Elections américaines : Clinton ou Trump, ce que ça peut changer (ou pas) pour la France

ÉLECTION AMÉRICAINE 2016

DÉCRYPTAGE – Depuis plusieurs mois, Hillary Clinton et Donald Trump déroulent leur programme pour essayer de séduire l'électorat américain. Quid de leurs propositions concernant la relation des Etats-Unis avec la France ? Pas grand-chose, comme nous l'explique deux spécialistes. Sauf sur la scène internationale, où les deux pays ne seront plus forcément sur la même longueur d'ondes.

A quelques jours des élections américaines, François Hollande ne cache guère son scepticisme. Devant une poignée d'étudiants réunis à l'Ecole des Mines le 15 octobre, le chef de l'Etat a mis en garde : "Sachez bien qu'il ne faut plus attendre des États-Unis" qu'ils défendent le continent européen. (Ils) vont demander aux Européens de se défendre par eux-mêmes". Fataliste, le président ? Difficile de se faire une idée, tant les deux candidats ont éludé la question de leur relation à la France durant leur campagne respective.

En particulier Donald Trump. C'est en tout cas l'avis de Philip Golub, professeur de relations internationales à l'Université américaine de Paris : "Faut-il s'attendre à un impact sur les liens entre les deux pays ? Difficile à dire, dans la mesure où personne ne sait exactement quelles seraient exactement les politiques mises en œuvre au niveau transatlantique s'il est élu ". Même flou du côté démocrate, où le Vieux continent ne semble guère être un sujet de prédilection : "Les grandes orientations de Hillary Clinton ne changeront pas beaucoup et l'Europe de l'Ouest ne sera pas au cœur des préoccupations", précise à LCI le spécialiste.

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Quart d'heure américain : Hillary Clinton et la France, je t'aime... moi non plus ?

"Un impact sur la France"

Mise à l'écart sur l'échiquier diplomatique par le futur président des Etats-Unis, la France devrait cependant en profiter ces prochains mois pour tirer son épingle du jeu. "La doctrine Obama – ne pas recourir systématiquement à la force armée, partenariat avec d'autres pays, recours aux organisations internationales… - s'en ira avec lui. C'est pour cette raison que ces élections auront un impact sur la France", nous explique Nicholas Dungan. 

Directeur de recherche à l'IRIS et conseiller spécial l'Atlantic Council à Washington, il considère en effet que, peu importe qui accède à la Maison Blanche, Paris et Washington ne seront plus sur la même longueur d'ondes : "Donald Trump est "America first" et veut fermer les frontières. Hillary Clinton, elle, est plus interventionniste. Sauf que les deux sont des produits de la guerre froide, contrairement à Barack Obama qui a un point de vue plus moderne et sophistiqué." Au fond, Nicholas Dungan  en est convaincu : "Il va incomber à Paris d'assurer un rôle de leadership beaucoup plus robuste et cohérent pour que l'Europe soit mieux positionnée afin de défendre les valeurs occidentales."

"La France aura des responsabilités internationales après l'élection, quel que soit le gagnant"

Côté économie, en revanche, peu de changements sont à prévoir. "Les relations sont fortes entre les deux pays", relève le chercheur de l'IRIS. Et pour cause : en 2015, les échanges commerciaux franco-américains ont atteint les 67 milliards d'euros. Le pays de l'oncle Sam est ainsi le second client de la France (après l'Allemagne). Paris arrive en revanche à la 12e place côté américain, raison pour laquelle ce partenaire n'apparait pas comme une priorité, selon Philip Golub : "L’interdépendance économique est très forte, notamment dans le domaine des hautes technologiques. Mais les Etats Unis ne considèrent pas l'Europe comme un acteur stratégique à part entière. Ce sont seulement les accords de libre-échange qui sont au cœur de leurs discussions".

A croire que la France ne compte guère aux yeux des deux candidats, il n'y a qu'un pas, franchi par Nicholas Dungan : "Nous verrons des différends de plus en plus fréquents dans la perception du monde par le nouveau leadership américain", assène-t-il. Interrogée en février sur la proposition de Bernie Sanders d'une assurance-maladie publique et universelle, Hillary Clinton n'a-t-elle d'ailleurs pas répondu un cinglant "nous ne sommes pas la France" ? "Les Français ont tendance à oublier l'importance de la France dans le monde, conclut le chercheur de l'IRIS. Elle a des responsabilités internationales et en aura à la suite de cette élection, quel que soit le gagnant".

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