"Trump n'a pas de programme !" : quand le débat entre républicains et démocrates se joue aussi à Paris

ÉLECTION AMÉRICAINE 2016

REPORTAGE - L'ESCP Europe organisait mercredi soir un débat à Paris entre des représentants en France des partis démocrate et républicain. Un face-à-face parfois tendu, à l'image de la campagne présidentielle américaine.

"Je sais que je représente l'opposition dans cette salle, mais voici ce que j'ai à dire…" Avec calme, Paul Reen déroule son argumentaire pro-Trump. Il est 20H30 ce mercredi soir à l'ESCP Europe de Paris, la plus vieille école de commerce de France, quand cet Américain expatrié en France tente de convaincre son auditoire du bien-fondé des propositions du milliardaire. Un pari perdu d'avance : face à lui, l'assistance est – presque – unanimement acquise à la cause d'Hillary Clinton. Il faut dire que ce sont des partisans de cette dernière qui sont à l'initiative de ce débat un peu particulier, entre les représentants en France des partis démocrate et républicain. 

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    A deux semaines de l'élection présidentielle américaine, la communauté américaine de Paris a en effet eu l'occasion de vivre un "quatrième débat" Clinton-Trump. Pupitres, écran géant affichant les questions (surprises) auxquelles doivent répondre les deux républicains et les deux démocrates appelés à s'affronter à tour de rôle, présence d'un modérateur… rien n'a été laissé au hasard par Anna Marie Mattson. Cette ancienne étudiante de l'ESCP, démocrate convaincue, est à l'origine de ce débat où, le temps d'une soirée, un parfum de campagne américaine a flotté sur Paris. 

    Nous débattons tout le temps ainsi aux Etats-Unis, pourquoi ne pas le montrer aux Français ?- Anna Marie Mattson

    "J'avais la trouille mais tout s'est bien passé, il y avait du monde !", se réjouit-elle auprès de LCI. Sa réplique de l'affrontement entre Donald Trump et Hillary Clinton, alimenté depuis plusieurs mois par divers scandales et coups bas, a en effet attiré des dizaines d'expatriés dans l'auditorium de la prestigieuse école de commerce. "Je me sens comme à la maison !", s'enthousiasme Paul, la soixantaine. A part un verre de vin rouge qui trahi son attachement pour la France, ce démocrate n'aurait loupé pour rien au monde cette tradition américaine. "Au lycée, nous apprenons à développer notre éloquence dans des débats sur des sujets choisis au dernier moment.  Nous le faisons tout le temps aux Etats-Unis, pourquoi ne pas le montrer aux Français ?", nous explique Anna Marie. 

    Ce soir, les étudiants de l'école mêlés aux militants ont ainsi assisté à une bataille d'idées entre Eric et Jonathan. Le premier est un républicain convaincu, qui n'hésite pas à manier la provocation, comme sait le faire son favori. "Réglementer les armes à feu ? Si vous lisez Le Monde, vous apprendrez qu'il y a chaque semaine en France des règlements de compte, des personnes tués à la kalachnikov", assure-t-il, l'air débonnaire. Même tonalité sur la question de l'avortement, quand il évoque le flou entourant les délais légaux en vigueur aux Etats-Unis et se dit "pro-life". Des propos qui passent mal dans l'assistance, où des démocrates sortent de leur réserve et le tancent. Mais Eric reste droit dans ses bottes. "Donald Trump ne peut pas dire 'Make America Great Again' et prendre des droits aux femmes !", lui rétorque son opposant. 

    Trump ? "Je ne peux même pas voir ce Monsieur..."

    Après un bref intermède, Paul Reen et Salli Swartz s'emparent des pupitres. Lui est le vice-président des Républicains en France, elle est avocate et membre des Démocrates de l'Hexagone. Très vite, cette dernière impose son rythme, multipliant les commentaires discrets dès que son adversaire prend la parole. Les coûts exorbitants des études supérieures aux Etats-Unis ? "Je dois dire que je ne sais pas ce que Trump prévoit à ce sujet…", ne peut que reconnaître Paul Reen. Réponse de Salli Swartz : "Parce qu'il n'a pas de programme !" Le public savoure… avant de s'agiter sur l'affaire des mails d'Hillary Clinton. "Pourquoi Trump devrait-il s'excuser à chaque polémique sur les femmes mais pas Hillary sur ses mails ?", s'insurge le républicain. Même ambiance sur les questions environnementales : "Pour la plupart des Américains, ce n'est pas le sujet principal, contrairement à l'emploi, au terrorisme, à la sécurité nationale…", fait valoir Paul Reen. Trump "ignore tout de ces enjeux, c'est effrayant", se lamente Salli Swartz. 

    Des insultes récurrentes contre le milliardaire qui  exaspèrent son représentant à la tribune. "Pouvez-vous me citer un seul candidat républicain au fil des ans qui n'a pas été qualifié de "stupide" par les démocrates ?", se désole Paul Reen. Lassé par l'image véhiculé par le magnat de l'immobilier, l'expatrié semble au bord de jeter l'éponge. "Au départ, les républicains ne voulaient pas venir ! Selon eux, les gens en France sont toujours hostiles à Donald Trump", estime Anna Marie Mattson. Avant de saluer son geste : "Je ne peux même pas regarder ce monsieur (ndlr : Donald Trump) à la télévision. Mais Paul Reen a bien géré, ses arguments étaient intéressants. Et puis beaucoup d'américains vont voter pour lui… C'est ça la démocratie !"

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