Beuveries étudiantes qui tournent au drame : un fléau enrayé ?

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RENTRÉE ÉTUDIANTE - Ce mercredi, étaient réunis au ministère de l’Enseignement supérieur associations d'étudiants et principaux groupes concernés par la prévention et l'organisation des soirées estudiantines. L'occasion pour la ministre Frédérique Vidal de faire le point avec les acteurs qui luttent depuis des années contre les accidents liés à l'alcool lors de ces événements festifs.

Quand rentrée rime avec beuverie. Et parfois avec accident dramatique. En cette période de reprise des cours dans les écoles et universités, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, rassemblait ce mercredi 25 septembre l'ensemble des acteurs concernés par la prévention et l'organisation d'événements à destination des étudiants. L’occasion notamment de revenir sur la charte, co-signée par la ministre l'an passé, qui ambitionne de régir lesdits événements, en poussant ceux qui l’ont paraphée à accepter plusieurs "principes directeurs" et à déclarer préalablement tout week-end d’intégration, plus communément connu sous l’acronyme WEI. 

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Une "prise de conscience" saluée par les associations

Parmi les nouvelles responsabilités incombant aux signataires, figure celle de renseigner de façon précise le programme du WEI. Budget, risques accidentels "liés au lieu", programme, quantité d’alcool prévue... rien ne doit être oublié. Les associations organisatrices de soirées devront également faire appel à des secouristes ou suivre elles-mêmes une formation aux premiers secours. Cette initiative du gouvernement, la Fédération des associations générales étudiantes (Fage) la salue. Bien qu’elle ne soit pas "révolutionnaire", la démarche est qualifiée d'"intéressante" et "nécessaire" par sa présidente, Orlane François, car elle parle au "plus grand monde". 

La Fage, qui travaille sur le sujet depuis une vingtaine d’années, juge toutefois la mesure tardive. "Pourquoi le ministère ne s’est jamais saisi du sujet avant ? On ne sait pas", s’étonne Orlane François, rappelant qu'au début des années 2000, la fédération avait déjà lancé une charte pour des "soirées étudiantes responsables" en réponse à une série de drames. Un travail qui a eu "un impact", notamment grâce à une stratégie mêlant formation et accompagnement des organisations étudiantes, mais qui reste "loin d’être parfait". Et pour cause : la Fage a fait face à ses propres limites, à savoir celles de ne pas toucher les hautes sphères universitaires ni tous les réseaux d’écoles supérieures. 

La récente "prise de conscience" à l’échelle nationale a donc eu le mérite de faire reconnaître aux présidents et directeurs d’établissements l'étendue du problème. "C’est essentiel, car on ne peut réaliser ce travail chacun dans son coin", fait valoir la jeune femme. "Pour que la lutte soit réellement efficace, il faut que l’ensemble des acteurs d’un même territoire se réunissent et se saisissent de cette problématique."

Cette charte est un peu naïve- Marie-France Henry, présidente du CNCB

Plus d’un an après, le ministère assure que près de la moitié des établissements supérieurs ont paraphé la charte gouvernementale pour "l’organisation d’événements festifs et d’intégration étudiants". Mais comment cette "ratification" se traduit-elle concrètement ? "Est-ce que chaque établissement travaille avec les associations ? Comment les mesures se déclinent-elles dans chaque région?", se demande Orlane François. Pour le moment, ces questions restent sans réponse. 

Toujours est-il qu'en cette rentrée, le phénomène semble persister. Le Comité national contre le bizutage (CNCB), qui a lancé la campagne #JeDisStop, a d’ores et déjà recueilli des témoignages d’humiliations. Parmi eux, des obligations de boire de l’alcool, ou d’en acheter, comme dans cet institut de formation en soins infirmiers (IFSI) où un élève s’est vu marginalisé après avoir refusé d'abreuver le reste du groupe en boissons. Mais aussi des organisateurs qui, afin de ne pas avoir à déclarer l’alcool qui allait être vendu, demandent explicitement aux participants d’amener leur propre consommation. "Prévoit une grooooosse bouteille de route", écrit ainsi sur son flyer une association d’une faculté de chirurgie dentaire, prévenant que les "foies seront mis à rude épreuve". 

Le CNCB relève aussi la mort de cet étudiant en pharmacie, décédé mi-septembre en Belgique en marge d’un week-end d’intégration, bien que les circonstances, telle que la consommation d’alcool, restent à être définies par l’enquête ouverte outre-Quiévrain. 

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Une charte sans obligation légale

Alors, comment expliquer l'inlassable persistance du problème ? Pour la présidente du CNCB, Marie-France Henry, cela s’explique par le caractère même de la charte, qui ne contient aucune obligation légale. Auprès de LCI, celle qui demande que l’alcool soit encadré par les règlements intérieur des universités se dit même clairement "insatisfaite" et ne mâche pas ses mots. Estimant que la prévention instaurée par le texte est loin d’être suffisante, elle dénonce une charte "naïve". "C’est bien d’informer, c’est même positif, mais on ne peut pas se contenter de ça", martèle-t-elle. Et de prendre un exemple routier : "Dire que ce n’est pas bien de rouler trop vite, c’est bien, mais installer des radars, c’est nécessaire !"

Un discours contrebalancé par la Fage pour qui ce combat - loin d’être gagné - est sur la bonne voie. "Je pense qu’il y a une réelle prise de conscience, et une responsabilisation de tous les acteurs", se réjouit sa présidente, saluant le travail des associations désormais "mieux organisées". "C’est indéniable, nous le constatons au fur et à mesure des années."

Face aux nombreux progrès réalisés pour répondre au phénomène, Orlane François reste cependant lucide : il faudra du temps pour enrayer le phénomène sans passer par une logique d’interdiction pure et dure, qui risquerait d'ailleurs de faire émerger des réseaux parallèles, ce que la Fage veut à tout prix éviter. "Si les fêtes avaient lieu à la marge, ce serait encore pire."

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