Rentrée universitaire : comment endiguer le mal-être étudiant ?

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RENTRÉE UNIVERSITAIRE- Le Cnous, l'établissement public qui gère le réseau des Crous de France, a fait savoir en cette rentrée qu'il comptait "développer le soutien psychologique" aux étudiants, notamment après une enquête de l'OVE faisant état d'un mal-être psychologique deux fois plus présents chez ces jeunes que dans le reste de la population. On fait le point sur le dispositif, testé à Paris dès septembre, pour endiguer ce phénomène.

Derrière la fête et la nouvelle vie, le stress et la perte de confiance en soi. Selon une enquête de l’Observatoire de la vie étudiante (OVE) sur leur état de santé, 37% des élèves du supérieur se sont sentis tristes, déprimés, sans espoir, pendant au moins deux semaines consécutives. Des symptômes d’une "détresse psychologique" qui deviennent même quotidiens pour 22% d'entre eux, soit deux fois plus que pour le reste de la population. De quoi pousser le ministère de l'Enseignement supérieur à lutter contre ce malaise, en mettant l’accent, en cette rentrée universitaire, sur de nouveaux dispositifs d’aide.

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Les études, une période marquée par des bouleversements

Ce mal-être se justifie en grande partie par l’entrée dans l’enseignement supérieur, qui implique souvent une rupture dans le mode de vie. Devenir plus autonome, s’éloigner de la famille et des amis, mais aussi avoir des questionnements profonds sur l’avenir professionnel et le passage à l’âge adulte... Autant d’arguments qu’avance la psychologue Fanny Sauvade pour expliquer cette souffrance. "La période des études est marquée par des bouleversements qui arrivent tous en même temps", souligne-t-elle. "C’est d’ailleurs l’un des rares moments de la vie qui en a autant." Face à cette situation inconnue, une réaction logique arrive : le stress. "Mais quand cette situation de stress perdure trop longtemps, des symptômes de détresse psychologique apparaissent, souvent alors que le jeune est isolé. Et si l'on côtoie physiquement plein de monde de son âge, il est parfois difficile de créer des relations suffisamment proches pour pouvoir se confier."

C’est fort de ce constat que Fanny Sauvade décide d’agir. Il y a maintenant plus de dix ans, après avoir été marquée par le fossé entre son quotidien et l’idée qu’elle se faisait de sa nouvelle vie, elle crée, avec sa camarade de classe Laurentine Veron, l’association Apsytude. "Les générations supérieures nous renvoyaient l’image d’une vie étudiante privilégiée, pleine d’insouciance, de fête, et d’ami, un âge doré, en somme", nous résume la psychologue. 

Dix ans et un rapport de l’OVE plus tard, le gouvernement entend dorénavant mettre l’accent sur ce mal-être, et ce notamment via les Centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (Crous) du pays. Comme au sein l’établissement parisien, qui a annoncé le 20 septembre dernier travailler en collaboration avec Apsytude. Une décision héritée de l’exemple de Poitiers, l’un des Crous précurseurs en la matière. 

Un étudiant n'a pas juste besoin de 100 euros de plus- Claire Maumont, responsable du service social du CROUS de Poitiers

Du côté du centre pictavien, tout est né d’un "état des lieux sur le terrain", celui des assistants du service social en particulier. Présents pour écouter les "difficultés" des étudiants, qu’elles soient économiques, administratives ou même personnelles, ils sont devenus des "témoins de la souffrance". Alors qu'ils étaient jusque-là plutôt cantonnés aux réclamations d'aides financières, leur mission évolue. "75% de ceux qui passent la porte" de ce service le font désormais pour "autre chose qu’une demande simple", nous assure Claire Maumont, responsable du service social du Crous de Poitiers. 

Selon elle, c’est après ce "travail de terrain" que le Crous de la ville fait le choix d’organiser des consultations de psychologues cliniciens directement dans les cités universitaires et en soirée, de 18 à 21h. Un système "propice" à cette population.

Des créneaux de consultation toujours complets

Expérimentées depuis janvier 2018, ces cellules n'ont cependant pas vocation à gérer les réelles pathologies. "Nous nous occupons de ce que Alain Ehrenberg décrit dans son ouvrage La fatigue d'être soi, à savoir l’anxiété, l’angoisse, l’inquiétude, le stress, liés à des enjeux temporaires, et non pas une pathologie plus profonde." Gérée par l’association, ces structures doivent aussi, au-delà du mal être des étudiants, prévenir les risques suicidaires. Il faut dire que, selon l'enquête de l’OVE,  8% des interrogés ont déjà pensé à mettre fin à leurs jours dans l’année. Parmi les raisons invoquées, des difficultés liées à la vie familiale ou sentimentale, mais aussi des problèmes dans la scolarité. "Être un jour confronté à un tel drame fait partie des inquiétudes constantes des équipes."

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La démarche est en tout cas saluée par Fanny Sauvade, qui félicite le travail du Crous pour "favoriser le bien être, au sens large, des étudiants". À ses yeux, ce partenariat avec Apsytude facilite la prise en charge, aussi bien sur le plan financier que géographique. "Ça permet de ne pas rendre la consultation tabou, de dé-stigmatiser le recours au professionnel", estime-t-elle. L’idée n’étant pas de "faire de la thérapie au long cours" mais de leur donner accès à suffisamment de "ressources et d’outils" afin de faire face aux différents obstacles.

Un travail de professionnels qui s’accompagne de la vigilance des équipes du Crous, auprès des étudiants au quotidien. Impayés qui s’accumulent, isolation, "bordelisation" du logement, politique de "l’autruche", absentéisme, décrochage… L’observation de ces symptômes de mal-être sert d’alerte pour repérer "des souffrances non verbalisées". Et par la suite de diriger ces individus qui "ne vont pas bien" vers un service au sein même de leur environnement. Résultat, les permanences connaissent un franc succès : les quatre créneaux bimensuels proposés sont complets "à 110%", sans jamais de "défaut de présence de l’étudiant". 

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