Niveau faible en maths et sciences : élèves, professeurs, à qui la faute ?

C'est une enquête internationale dont les résultats vont sans doute froisser notre susceptibilité. Notre niveau en mathématiques n'est vraiment pas fameux. Nous sommes derniers en Europe, avant-dernier parmi tous les pays développés.

INTERVIEW - Ce mardi, une étude internationale révèle que le niveau en mathématiques des élèves français est le plus faible d'Europe. Est-ce la faute des élèves ou des enseignants ? Le président d'une association de profs de maths nous éclaire sur la question.

Les élèves français en CM1 et en quatrième sont, en maths et en sciences, parmi les moins bons de l'Union européenne et même des pays de l’OCDE, d'après une étude publiée ce mardi 8 décembre par l’institut Timss auprès de dizaines de milliers d'enfants, dont quelque 8000 en France. Un constat alarmant qui ne date pas d’aujourd’hui. L'enquête déjà réalisée en 2015 montrait les mêmes défaillances dans le système scolaire français. Comment expliquer ce niveau si bas ? Réponses avec Sébastien Planchenault, président de l’association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public (Apmep).

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La formation des enseignants est-elle en cause ?

À l’heure actuelle, la majorité des enseignants qui sont professeurs des écoles ont une formation plutôt littéraire, et donc moins scientifique. Ils peuvent alors difficilement s’appuyer sur leurs connaissances universitaires dans ce domaine-là. Ils ont une base beaucoup plus ancienne des mathématiques, malgré la préparation au concours. Ils sont dans la peur de mal faire et ont tendance à s’appuyer sur des manuels déjà existants sans avoir une analyse fine des exercices. Cela laisse complètement de côté la notion de recherche, de travail, de conception avec les élèves. Je ne dis cependant pas que les professeurs des écoles ne sont pas compétents pour pouvoir enseigner les maths, mais à l’heure actuelle, on ne leur donne pas suffisamment confiance en eux : on ne leur apporte pas les expertises suffisantes pour pouvoir avoir un lâché-prise par rapport à la discipline mathématique et ainsi s’emparer de ces questions-là.

Les concours sont-ils trop peu exigeants ?

On est déjà en pénurie donc forcément il y a un impact au niveau des concours de la profession, qui fait que l’exigence est moindre, même s’il y a quand même une certaine "barre", que tous ne franchissent pas. Certains candidats, par exemple, ne sont pas admis au Capes de maths alors qu'il y a des places à pourvoir.

Il faut se demander si les mathématiques enseignées à l’heure actuelle à l’école ont suffisamment de sens pour les élèves- Sébastien Planchenault, président de l’Apmep

L'enseignement en classe est-il trop théorique ?

On a tendance à trop théoriser plutôt que de travailler sur la résolution de problèmes et donner du sens à ce qui est proposé. Il faut en effet se demander si les mathématiques enseignées à l’heure actuelle à l’école ont suffisamment de sens pour les élèves. Il peut aussi être pertinent de remettre en question le programme et les contenus disciplinaires à réaliser. L’intérêt est d’avoir du recul par rapport à la discipline et par rapport à ce qui peut être proposé en cours. Le cours en lui-même peut être très bien au niveau des exercices proposés, mais il faut avoir un regard didactique sur les propositions des exercices, et travailler cela en classe.

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Quelles sont les solutions pour remédier à ce problème ?

Il faut d’abord accompagner et former les enseignants qui sont déjà sur le terrain, de façon à leur donner tous les outils et moyens pour pouvoir faire progresser leurs élèves avant de travailler en amont sur la formation et le recrutement des futurs enseignants de mathématiques, pour pouvoir augmenter la masse des enseignants, diminuer les effectifs dans les classes mais aussi augmenter le nombre d’heures de maths, qui a baissé ces dernières années. Logiquement, quand on a de petits effectifs dans les classes, on a plus de temps pour pratiquer davantage d'enseignement personnalisé et ainsi mieux remédier aux difficultés. 

Concernant les élèves, il faut davantage favoriser la manipulation, de façon à entrer petit à petit dans l’abstrait des notions. Par exemple pour l'algèbre, il faut d’abord travailler cette représentation très abstraite avant d'utiliser les lettres dans les calculs, ce qui est complexe pour les élèves et pose énormément de difficultés. Il faut leur laisser le temps d’acquisition et d’approche de ces éléments fondamentaux.

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