Election supposée truquée, refus possible du résultat : le jeu dangereux de Trump

MAUVAIS JOUEUR – En insinuant que l’élection serait truquée et qu’il pourrait refuser de se soumettre au résultat du scrutin du 8 novembre, Donald Trump joue un jeu dangereux, tant pour lui, le parti républicain et la société américaine.

"Je vous laisse dans le suspense." Prié de dire s'il acceptera le résultat de l'élection présidentielle américaine du 8 novembre prochain quelle qu’en soit l’issue, Donald Trump a laissé son auditoire dans l’expectative mercredi soir lors du 3e et dernier débat face à Hillary Clinton. "Je verrai à ce moment-là", a fait savoir le milliardaire, qui, quelques instants auparavant, avait par ailleurs jugé illégitime la candidature de l'ancienne First lady tout en insinuant que le scrutin pouvait être truqué. 


Jeudi, en meeting  dans l'Ohio, le candidat républicain a tenté de corriger le tir après des condamnations quasi-unanimes, de Barack Obama jusqu'aux membres de son propre camp. "J'accepterai un résultat clair de l'élection, mais je me réserve le droit de contester et de lancer une procédure de justice en cas de résultat douteux", a-t-il affirmé.


Une position ambigüe qui rappelle son refus, au tout début des primaires républicaines, de s'engager à respecter le choix des sympathisants du parti. Et qui montre une certaine propension à s’affranchir des règles établies. Surtout lorsque celles-ci ne lui conviennent pas. Au-delà d’être inédite, cette posture semble surtout dangereuse. Dangereuse à la fois pour Donald Trump lui-même et le parti républicain que pour la société américaine. 

Un risque de démobilisation de l’électorat républicain

"Le parti républicain a dû être très énervé" par cette prise de position, estime la sociologue Marie-Cécile Naves, chercheuse associée à l’IRIS et spécialiste de la politique américaine, interrogée par LCI. "Il y a un risque de démobilisation de l’électorat conservateur qui peut se dire : 'Si c’est truqué, pourquoi aller voter ?'", souligne-t-elle. 


Un scénario qui ne plaît évidememment pas du tout aux républicains. Le patron du Grand Old Party (GOP), Reince Priebus, a d'ailleurs immédiatement contredit son candidat après le débat sur MSNBC, assurant que Trump sera bien forcé de reconnaître le résultat du vote. Une volonté d'éteindre l'incendie. Car, outre le scrutin présidentiel, une autre angoisse taraude l'état-major du parti de l'éléphant : la majorité du Congrès, remise en jeu lors des législatives qui auront également lieu le 8 novembre. 

Les républicains ont peur de ce que fera Donald Trump ces trois prochaines semainesRobert Erikson, professeur de sciences politiques à l’Université Columbia

"Hillary Clinton gagnera très probablement l'élection, mais la question devient : quel sera l'effet sur les candidats républicains au Sénat et à la Chambre des représentants ?", abonde Robert Erikson, professeur de sciences politiques à l'Université Columbia à New York. "Les républicains ont peur de ce que fera Donald Trump dans les trois prochaines semaines."

La crainte d’un effet d’entraînement dans la société civile

Pour Soufian Alsabbagh, spécialiste de la politique américaine et du GOP, ce jusqu’au-boutisme du milliardaire pourrait même provoquer un schisme au sein du parti républicain, et même dans la société au sens large. "Quand Trump dit que l’élection est truquée, il faut bien comprendre que ses électeurs entendent un appel à la protestation, à la défiance," relève-t-il pour LCI. 

Si vous avez 40% du pays qui commence à protester très vivement contre l’élection (...) cela posera un réel problème de démocratieSoufian Alsabbagh, spécialiste du parti républicain

"Si vous avez 40% du pays qui commence à protester très vivement contre l’élection, un peu à la manière du Tea Party (aile droite du GOP, ndlr) mais sans doute de manière bien pire cette-fois ci, cela posera un réel problème de démocratie", ajoute Soufian Alssabagh. Avec un risque de violence accrue dans la population ? Il est cependant encore bien trop tôt pour l'envisager. 


A moins que ce bellicisme exacerbé soit le signe d'une volonté pour Trump de créer son propre parti. Avec lui, il faut s'attendre à tout. Le suspense reste entier. 

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