A trois jours des européennes, la liste identitaire "La ligne claire" en plein flou

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EUROPE - La liste d'extrême droite "La Ligne claire" a connu des jours mouvementés, en marge de l'émergence de la publication d'une photo de Fiorina Lignier, sa numéro 2, en train de prier devant une croix gammée. La tête de liste Renaud Camus a d'abord voulu retirer la liste, avant que le numéro 3 Karim Ouchikh ne décide de "reprendre en main".

Photo nazie, promesse de démission et retour en force : la dernière ligne droite est mouvementée pour La ligne claire. A trois jours des élections européennes, la liste identitaire menée par l'écrivain d'extrême droite Renaud Camus, à l'origine de la thèse du "grand remplacement", s'est trouvé au cœur d'une polémique. Des images de la numéro 2, Fiorina Lignier, ont été révélées dans une vidéo publiée mercredi 22 mai sur les sites internet des hebdomadaires locaux Le Bonhomme Picard et L'Observateur de Beauvais. On y voit la jeune femme tracer dans le sable une croix gammée, puis s'agenouiller devant, les mains jointes comme en prière devant ce symbole nazi.

Dessiner une croix gammée : une "connerie d'étudiante"

La jeune femme de 20 ans, qui réside à Amiens, avait accédé à la notoriété après avoir été blessée grièvement à l'œil lors d'une manifestation de Gilets jaunes le 8 décembre à Paris. Sur Twitter, elle a réfuté soutenir l'idéologie nazie et a assuré que la photo était "une connerie d'étudiante de 18 ans de mauvais goût". Elle ajoute, dans une vidéo tournée pour l'occasion, mettre fin à sa très jeune carrière politique. "Je m'engage, pour ne pas porter préjudice à la liste, [à] me retirer de celle-ci, [à] arrêter toute campagne", a-t-elle expliqué.

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Renaud Camus n'assume plus sa liste

Mais le mal était fait, puisque Renaud Camus a annoncé sur le réseau social "ne plus assumer" sa liste. "On ne peut rien changer à la liste une fois qu'elle est déposée. Je crois qu'on ne peut pas non plus la retirer, à la vérité. Disons que je ne l'assume plus", a tweeté l'intellectuel d'extrême droite. Dans un second message, il a précisé : "Une des personnes qui y figurent a assumé publiquement, peut-être par jeu mais peu importe, des positions radicalement contraires à tout ce que nous sommes et que nous voulons. On ne peut demander aux électeurs de voter pour cela".

Renaud Camus, condamné en 2015 pour provocation à la haine raciale, est un des concepteurs de la thèse complotiste du "grand remplacement", qui dénonce une substitution des populations blanches et chrétiennes par des immigrés de couleur, majoritairement musulmans, et qui avait notamment été à l'origine de l'attentat de Christchurch, qui avait visé deux mosquées. Mais pour lui, "le nazisme est la pire expression de ce que nous combattions, le taylorisme fordien génocidaire, dont le 'remplacisme' global est la forme actuelle — les industries de l'homme".

Karim Ouchikh ne "cède pas un pouce au politiquement correct"

Fin de l'histoire ? Non. Devant le retrait de la tête de liste, le numéro 3 Karim Ouchikh a alors fait son entrée en scène, affirmant "reprendre en main la campagne électorale jusqu'au 26 mai, en accord avec mes autres colistiers, sans céder d'un pouce au politiquement correct". Pour le fondateur du Siel, mouvement identitaire qui cherche à rapprocher la droite conservatrice et l'extrême droite, l'affaire n'en est guère une. Si Fiorina Lignier a reconnu "ne pas avoir révélé l'existence de ce cliché lors de la constitution de la liste", il préfère retenir qu'elle "s'est excusée en expliquant très clairement que cette photo était une bêtise de jeunesse qui ne traduisait en rien son adhésion à quelque idéologie que ce soit". Il affirme donc que La ligne claire "fait bloc et maintient le cap".

Dans son communiqué, Karim Ouchikh explique que "la gravité des combats menés par la Ligne claire dépasse largement les individus qui composent la liste" et qu'il est hors de question pour lui "d'abandonner des milliers de Français".

Puisque la liste ne peut être modifiée en l'état, il faudrait que Renaud Camus et Fiorina Lignier démissionnent de leurs fonctions de députés européens une fois élus, donc après la session inaugurale du nouveau Parlement le 2 juillet. Une hypothèse hautement improbable, cette liste violemment anti-immigration étant donnée à moins de 0,5% dans les sondages, alors qu'il faut dépasser le seuil des 5% pour intégrer le Parlement européen.

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