être contaminé des élèves - Antoine, positif au Covid

Le jeune homme ne comprend pas comment une telle situation est rendue possible. "On ne nous a laissé aucune alternative", déplore-t-il, constatant comme de multiples camarades qu'aucune épreuve de rattrapage n'est organisée pour les BTS. Il explique que, comme les autres, il ne pouvait pas se permettre d'hypothéquer ses chances aux examens de la sorte, mais que prendre la décision de se rendre sur place en se sachant positif se révèle douloureux. "J'ai peut-être contaminé des élèves et des membres de l'encadrement. Je ne connaitrai jamais les conséquences de ma venue et fais en sorte de ne pas y penser...", glisse-t-il. Antoine, comme tous les étudiants qui ont accepté de témoigner auprès de LCI, racontent que leurs camarades se sont montrés compréhensifs lorsqu'ils étaient au courant de la situation et leur infection. "Ils nous disent tous qu'ils auraient fait pareil", lancent-ils d'une même voix.

Marion, mère d'une petite fille, se trouve dans une situation particulière. Salariée, elle passe son BTS par l'intermédiaire du Cned, le Centre national d'enseignement à distance. Familière des gestes barrières (elle travaille pour l'Assurance maladie), elle s'est rendue à l'examen et n'en a pas cru ses yeux. "J'étais stupéfaite de voir que les gens collés les uns aux autres, les fenêtres pas ouvertes, que l'on a demandé de refermer pour mieux entendre les enregistrements audio qui étaient diffusés."

Un contexte peu propice à la tenue d'examens, qu'elle suspecte aujourd'hui très fortement d'être à l'origine de sa contamination. Quelques jours plus tard, en l'absence de symptômes, elle doit tout de même passer un test PCR afin de prendre l'avion. Le résultat est positif. "Je suis confrontée à des malades tout le temps, je réalise plein d'entretiens en physique, mais je n'avais jamais eu le virus jusque-là", certifie-t-elle. "Tout le monde se dit : 'On y va malgré tout.' Il faut dire qu'au Cned, des étudiants se font financer ou doivent payer eux même leur formation. Ne pas se présenter à une épreuve, ça signifie devoir rembourser nous-même ces frais de scolarité. On ne peut pas se résoudre à perdre deux ans passés à galérer, un zéro, c'est tout bonnement impossible." Pourquoi ne pas instaurer de contrôle continu, ou proposer une alternative ? Elle ne se l'explique pas. "Cette réponse, c'est un manque de respect", assure Marion, qui jugeait son année déjà très délicate "à cause des stages, dont l'organisation a été fortement compliquée le Covid."

La seule solution : "Repasser les épreuves l'année prochaine"

D'une voix calme, Marie confie pour sa part s'être "doutée" qu'elle avait attrapé le virus. Étudiante au CFA de Versailles, elle n'a pas tardé à se le voir confirmer par un test. Que faire ? Avant son examen à Arcueil, elle passe un coup de fil à la Maison des examens et fait semblant d'être très anxieuse à propos de l'épidémie pour recueillir des informations. Craignant qu'on lui interdise de se présenter, elle cache alors sa positivité et reçoit une réponse qui la laisse sans voix. "Sans compassion", on lui explique qu'un étudiant positif devrait "repasser les épreuves l'année prochaine et puis c'est tout. Pas d'autre solution." Difficile à entendre pour elle, d'autant que dans sa filière, le redoublement est interdit. Échouer signifie devoir repasser les examens en candidats libres. "J'ai une poursuite d'études qui se profile l'année prochaine si tout va bien", précise Marie, qui ne peut pas se permettre de décaler ainsi ses projets.

"J'étais assez choquée", reconnaît la jeune femme, qui s'empresse d'en parler à sa mère. "Elle est vraiment du genre à être très à cheval sur les règles, mais même elle n'a pas cherché à me dissuader d'y aller." Sur place, l'étudiante fait de son mieux : "J'ai pris de grosses précautions, avec des lingettes, en nettoyant la table, etc. J'avais mon propre stylo, mais tout le monde utilisait le même pour émarger..." Sans parler du monde "dans les couloirs, dans les escaliers". Impossible pour elle de faire abstraction de la situation : "Je me dis forcément que je risque d'être responsable de plusieurs cas. Même en essayant de garder mes distances, je ne pouvais pas dire à tout le monde : 'Attention, j'ai le Covid !'." Elle évoque un "sentiment de culpabilité", que d'autres étudiants seront forcément amenés à rencontrer si la suite des épreuves (prévue en mai) n'est pas aménagée. "Si je contamine une personne dont la maman est fragile et malade, les conséquences peuvent être graves", déplore-t-elle.

Pour l'heure, aucune solution n'est proposée aux étudiants de BTS concernés, qui doivent choisir entre un zéro et le risque de transmettre le virus à autrui. Une situation qui aurait pu se reproduire dès ce mardi, avec la poursuite des épreuves d'anglais, mais qui a été repoussée. Un mail de la Maison des examens, envoyé moins de 24 heures avant le rendez-vous fixé sur la convocation indiquait un report à mai. Plusieurs étudiants évoquent un manque de personnel pour assurer la surveillance. 

*les prénoms ont été modifiés à la demande des étudiants

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