Rentrée scolaire : on rattrape le retard ou on commence le programme ?

Rentrée scolaire : on rattrape le retard ou on commence le programme ?
Education

RENTREE - Après près de six mois d'arrêt forcé, un grand défi attend les enseignants : rattraper le temps perdu. Des évaluations sont prévues dès la mi-septembre pour certains niveaux, a annoncé Jean-Michel Blanquer. "Insuffisant", répondent les syndicats.

"Le défi de cette rentrée n'est pas seulement sanitaire". Jean-Michel Blanquer l'a martelé, il va s'agir aussi très vite de faire le point sur les éventuels retards pris pendant le confinement, et constater si les disparités scolaires se sont encore creusées pour pouvoir y remédier. Une inquiétude pointée notamment par les parents d'élèves : "On s'est donné beaucoup de mal mais les parents ne sont pas des maîtresses, du coup il y a certaines matières où ils méritent un petit rattrapage", note ainsi une maman dans une école des Hauts-de-Seine. "On va adapter nos apprentissages à chacun. Il y a ce que le programme nous indique et ce dont l'élève est capable, et on va ajuster", explique pour sa part Khalid Amali, le directeur d'une école pilote du numérique à Boulogne-Billancourt. 

Pour mesurer les retards d'apprentissage, le ministre de l'Education a annoncé que dès la mi-septembre, les élèves des classes charnières (CP, CE1, 6ème et seconde) seront testés en français et en mathématiques. Jean-Michel Blanquer a par ailleurs promis "1 700 postes d’enseignants supplémentaires à l’école primaire ; 1,5 million d’heures supplémentaires et 130 000 heures d’assistants d’éducation dans le second degré". Par ailleurs, au collège, le soutien scolaire gratuit va être étendu à tous, à raison de trois heures par semaine.

Des évaluations inutiles

Mais pour les syndicats d'enseignants ce n'est pas suffisant. Et surtout, il n'y a, selon eux, aucune prise en compte des effets du confinement sur la situation des élèves. Car ces évaluations "obligatoires" de début d'année existent déjà depuis 2018. Certes, cette année, elles arrivent un peu plus tôt que d'habitude. Par ailleurs, en classe de sixième, les professeurs devront mesurer la "fluidité en lecture", avec un test à voix haute mais après, quels seront les moyens mis en place pour pallier les insuffisances ? En CE1, par exemple, les évaluations de 2019 montraient que 27 % des élèves n’arrivaient pas dans une liste de mots à en lire plus de 30, qu'en sera-t-il cette année ? 

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Et si l'Education nationale évoque 4 à 5% d'élèves décrocheurs durant le confinement, ce taux serait largement en deçà de la réalité, estiment les enseignants, notamment dans l’enseignement professionnel. "Quand on parle d'élèves décrocheurs, ce sont ceux qui ont rompu tout contact avec l'Education, mais ce qu'on a vécu au printemps est différent, on a plutôt eu des élèves qui ont eu un lien intermittent avec l'enseignement, notamment après les vacances de Pâques. On table donc plutôt sur un tiers des élèves qui ont eu ce rapport distendu, et jusqu'à 50% en éducation prioritaire et en lycée professionnel", avance à LCI Frédérique Rolet, la secrétaire générale du SNES-FSU, syndicat majoritaire chez les enseignants du secondaire.

Le dispositif prévu en cette rentrée leur semble donc bien léger. "Il n'aide ni les enseignants, ni les enfants. Ces évaluations sont juste là pour donner la température au ministre, mais dans une semaine les enseignants auront déjà une photographie de leur classe, et verront où se situent les manques", plaide de son côté Guilaisne David, la porte-parole du SNUipp-FSU, le premier syndicat du premier degré, contactée par LCI. D'autant que sur le terrain, les professeurs ont déjà pour habitude, en début d’année, d’évaluer le niveau de leurs élèves, aidés pour ceux qui rentrent en sixième du livret scolaire. 

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"Cela va nous prendre beaucoup de temps pour pas grand chose", s'insurge le SNES qui table plutôt sur un allègement des programmes, notamment pour les classes à examen, comme la troisième, la première et la Terminale. Et sur la constitution de petits groupes pour prendre le temps de travailler avec les élèves, ce qui est plus simple qu'avec une classe entière. 

Mais ces demandes sont restées lettre morte du côté du ministère de l'Education, car cela nécessite des moyens humains pour, par exemple, dédoubler les classes. "Pour ce faire, il aurait fallu des recrutements, or on est plutôt sur des suppressions de postes au second degré, avec 444 postes en moins alors qu'il y a plus d'élèves", regrette Frédérique Rolet. 

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